Comment éviter le burnout en télétravail?

Publié le 26/11/2020 à 07:00

Comment éviter le burnout en télétravail?

Publié le 26/11/2020 à 07:00

Non, un café ne suffit pas pour remonter le moral... (Photo: Christian Lambert pour Unsplash)

BLOGUE. Confinement et reconfinement oblige, le télétravail a gagné en popularité, ces derniers temps. Ce qui a eu deux effets majeurs aussi insoupconnés qu’incroyables: d’une part, les employés devenus télétravailleurs se montrent plus efficaces et engagés que jamais; d’autre part, un nombre anormalement élevé de ces mêmes employés ont, par la même occasion, découvert les affres du burnout.

Résultat? La santé des employés en télétravail comme celle de leur entreprise est maintenant en péril. Ni plus ni moins. Explication.

Aujourd’hui, la moitié (55%) des Canadiens qui ont découvert le télétravail depuis le début de la pandémie du nouveau coronavirus avouent qu’ils travaillent durant la fin de semaine pour arriver à boucler tout le travail qu’ils ont à faire. C’est ce qui ressort d’une récente étude de la firme de recrutement Robert Half.

Ce n’est pas tout. La même étude montre aussi que le tiers (34%) des Canadiens en télétravail sont «régulièrement» à la tâche plus de huit heures par jour. Oui, vous avez bien lu: ils travaillent nettement plus qu’auparavant.

«Même si travailler à distance présente des avantages – par exemple, le gain de temps dû au fait qu’on n’a plus besoin de faire un aller-retour entre son domicile et le bureau -, cela peut présenter des désavantages, comme l’allongement des heures travaillées, dit David King, président, district principal, de Robert Half Canada. Pis, la charge de travail a augmenté pour de nombreux professionnels pendant la pandémie, ce qui a complexifié la déconnexion entre le travail et la vie privée. Voilà pourquoi il est devenu essentiel que les employeurs encouragent leurs employés à prendre des pauses régulièrement, à penser à eux, à faire de leur bien-être une priorité.»

De fait, une récente étude du cabinet-conseil en management Gallup montre que la santé mentale des télétravailleurs est carrément devenue un enjeu fondamental pour les entreprises:

> Bond du burnout en télétravail. En Amérique du Nord, 29% des télétravailleurs actuels présentent aujourd’hui un ou plusieurs symptômes du burnout. C’est-à-dire qu’ils se sentent, entre autres, démotivés, irritables, frustrés, cyniques, incompétents, isolés, ou encore anxieux. Des symptômes qui se révèlent, soulignons-le, aigus, à tout le moins nettement plus exacerbés qu’à l’habitude. Des symptômes qui, en résumé, «pourrissent» littéralement l’existence de la personne concernée.

Le point important, c’est que le pourcentage actuel de télétravailleurs au bord de l’épuisement professionnel est beaucoup plus élevé que la normale. Gallup indique en effet qu’avant la pandémie ce pourcentage était de 18%. Le bond a donc été de 11 points de pourcentage. Ce qui est considérable.

> Atténuation du burnout chez les autres travailleurs. Le pourcentage d’employés en mode hybride - qui travaillent certains jours de la semaine au bureau et les autres en télétravail - qui présentent des symptômes de burnout est, lui, demeuré stable: de 27% avant la pandémie, il est passé à 25% à présent.

Quant à ceux qui sont revenus à temps-plein au bureau, le même pourcentage a sensiblement reculé: de 30% avant la pandémie, il est passé à 26% à présent. Autrement dit, le simple fait de pouvoir enfin côtoyer leurs collègues - leur parler en vrai, prendre un café ensemble, etc. - leur a fait un bien fou. Car, ne l’oublions jamais, nous autres, les êtres humains, nous sommes avant tout des «animaux sociaux», comme le disait Aristote.

Par conséquent, le télétravail présente bel et bien une face cachée, le risque décuplé pour les employés concernés de sombrer dans la noirceur du burnout. Ce qui peut se révéler horrible pour eux, tout comme pour leur entreprise: l’étude de Gallup indique que «les employés qui tutoient l’épuisement professionnel sont 63% plus susceptibles que les autres de prendre une journée de maladie, 23% plus susceptibles de se rendre aux urgences et 13% moins confiants dans leur efficacité au travail».

«C’est clair, le télétravail peut se révéler un terrible piège pour un grand nombre d’employés», résument les experts de Gallup.

La question saute aux yeux: comment éviter ce piège si sournois? Oui, comment éviter le burnout aux employés qui souffrent en télétravail?

La même étude fournit les cinq principaux facteurs en lien avec le burnout des télétravailleurs:

1. Sentiment d’être injustement traité au travail

2. Surcharge de travail

3. Communication peu claire avec les gestionnaires

4. Manque d’appui de la part du gestionnaire principal

5. Sentiment d’être toujours à la course

«Ces cinq facteurs sont tous étroitement liés à la façon dont le gestionnaire dirige son équipe», notent les experts de Gallup. Si bien que la conclusion est évidente: il revient aux gestionnaires d’adapter leurs façons de faire à la nouvelle réalité qu’est le télétravail, à piloter leurs équipes autrement.

Qu’est-ce à dire, au juste? C’est là que l’étude de Robert Half devient vraiment précieuse, car il a justement été demandé aux gestionnaires ce qui, à leurs yeux, améliorerait le quotidien des employés en télétravail dont ils ont la responsabilité. Et il en ressort des idées, me semble-t-il, on ne peut plus inspirantes:

1. Des horaires flexibles (52%)

2. Des semaines de travail comprimées (45%)

3. Des arrangements permanents concernant le temps partiel (41%)

4. Le partage d’emploi (40%)

On le voit bien, les gestionnaires eux-mêmes pensent qu’il serait bon de favoriser la flexibilité du travail. Que cela passe par la possibilité de faire autre chose que du 9@5, de travailler à salaire égal du lundi au jeudi, ou encore de faire du mi-temps (par exemple, en invitant un pré-retraité à partager son poste avec une nouvelle recrue ainsi qu’à en profiter pour lui servir de mentor).

Place, donc, à l’innovation en matière de management! Il en va tout simplement de la santé des employés - en particulier les télétravailleurs - comme de celle des entreprises.

En passant, l’écrivain français Jules Renard a dit dans son Journal: « “On ne peut pas travailler à Paris.” “On ne peut pas travailler à la campagne.” Remplacer ces formules par “On peut travailler partout”.»

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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