Comment parler en public aussi bien que Barack Obama?

Publié le 25/02/2016 à 08:39

Comment parler en public aussi bien que Barack Obama?

Publié le 25/02/2016 à 08:39

Barack Obama prépare toujours soigneusement ses discours... Photo: DR

Il vous faut prendre la parole en public. À l'occasion d'une réunion importante où il vous faut faire état de l'avancement du dossier dont vous avez la responsabilité. À l'occasion d'une rencontre cruciale avec un client. Ou encore, à l'occasion d'une annonce aux membres de votre équipe. Et, comme à chaque fois, vous savez que vos mains vont devenir moites, que vos jambes vont flageoler et que votre voix va flancher. Bref, c'est toujours le même cauchemar qui se répète sans fin.

Eh bien, j'ai une bonne - non, une magnifique - nouvelle pour vous! J'ai moyen de mettre un terme à ce cauchemar. Si, si...

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J'ai eu en effet le privilège de rencontrer hier Jon Favreau, nul autre que le jeune prodige qui a rédigé tous les discours du président américain Barack Obama entre 2008 et 2013, dont le fameux «Yes we can». Et il a présenté, dans le cadre d'une conférence donnée à Montréal lors de l'événement Apex 2016, les leçons qu'il a tirées de toutes ces années passées aux côtés d'un des plus grands orateurs de notre époque. Des leçons qui tiennent en cinq points, et qui, surtout, vont vous permettre de ne peut-être pas devenir du jour au lendemain aussi à l'aise que Barack Obama, mais à tout le moins de vous en sortir mieux que jamais la prochaine fois qu'il vous faudra parler en public.

Le secret tient, en vérité, dans la qualité de la préparation. Et en particulier, dans la rédaction de votre discours, comme vous allez le voir...

1. Pensez à l'histoire que vous allez raconter, pas aux mots dont vous allez vous servir

«À l'instant-même où vous vous installez devant votre écran d'ordinateur ou devant votre feuille de papier pour écrire votre discours, il faut que vous vous mettiez en tête que l'accent doit être mis sur ce que vous voulez dire, pas sur la façon dont vous allez le dire, a raconté M. Favreau. Pour le dire plus simplement, l'important, c'est l'histoire que vous allez raconter, pas les mots que vous allez utiliser pour ça.

«Comment trouver cette histoire? Eh bien, cherchez avant tout le coeur du message que vous voulez faire passer. Formulez-le en une courte phrase, pas plus. Et dites-vous bien qu'il ne doit y avoir qu'une idée - pas deux - exprimée dans cette phrase-là.

«Une erreur classique, c'est de vouloir mettre dans son discours toutes les informations dont on dispose. Non, il faut faire le tri, en allant à l'essentiel. Un tri qui peut être facilité par une question : «Qu'est-ce que je veux que les gens retiennent de ce que je leur aurais dit, en sortant de la salle de réunion?»

«Une fois que vous avez le coeur de votre message, vous pouvez raconter toute l'histoire qui va avec. Comme elle vous vient, mais de manière logique tout de même. En n'oubliant pas que la clé d'une bonne histoire, c'est la simplicité.»

2. Racontez votre histoire comme si vous parliez à un chum dans un bar

«J'ai toujours suivi un principe fondamental lors de la rédaction des discours de Barack Obama, quelle qu'ait été leur importance : «Si ce que tu es en train d'écrire tu ne le raconterais pas tel quel à un chum dans un bar, alors ne l'écris pas», a-t-il expliqué.

«Pourquoi? Parce que le discours sonnera faux. Les gens penseront que vous n'êtes pas sincère, pas convaincu, pas authentique. Et il refuseront de vous accorder toute l'attention que vous espérez d'eux.

«À noter, par ailleurs, qu'il vous faut à tout prix éviter les mots creux et le jargon professionnel. Car ils tuent le message. Vous remarquerez, soit dit en passant, que ces termes-là, vous ne les diriez jamais à votre meilleur chum...»

3. Ne vous prenez pas trop au sérieux

«De manière générale, prenez au sérieux la tâche que vous devez effectuer (en l'occurrence, la rédaction de votre discours), mais ne vous prenez pas pour autant trop au sérieux, a-t-il dit. D'où l'intérêt de faire preuve d'humour, c'est-à-dire de distance par rapport à l'image qu'on projette.

«Pendant la première campagne présidentielle de Barack Obama, une rumeur a enflé, voulant qu'il n'était pas né aux États-Unis et n'étaient donc pas éligible. Il a fini par y répondre sérieusement, en montrant son acte de naissance aux caméras. Mais cela n'a pas suffi à faire taire la rumeur. Ce qui a changé la donne du jour au lendemain, c'est, en fait, le jour où il a ironisé à propos de cette histoire rocambolesque : il a pris ça à la blague, et ça s'est arrêté là.»

4. Soyez 100% honnête, et donc courageux

«Dans un discours, il faut montrer qu'on croit viscéralement à ce qu'on est en train de dire. Ce qui peut se faire en faisant preuve de courage.

«Barack Obama était en tête des sondages, et ses stratèges lui ont conseillé de rivaliser de prudence, histoire d'éviter tout dérapage qui risquerait de tout gâcher. Qu'a-t-il fait? Il est venu me voir et m'a demandé d'écrire un discours fort sur... la race! Autrement dit, le type de discours casse-gueule par excellence, les tensions raciales étant particulièrement fortes aux États-Unis.

«Je me suis étonné de sa demande. Il m'a répondu qu'à ses yeux il ne méritait pas de devenir président s'il n'avait pas le cran de dire ce qu'il pensait vraiment.

«J'en ai tiré la leçon qu'il ne fallait pas être terrifié à l'idée de prendre des risques, si ces risques-là permettent d'être 100% honnête envers les autres et, surtout, envers soi-même. C'est bien simple, la prudence est la pire conseillère de l'orateur.»

5. Soyez inspirant

«Nous avons toujours le choix entre le cynisme et l'optimisme. Alors choisissons allègrement l'optimisme! Car ce n'est que comme ça que nous pouvons nous montrer inspirants pour les autres.

«J'ai connu un instant précieux de ma vie le soir des élections de 2008. Une victoire s'annonçait, et j'ai eu l'idée, pour le discours que Barack Obama allait prononcer, de le faire parler d'une de ses sources d'inspiration, Ann Nixon Cooper, une dame de 106 ans qui avait lutté toute sa vie pour les droits civiques. Je l'ai appelée au téléphone, histoire de vérifier si elle était à l'aise avec cette idée. Et elle m'a posé plusieurs questions :

- Est-ce que ça va passer à la télé?

- Oui, madame.

- Sur quelle chaîne?

- Euh... Sur toutes les chaînes.

- Oh, je suis si fière! Enfin!

«Même dans ses rêves les plus fous, elle n'avait pas imaginé voir, de son vivant, un président noir à la Maison-Blanche. Notre discussion était si bouleversante que je me suis glissé sous le bureau pour pouvoir continuer de discuter avec elle et me laisser envahir par l'émotion, à l'abri des regards.

«Et là, j'ai saisi que les plus grands des discours sont ceux qui sont inspirés, et donc inspirants. C'est-à-dire ceux qui justifient aux yeux de tous la raison pour laquelle nous faisons tout ce que nous faisons. Par cette seule mention d'Ann Nixon Cooper dans ce discours-là, la présidence de Barack Obama était justifiée, tout comme tous les efforts entrepris pour en arriver jusque-là.»

Voilà. Vous disposez maintenant de 5 trucs ultrasimples pour briller lors de votre prochain discours. Des trucs qu'utilise, jour après jour, nul autre que Barack Obama, avec le succès qu'on lui connaît.

Bon. J'entends d'ici les grognons de service, qui pensent tout haut qu'ils n'ont pas son charisme, et vont donc inévitablement se planter la prochaine fois qu'il leur faudra prendre la parole en public, même s'ils s'appuient sur ces cinq trucs-là.

Pas de panique! Jon Favreau a un dernier truc pour eux :

6. Entraînez-vous à voix haute

«On pourrait croire que Barack Obama est maintenant tellement à l'aise devant le public qu'il y va les mains dans les poches. Erreur! Je peux vous confier qu'il répète chacun de ses discours : debout dans son bureau, il les prononce à voix haute. Pour les plus importants, il le fait devant des conseillers, qui lui indiquent les points à corriger.

«Pourquoi attache-t-il tant d'importance à la préparation? Parce que c'est le meilleur moyen de "sentir" les mots que nous allons prononcer, de les faire vibrer en nous avant qu'ils ne vibrent dans les autres. Bref, de faire corps avec l'histoire racontée.»

En passant, le philosophe latin Sénèque disait : «Le discours est le visage de l'âme».

À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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