Comment ne plus être victime de la pensée unique?

Publié le 13/05/2019 à 06:06

Comment ne plus être victime de la pensée unique?

Publié le 13/05/2019 à 06:06

Le conformisme mène souvent à la catastrophe... (Photo: DR)

Ça vous est sûrement déjà arrivé au travail : votre équipe a collectivement foncé droit dans le mur dans un dossier précis ; et ce, parce que personne n’avait levé de drapeau rouge au bon moment, c’est-à-dire avant qu’il ne soit trop tard pour éviter la catastrophe. Pas vrai ?


Vous avez alors été victime d’un phénomène qui s’appelle la «pensée unique». C’est ce que j’ai saisi en parcourant un livre intitulé «Décoder les autres – 20 leçons éclairées pour rendre ses interactions positives» (Guy Saint-Jean Éditeur, 2019) signé par l’auteure médicale Rita Carter. Mieux, j’ai ainsi découvert comment ne plus en être atteint, et donc, comment ne plus trébucher au travail, faute d’excès de confiance en soi. Regardons ça ensemble, à l’aide d’un extrait tiré du livre…


«En avril 1961, le président John Kennedy a ordonné aux forces armées américaines d’envahir Cuba, dans le but de ravir le pouvoir au leader communiste Fidel Castro. Tout était fini trois jours plus tard, mais pas exactement comme le gouvernement américain l’avait envisagé. Au lieu de triompher, l’Amérique a fui devant les Cubains. L’invasion de la baie des Cochons est l’un des ratés militaires les plus célèbres.


«Par la suite, des analystes ont suggéré que la «pensée unique» – le refus d’un groupe qu’une pensée indépendante ou critique ternisse le consensus – était la cause du fiasco.


«Les hommes de Kennedy avaient accepté sans poser de questions le plan d’invasion de la CIA, qui avait visiblement négligé certains points. Ils se sont mutuellement convaincus de la justesse du plan, et s’attendaient – de façon totalement irréaliste – à un vif succès. Ceux qui avaient des doutes se sont rangés du côté de la majorité, et les experts externes ont été ignorés ou rejetés. Bref, la pensée unique a pavé la voie vers la catastrophe.


«Le terme «pensée unique» a été lancé en 1952 par l’écrivain William Whyte, qui la comparait à la «novlangue» du roman «1984» de George Orwell. «Ce n’est pas simplement du conformisme, a-t-il écrit, mais une ‘conformité rationalisée’ – une philosophie ouverte, énoncée, selon laquelle les valeurs d’un groupe ne sont pas seulement sensées, mais également justes et bonnes.»


«La pensée unique apparaît lorsque les gens cherchent absolument à être d’accord. Ce qui est assez fréquent, car, fondamentalement, nous sommes tous des êtres sociaux, et appartenir à un groupe nous procure une agréable sensation de bien-être. (…)


«Des études ont montré que l’ocytocine favorise la collaboration dans les sports d’équipe et dans le monde des affaires et que cette hormone renforce la loyauté entre les individus d’une même équipe. Elle encourage les gens à se faire confiance, à partager, à aider et à avoir de l’empathie.


«Le hic, c’est que l’ocytocine a un inconvénient : elle développe également la méfiance – parfois, la haine – envers les personnes extérieures au groupe. Dans certaines situations, elle provoque de la jalousie, de l’agressivité et du plaisir devant le malheur des autres.


«Ainsi, lorsque vous vous trouvez dans un groupe lié par l’ocytocine, vous n’avez pas envie d’en être rejeté. Si le prix à payer pour continuer à en faire partie est d’arrêter de penser de façon critique, la plupart des gens n’y voient pas de vrai problème.


«Bien à l’abri dans leur petit groupe, les membres évitent tout ce qui peut troubler leur sérénité. Ils s’isolent des critiques extérieures et se complaisent dans une rhétorique d’autosatisfaction. Ce faisant, ils risquent de surestimer leur pouvoir et de sous-estimer celui de leurs concurrents. (…)


«Le conformisme a souvent été nommé et analysé dans des cas où il a conduit à une catastrophe à grande échelle, mais le phénomène est aussi courant dans une salle à manger que dans un conseil d’administration. Dès lors qu’une poignée de personnes se rassemblent avec de bonnes intentions et un objectif commun, l’esprit de conformisme a de grandes chances de s’installer.


«Quand l’objectif est futile – choisir une bouteille sur la carte des vins ou prendre le meilleur chemin pour rentrer à la maison –, cela semble avoir peu d’importance ; atteindre un joyeux consensus vaut sans doute la peine de boire un vin douteux ou passer 10 minutes dans un embouteillage. Mais abonder dans le même sens que les autres pour bénéficier d’une vie agréable peut devenir une fâcheuse habitude, surtout lorsque l’enjeu devient important.


«Donc, plus la vie de groupe est agréable, plus il y a de risques de conformisme et de conséquences négatives.


«Comment se prémunir de la pensée unique ? Voici 8 recommandations à cet égard :


1. Méfiez-vous des accords unanimes au sein d’un groupe. Prêtez attention aux hochements de tête quand les autres parlent et comptez le nombre de fois où les gens se félicitent mutuellement. Cela se produit-il plus souvent que lors d’une conversation normale ?


2. Observez les facteurs de stress externes. Ils se manifestent quand le groupe a besoin de se rapprocher et quand les gens évitent de dire ou de faire des choses pouvant rompre l’harmonie.


3. Si vous êtes le leader d’un groupe, gardez votre opinion tant que les autres ne se sont pas exprimés. La pensée unique se manifeste dans un groupe où le leader est le premier à exprimer son avis.


4. N’encouragez pas le respect excessif vis-à-vis de l’autorité.


5. Discutez avec les membres du groupe en dehors des réunions ; les critiques sont plus faciles à exprimer lorsqu’on craint moins le désaccord.


6. Dites quelque chose qui va à l’encontre du consensus ; il y a des chances que cela motive quelqu’un à exprimer ce qu’il pense vraiment. Le débat pourra alors commencer.


7. Invitez des personnes qui ne sont pas membres du groupe et qui ne souhaitent pas particulièrement en faire partie. Leur point de vue sera différent, et ils se moqueront d’être mis à l’écart s’ils vont à contre-courant.


8. Invitez des experts extérieurs à s’exprimer devant le groupe, et encouragez les membres à se renseigner au préalable par eux-mêmes sur les points qui vont être ainsi abordés, de préférence en évitant de recourir aux sources d’informations partagées.»


Voilà. Ces quelques astuces devraient vous permettre de déjouer la pensée unique qui règne peut-être bien à votre insu au sein de votre équipe. Et par suite, de voler d’idée neuve en idée neuve, en filant droit vers de tout nouveaux horizons. Oui, de tout nouveaux succès.


En passant, l’écologiste français Nicolas Hulot a dit dans Les Chemins de traverse : «Les grandes routes du conformisme mènent droit à la médiocrité et au malheur».


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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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