Comment savoir si votre idée est LA bonne?

Publié le 24/10/2016 à 07:11

Comment savoir si votre idée est LA bonne?

Publié le 24/10/2016 à 07:11

Combien de temps perdu, en général, à tergiverser entre différentes idées? Photo: DR

J'ai assisté la semaine dernière à l'une des meilleures conférences que j'aie jamais vues. Je pèse mes mots. Il s'agissait de la conférence de Roch Fortin, un réalisateur québécois qui a signé nombre d'émissions couronnées de succès à l'échelle internationale (la version européenne de «So you think you can dance», «Surprise sur prise!», «Fort Boyard», etc.), dans le cadre du Sommet Performance 2016 concocté par le cabinet-conseil en gestion de la performance Proaction International. Une conférence qui portait sur la créativité...

Oui, la créativité. Vaste programme, me direz-vous. Eh bien, il se trouve que Roch Fortin est parvenu à faire le tour du sujet en moins d'une heure, en dévoilant les astuces auxquelles il recourt quotidiennement pour identifier et concrétiser les idées géniales de son équipe de travail et en les illustrant à l'aide de cas vécus on ne peut plus judicieux et éclairants.

Pour vous dire, il a même su surprendre toute l'assistance lorsqu'il s'est mis à expliquer que les étincelles de génie ne se commandaient jamais : à l'instant précis où il disait cela, quelqu'un a jailli de nulle part pour sauter sur la scène et pousser la note, et ce quelqu'un était nul autre que... Bruno Pelletier! Oui, Bruno Pelletier a sauté sur scène, sans que personne en ait été avisé, et il est reparti tout aussi subitement, laissant tout le monde éberlué. Effet garanti!

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Donc, Roch Fortin a dévoilé sans fard ses propres trucs pour redoubler de créativité, jour après jour, dans le cadre de son travail. Et ce, sachant que son travail à lui, c'est d'être dans l'ombre : «On me commande, par exemple, un vidéo-clip ou une émission télévisée, et moi, je dois avoir des idées originales, les soumettre à l'artiste (Céline Dion, Bruno Pelletier, etc.) et m'arranger pour que celui-ci la fasse sienne. Une situation pas trop évidente que nombre d'employés et de gestionnaires connaissent bien, eux aussi, quel que soit leur secteur d'activités...», a-t-il dit, sourire en coin.

C'est ainsi qu'il a fini par mettre au point sa propre méthode pour savoir si l'idée qu'il est en train de considérer est LA bonne, ou pas. Le principe est simple, il faut répondre aux quatre questions suivantes :

1. Cette idée a-t-elle un vrai potentiel de succès/profits?

2. Quel est le niveau de risque représenté par cette idée?

3. Cette idée est-elle liée au "core business" de l'entreprise?

4. Cette idée est-elle franchement complexe à concrétiser?

Lorsque les réponses sont toutes au vert – dans l'ordre, «oui», «élevé, mais pas trop», «oui» et «non, quoique» –, alors on a l'assurance qu'il s'agit bel et bien de LA bonne idée. Sinon, il convient de creuser davantage.

Comment creuser davantage, justement? Roch Fortin préconise d'agir de la sorte :

> Stimulez la créativité de votre équipe

Ce qui peut se faire comme suit :

– Déclencher le processus créatif. Par exemple, à l'aide de «blocs de créativité», à savoir des périodes de temps consacrées à brainstormer en groupe, de la façon la plus informelle possible (en marchant tous ensemble dehors plutôt qu'en s'enfermant dans une salle de réunion; en conviant le plus de personnes différentes possible; etc.). L'objectif est de permettre aux étincelles de génie de naître du choc d'idées distinctes, à l'image de silex que l'on entrechoque pour créer un feu.

– Imaginer sans frein. Par exemple, en invitant chacun à réfléchir à voix haute à partir de questions comme «Je te donne un budget de 10 millions de dollars, qu'en fais-tu pour atteindre l'objectif visé?».

– Voyager dans le temps. Par exemple, en proposant à chacun de démarrer la réflexion à partir du postulat «Grâce au succès rencontré par le projet sur lequel on réfléchit en ce moment, à quoi ressemblera notre entreprise dans 10 ans?»

> Motivez votre équipe à innover

Ce qui peut se faire comme suit :

– Recourir sans hésiter aux blocs de créativité. Dès que le projet coince, l'idéal est de se réunir sans tarder en équipe et de brasser ensemble des idées pour continuer d'avancer. Cela peut prendre une demi-heure comme trois heures d'affilée, peu importe, ce n'est jamais là du temps perdu.

– Chérir les idées fragiles (et soutenir leurs auteurs). Les meilleures idées viennent souvent de là où on les attend le moins, notamment de collaborateurs qui n'ont pas la réputation d'être des créatifs dans l'âme. Une anecdote, à ce sujet... Roch Fortin et son équipe planchaient sur le moyen de concrétiser le concept de l'émission télévisée «True Talent», qui consistait à découvrir de nouveaux chanteurs et à choisir les meilleurs d'entre eux non pas à partir de l'avis d'experts renommés comme dans La Voix, mais de celui de... 300 personnes du public! L'idée était de placer une centaine de personnes dans trois tribunes distinctes, le dos tourné au chanteur afin qu'ils ne puissent le juger qu'à partir de sa voix. Puis, lorsqu'une majorité de jurés d'une même tribune se mettait à applaudir la performance du candidat, la tribune devait pivoter pour faire face au chanteur.

Le hic? Comment faire pivoter une tribune chargée d'une centaine de personnes? Aucun système de ce genre n'a jamais été utilisé dans une émission télévisée. Eh bien, la solution est venue d'un technicien relativement discret, qui s'est souvenu que dans les années 1960 toutes les voitures étaient équipées... d'une corde! Oui, une corde pour pouvoir s'attacher à un arbre et sortir soi-même la voiture du fossé dans lequel elle était tombée. «Et si on demandait simplement à des gars de tirer sur une corde, ce qui ferait basculer progressivement des poids capables de faire pivoter la tribune...» avait-il timidement lancé. «Une idée fragile, en cette ère de haute technologie dans l'univers de la télévision», a souligné, pince-sans-rire, le conférencier. Mais une idée qui, fort heureusement, a été considérée, et finalement retenue comme étant LA bonne idée.

– Oser prendre des risques calculés. Pas d'innovation sans prise de risques. C'est là une évidence, mais une évidence qu'il faut impérativement assumer. «En vérité, il faut parvenir à trouver alors le juste milieu entre l'arrogance de l'audace et l'humilité de la fragilité», a-t-il dit, se faisant ainsi un brin philosophe.

> Passez à l'action

Ce qui peut se faire comme suit :

– S'entourer de créateurs de solutions. C'est-à-dire ceux qui sont capables de transformer une idée en projet concret, ceux qui trépignent d'impatience dès qu'il s'agit de retrousser les manches et de mettre l'épaule à la roue.

– Savoir dire non à certaines pistes de solution. C'est-à-dire prendre le temps de peser le pour et le contre des différentes idées fortes suggérées par les créateurs de solutions, puis trancher. Comment, au juste? D'après Roch Fortin, en recourant au triangle décisionnel, un triangle, somme toute, très simple...

Visualisez un triangle équilatéral (dont les trois côtés son égaux). Bien. Considérez maintenant que la pointe du haut, c'est l'Idée; que celle en bas à gauche, c'est le Temps; et que celle en bas à droite, c'est la Capacité. Puis, tracez une perpendiculaire à partir de chaque pointe (si votre triangle est parfaitement dessiné, ces trois droites doivent se croiser en un même point, en plein milieu du triangle).

Une solution est bonne si, et seulement si, l'Idée, le Temps et la Capacité se rencontrent bel et bien au point d'intersection de leurs trois perpendiculaires. Autrement dit, s'il y a un juste équilibre entre l'Idée, le Temps et la Capacité. Par exemple, on peut avoir une excellente idée, le temps nécessaire pour la mettre en oeuvre, mais si on n'a pas l'argent (Capacité) pour la mener à bien, alors la solution n'est pas bonne, et doit être écartée, sans quoi on risque fort d'aller droit dans le mur.

«Je me sers toujours du triangle décisionnel pour dire non aux solutions insatisfaisantes qui me sont proposées par mes collaborateurs. Ces derniers voient ainsi par eux-mêmes ce qui coince dans leur suggestion. Et du coup, ce n'est pas moi qui dit non, c'est le triangle! De surcroît, le collaborateur en question n'a pas à être vexé de se faire dire non, et il n'hésitera pas à revenir vers moins peu après avec une meilleure solution», a expliqué Roch Fortin.

– Exécuter. C'est-à-dire expérimenter la solution retenue, analyser les résultats obtenus, et enfin effectuer les ajustement nécessaires avant d'emprunter, en toute confiance, la nouvelle voie, celle qui nous permet d'innover de manière optimale.

Et le tour est joué!

Innover, ce n'est pas pas si sorcier que ça. C'est même à la portée de chacun de nous, comme l'a d'ailleurs souligné le réalisateur québécois à maintes reprises durant sa conférence : «Les bonnes idées, ce n'est pas à un «vice-président création» de s'en charger! Non, elles viennent de vous, de moi, de tout le monde, pourvu qu'on se donne vraiment la liberté d'innover», a-t-il martelé.

Bref, n'hésitez plus une seconde : faites lire ce billet de blogue à votre boss, et invitez-le à recourir désormais aux «blocs de créativité» et autres «triangles décisionnels» de Roch Fortin, en lui promettant que ça fera des étincelles à l'avenir. Et, bien entendu, si vous êtes vous-mêmes le boss, eh bien, n'hésitez pas une seconde à surprendre les vôtres à l'aide de ces astuces géniales...

En passant, l'écrivain français David Foenkinos a dit dans Qui se souvient de David Foenkinos? : «Les grandes idées ont besoin de silence, de douceur, elles ont besoin qu'on les mettre en confiance».

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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