Comment tirer du positif à partir du négatif?

Publié le 17/05/2016 à 06:28

Comment tirer du positif à partir du négatif?

Publié le 17/05/2016 à 06:28

La découverte d'Emilia Lahti est en mesure de changer votre quotidien... Photo: Ville Varumo

J'ai aujourd'hui la furieuse envie de vous faire découvrir une personne exceptionnelle : Emilia Lahti. Parce que cette Finlandaise a effectué des travaux de recherche passionnants sur une dimension méconnue de l'être humain. Parce qu'elle est en train de développer une pensée originale au sujet de cette dimension méconnue de l'être humain. Parce que, l'air de rien, elle a mis au jour quelque chose qui est susceptible de changer votre quotidien comme le mien pour le mieux, que ce soit au travail ou dans votre vie privée. Ni plus ni moins.

De quelle dimension méconnue de l'être humain s'agit-il? Du sisu.

Emilia Lahti en a parlé dans un vidéo diffusé sur Facebook dimanche dernier. Il s'agissait d'une entrevue accordée à sa compatriote Emma Seppälä, directrice du Centre de recherche sur la compassion et l'altruisme de l'Université Stanford (États-Unis) et auteure du livre The Happiness Track (HarperOne, 2016). Une entrevue passionnante dont je vais partager l'essentiel avec vous...

Découvrez mes précédents billets

Mon groupe LinkedIn

Ma page Facebook

Mon compte Twitter

Pour commencer, le sisu est un terme purement finlandais. Emilia Lahti le présente comme ça : «Le sisu est à la fois la détermination, le courage et la résolution extraordinaires que l'on affiche parfois face à l'adversité. C'est un état d'esprit qui permet à chacun de dépasser ses propres limites, de passer à l'action en dépit du fait qu'on sait qu'on risque fort d'échouer, bref de transformer les barrières en frontières. C'est un élément propre à la culture finlandaise, mais qui a une portée universelle».

Le sisu est dérivé du terme 'sisus', que l'on peut traduire en français par 'tripes', soit les entrailles, les boyaux et les viscères de l'être humain et des animaux. Il évoque donc ce que chacun de nous a dans le ventre, un peu à l'image de l'expression populaire «On va bien voir ce que tu as dans le ventre». C'est-à-dire cette forme de courage extrême, voire bestial, dont il nous arrive parfois de faire preuve.

Je vais vous donner quelques exemples concrets de sisu, histoire de mieux saisir de quoi il retourne... En 2013, le magazine Suomen Kuvalehti a demandé à ses lecteurs de lui donner des noms de Finlandais ayant fait preuve, à leurs yeux, de sisu dans leur vie (il faut comprendre que même en Finlande il n'y a pas de définition claire de ce qu'est le sisu, certains pensant même que ce n'est qu'un mythe...). Voici ce qu'il en est ressorti :

> Un joueur de hockey professionnel qui est revenu sur la glace après avoir survécu à un cancer (vous aurez reconnu Saku Koivu, j'imagine);

> Une vétérante de la Seconde Guerre mondiale qui, à 92 ans, est toujours autonome;

> Un alpiniste qui a frôlé la mort alors qu'il tentait de rejoindre à pied le pôle Nord;

> Un skieur de fond qui, en dépit des pressions visant à lui faire arrêter la compétition, a remporté plusieurs médailles olympiques;

> Un impresario qui a formé un groupe de punk-rock composé de musiciens autistes, lequel a représenté la Finlande au concours de l'Eurovision;

> Un violoniste qui a eu les doigts d'une main tranchés par une scie circulaire et qui a réussi à retrouver sa place au sein de son orchestre;

> Etc.

Vous voyez, à présent? Emilia Lahti parle du sisu comme d'un courage physique et mental, et plus que ça, d'un courage tel qu'il nous permet de soulever des montagnes. Elle parle même d'un «courage exponentiel», à savoir d'un courage qui décuple nos forces à l'instant précis où l'on croyait avoir atteint le fond. Oui, un courage exponentiel correspondant grosso modo à ce que les psychologues Richard Tedeshi et Lawrence Calhoun ont présenté dans les années 1990 comme le phénomène de la 'croissance post-traumatique' (CPT). Explication.

Les deux chercheurs de l'Université de Caroline du Nord à Charlotte (États-Unis) ont analysé le quotidien de personnes ayant survécu à un choc traumatisant et ont découvert que 90% d'entre elles avaient un point en commun : un goût pour la vie plus grand que jamais, à la suite de ce qui leur était arrivé. Autrement dit, elles étaient sorties grandies de l'accident dramatique qui leur était arrivé. Et ils ont appelé ce phénomène la CPT. À noter un point important, soit qu'il y a une nuance de taille entre la résilience et la CPT : la résilience consiste à juste à prendre acte de l'événement traumatisant pour dans un premier temps éviter de sombrer dans la dépression, puis dans un second temps tenter de se reconstruire; la CPT, elle, va au-delà puisque le but n'est pas d'éviter le négatif mais bel et bien de dégager du positif de l'événement vécu, d'en tirer «un second souffle» comme aime à le dire Emilia Lahti.

«J'ai une image qui illustre à merveille ce phénomène de la CPT, dit-elle. Quand on va régulièrement au gym, on oblige nos muscles à soulever des charges trop lourdes pour eux. On les soumet ainsi à un véritable choc traumatisant pour eux. Comment réagissent-ils? En gonflant. Parce qu'ils s'adaptent à l'effort qui leur est souvent demandé, histoire d'atténuer le choc la fois suivante. Bref, ils en ressortent grandis. Et c'est finalement la même chose qui se produit pour le corps et pour l'esprit lorsque le sisu survient et nous procure une force exponentielle.»

La question saute aux yeux, et Emma Seppälä l'a bien entendu posée à son interlocutrice : «Comment peut-on consciemment déclencher le sisu en nous, le moment venu, c'est-à-dire lorsqu'on a la sensation d'être au bord du précipice, au travail ou dans notre vie privée?»

La bonne nouvelle du jour, c'est que les recherches d'Emilia Lahti lui ont montré que chacun de nous a le sisu en lui (et donc que, non, il ne s'agit pas d'une particularité des seuls Finlandais). Et mieux, qu'il ne dépend que de nous d'y recourir lorsque nous sentons que nous frôlons la catastrophe.

«Il existe un truc très simple pour réveiller le sisu en nous. Il consiste à prendre un peu de recul par rapport à nous-mêmes et à ce que nous visons de dur. Ce qu'on peut faire en nous racontant à nous-mêmes l'histoire de notre vie, mais en mettant l'accent sur tous ses aspects positifs : nos bons coups, nos moments de joie intense, nos plus grandes satisfactions, etc. Puis, à exprimer de la gratitude envers nous-mêmes. D'ailleurs, moi, quand je le fais, j'en viens même à me donner littéralement des tapes sur l'épaule pour me féliciter et à dire à voix haute, à mon corps, "Merci d'être là et d'avoir fait tout ça pour moi". Je sais que ça peut avoir l'air ridicule, mais l'effet est considérable : le sisu déboule alors en nous de manière incroyable, je vous le garantie», dit-elle.

D'autres trucs existent. Parmi eux, une astuce basée sur les dernières avancées en neuroscience. Il faut savoir que, vous comme moi, nous avons plus tendance à voir le négatif que le positif dans tout événement imprévu. Pourquoi? Parce que c'est ce qui a permis à nos lointains ancêtres des cavernes de survivre aux mille et un dangers qui remplissaient leur quotidien, et parce que nous avons hérité de cette sage prudence face à l'inconnu.

Le hic? C'est qu'à force d'avoir peur de tout et de rien, de toujours rivaliser de prudence, nous sombrons trop souvent dans la passivité, voire le défaitisme. D'où l'impératif, en cas de coup dur, d'aller chercher du positif autour de nous, dans le réseau de connexions dans lequel chacun de nous évolue, jour après jour.

«L'être humain est avant tout un animal social, disait Aristote. Sans le réseau de connexions qui fait notre quotidien, nous n'arriverions pas à vivre, et à plus forte raison, à grandir. C'est pourquoi il ne faut pas hésiter à nous reposer sur nos collègues ou sur nos proches quand on est victime d'un choc traumatisant : celui-ci sera en mesure de nous procurer tout le positif dont nous avons besoin pour voir réveiller le sisu en nous», dit la doctorante en philosophie de l'Université Aalto à Helsinki (Finlande). Et de souligner : «Mes recherches m'ont montré qu'il s'agit là d'une constante : sans soutien social, le sisu ne parvient pas à entrer en action chez une personne traumatisée».

Emilia Lahti sait de quoi elle parle. Des années durant, elle a été victime de violence conjugale, tant physique que mentale. Elle n'avait aucune idée de la façon dont elle pourrait s'en remettre. Et puis, ses lectures l'ont amené à découvrir l'existence de la CPT, ce qui l'a fait penser au fameux sisu finlandais. Ni une ni deux, elle a repris ses études et s'est plongée corps et âme dans l'exploration du concept mal défini du sisu, sans imaginer une seconde tout ce que cela lui ferait découvrir.

Aujourd'hui, elle donne des conférences un peu partout sur la planète pour propager ses connaissances sur le sujet. TEDx, Accenture, la Nasa... Toutes sortes d'organisations se montrent friandes de cette immense découverte. Plus fort encore, Emilia Lahti prêche par l'exemple : elle, la frêle universitaire qui était violemment abusée par son conjoint est maintenant en passe de devenir une triathlète d'Ironman accomplie - 3,8 km de nage, puis 180,2 km de vélo et enfin 42,195 km de course à pied! Une prouesse impossible à atteindre sans puiser dans son sisu. Un prouesse rendue possible grâce, en vérité, à un dernier secret...

Quel secret? Eh bien, Emilia Lahti ne mise pas que sur le sisu, mais également sur sa capacité de compassion, voire d'autocompassion. «Le sisu et la compassion vont toujours de paire, un peu comme le yin et le yang. L'un ne peut totalement s'exprimer sans la présence de l'autre», dit-elle.

Voilà pourquoi lorsqu'elle nage, pédale et court, elle a une idée en tête : se soigner et contribuer à soigner autrui. Et pourquoi elle a lancé l'opération 'Sisu not silence', qui se traduira par son défi personnel de courir 50 marathons en 50 jours en Nouvelle-Zélande, au début de 2017. Son objectif : faire voler en éclats le silence qui entoure la violence conjugale.

«C'est clair, le sisu et la compassion me permettent d'afficher des performances exceptionnelles, dont je ne me serais jamais cru capable. Les deux combinés procurent une puissance qui dépasse l'entendement. Et ce, parce qu'ils vont puiser dans l'essence de notre être », dit-elle.

Impressionnant, n'est-ce pas? Je vous l'avais dit, Emilia Lahti est une personne exceptionnelle. J'espère à présent qu'elle saura vous inspirer, et surtout, vous donner l'envie d'explorer le sisu qui sommeille en vous, tant au travail que dans votre vie privée...

En passant, le philosophe latin Sénèque a dit dans ses Questions naturelles : «Tirons notre courage de notre désespoir même».

Découvrez mes précédents billets

Mon groupe LinkedIn

Ma page Facebook

Mon compte Twitter

 

À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

Blogues similaires

Divulgation ESG: le Canada très en retard sur les États-Unis

04/09/2019 | Diane Bérard

BLOGUE. La moitié des sociétés du S&P/TSX produit un rapport de type ESG, alors que 4/5 sociétés du S&P 500 le font.

Les salutations de Jacques Ménard... ainsi que les miennes

Édition du 30 Juin 2018 | René Vézina

CHRONIQUE. C'est vraiment la fin d'une époque chez BMO Groupe financier, Québec... et le début d'une nouvelle. ...