Employeurs, vous souffrez - sans le savoir - d'un mal horrible!

Publié le 07/01/2020 à 06:06

Employeurs, vous souffrez - sans le savoir - d'un mal horrible!

Publié le 07/01/2020 à 06:06

C'est ce qui ressort d'une étude renversante... (Photo: Dylan Nolte/Unsplash)

BLOGUE. En ce début d’année, nombre d’employeurs québécois se demandent bien comment ils vont pouvoir enfin combler la pénurie de main-d’œuvre dont ils souffrent tant depuis des mois et des mois. C’est qu’ils sont contraints de refuser contrat sur contrat – même si ceux-ci tutoient les dizaines de millions de dollars, me dit-on –, sachant fort bien qu’il leur serait impossible de les remplir.

Au bord de la panique, que font-ils? Ils multiplient les messages tout autour d’eux pour faire savoir qu’ils embauchent. Ils l’impriment sur les tickets de caisse. Ils le martèlent sur les médias sociaux. Ils le bombardent sur les sites d’emploi. Et ce, en soulignant systématiquement combien «l’ambiance de travail est cool», combien «la rémunération de départ est compétitive» et combien «l’évolution de carrière est fulgurante».

Le hic? C’est que, ce faisant, ils se tirent une balle dans le pied! Sans même le réaliser une seule seconde. C’est du moins ce qui ressort d’une étude intitulée Older workers need not apply? Ageist language in job ads and age discrimination in hiring, signée par quatre professeurs d’économie : Ian Burn, de l’Université de Stockholm (Suède), Patrick Button, de l’Université Tulane à La Nouvelle-Orléans (États-Unis), ainsi que Luis Felipe Munguia Corella et David Neumark, tous deux de l’Université de Californie à Irvine (États-Unis). Explication.

Les quatre chercheurs ont noté quelque chose de curieux, à savoir que les petites annonces d’emploi étaient souvent truffées de propos stéréotypés. Par exemple, il peut être indiqué qu’il est un plus d’être «à l’aise avec la technologie», «flexible», ou encore «rapide et autonome». Or, il se trouve que ces caractéristiques souhaitées par les employeurs collent souvent à ce qui est fréquemment reproché aux travailleurs d’un certain âge : les stéréotypes qui leur collent à la peau sont, entre autres, d’être «mal à l’aise avec la technologie», «rigides et bornés» ainsi que «lents et dépendants de l’autorité», selon différentes études à ce sujet analysées par les quatre chercheurs.

La question saute dès lors aux yeux : ces stéréotypes véhiculés par les offres d’emplois se traduisent-ils bel et bien par de la discrimination? Les recruteurs écartent-ils vraiment les candidats d’un certain âge, ou ne s’agit-il que de malheureux dérapages verbaux?

Pour en avoir le cœur net, les quatre chercheurs ont demandé à une intelligence artificielle (IA) de passer à travers 13.371 offres d’emploi diffusées dans une douzaine de métropoles américaines, qui présentaient des formulations stéréotypées (conscientes ou inconscientes). L’idée était simple : repérer celles qui discriminaient a priori les candidats d’un certain âge. Puis, ils ont envoyé un total de 40.223 CV fictifs aux employeurs concernés, sachant que la principale différence entre ceux-ci concernait non pas les compétences, mais l’âge des «candidats». Là encore, l’idée était on ne peut plus simple : voir si les jeunes (ex. : 29-31 ans) étaient bel et bien plus souvent appelés pour un entretien que les plus âgés (ex. : 49-51 ans, ou encore 64-66 ans), ou pas.

Résultats? Tenez-vous bien:

– Les hommes. À partir du moment où une offre véhicule un stéréotype concernant la «capacité physique», la «technologie» ou la «faculté de communiquer», les travailleurs d’un certain âge sont aussitôt discriminés par l’employeur au moment de l’embauche. C’est-à-dire que leurs candidatures sont rejetées de manière «disproportionnée» par rapport à celles des travailleurs d’autres tranches d’âges.

– Les femmes aussi. À partir du moment où une offre véhicule un stéréotype concernant la «technologie» ou la «faculté de communiquer», les travailleuses d’un certain âge sont aussitôt discriminées par l’employeur au moment de l’embauche. C’est-à-dire que leurs candidatures sont rejetées de manière «disproportionnée» par rapport à celles des travailleuses d’autres tranches d’âges.

– Une discrimination faussement positive. Un point important mérite d’être souligné : peu importe que le stéréotype soit positif ou négatif, les candidats d’un certain âge en pâtissent directement dès lors que l'offre en comporte un ou plusieurs. Par exemple, il peut être indiqué qu’il est souhaité que le candidat ait «plusieurs années d’expérience» – ce qui devrait a priori jouer en faveur des candidats d’un certain âge – cela n’empêche pas que les «jeunes» vont se faire nettement plus appeler en entretien que les autres; et ce, soulignons-le une fois de plus, de manière «disproportionnée».

«Notre IA a relevé le fait que ces formulations-là révélaient davantage le souci de se montrer «politiquement correct» – «Voyez, nous ne discriminons pas en fonction de l’âge, bien au contraire» – que de recruter véritablement une personne expérimentée», a dit M. Button, à l’occasion du dévoilement de l’étude. Et d’ajouter : «Dans les faits, il suffit qu’il y ait ce genre de mention dans l’offre d’emploi pour voir les candidats d’un certain âge écartés d’emblée, comme le montrent nos travaux…»

Autrement dit, chers employeurs, de manière plus ou moins consciente, vous faites de l’âgisme. Vos offres d’emplois véhiculent nombre de stéréotypes liés à l’âge, ce qui nuit directement aux candidats expérimentés, hommes comme femmes. Conséquence : vous vous privez – sans le savoir – d’un bassin conséquent de main-d’œuvre qui pourrait vous être fort utile, surtout en cette période de furieuse pénurie de main-d’œuvre.

Bref, vous vous plaignez du manque de talents sur le marché du travail? En vérité, vous souffrez de votre propre absence de considération pour les membres de la génération X et du baby-boom, soit pour les travailleurs qui avoisinent et dépassent la cinquantaine. C’est aussi bête que ça.

Prenez soin désormais d’écarter tout stéréotype de vos offres d’emplois, veillez à ne plus glisser çà et là des formulations qui sous-entendent une préférence pour les nouveaux diplômés, et vous verrez, comme par magie, apparaître de nouvelles candidatures, des profils aussi inattendus qu’inespérés. Ce qui – qui sait? – pourrait bien vous permettre de signer en 2020 ce fameux contrat de plusieurs millions de dollars que vous aviez dû vous résoudre à refuser de signer l’an passé…

En passant, l’écrivain américain Stephen King a dit dans La Ligne verte : «On a peut-être l’âge de ses artères, mais le cœur n’a pas d’âge».

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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