Ce serait quoi, un espace de travail idéal?

Publié le 02/05/2017 à 06:06, mis à jour le 02/05/2017 à 06:24

Ce serait quoi, un espace de travail idéal?

Publié le 02/05/2017 à 06:06, mis à jour le 02/05/2017 à 06:24

Non, les espaces à aire ouverte ne sont pas la panacée... Photo: DR

Rêvons un peu... Oui, imaginons ensemble ce à quoi pourrait bien ressembler un espace de bureau idéal, pour ne pas dire parfait. Il y aurait, disons, beaucoup de lumière du jour et une température toujours agréable. Il y aurait encore de petits ilots de bureaux, de petites salles de réunions vitrées, un coin salle-à-manger et même un petit bureau fermé où chacun pourrait faire ce qu'il entend (se reposer sur un pouf, s'isoler pour réfléchir en paix, jouir du silence,...). Il y aurait encore des plantes vertes ici et là, de la déco moderne (ou non, au contraire, antique), des toilettes dignes des bars les plus branchés de la métropole. Etc. Etc. Etc.

Maintenant, revenons sur Terre... Les bureaux, aujourd'hui, sont soit composés de cubicules gris, où chacun est enfermé toute la journée dans sa petite case tristounette, soit faits d'espaces à aire ouverte, où chacun s'enferme dans sa petite bulle virtuelle, le casque sur les oreilles durant toute la journée, et où chacun s'empêche, en vérité, de parler aux autres de peur de déranger tout le monde. Impossible d'y couper, c'est soit l'un, soit l'autre; et personne n'ose sérieusement prétendre que l'un est franchement meilleur que l'autre puisque les deux présentent d'évidents défauts, lesquels sont clairement néfastes à la performance et au bien-être de chaque employé.

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Et après ça, il ne faut pas s'étonner de l'engouement croissant pour le télétravail : «Finalement, je serai plus efficace et heureux chez moi plutôt que d'être continuellement enfermé au bureau». Ni par la mode actuelle du coworking, ces espaces de travail partagés qu'on loue à l'heure ou à la journée et qui entendent favoriser les rencontres improbables : «Qui sait? Il se pourrait que mon voisin de droite soit un designer génial en mesure de me donner un précieux coup de main à l'avenir et que ma voisine de gauche soit une avocate spécialisée dans mon champ d'expertise, à même de me donner de précieux conseils à l'avenir».

Du coup, certains experts commencent à se demander ouvertement si les traditionnels espaces du bureau ne sont pas en train de mourir de leur belle mort, sous nos yeux ébahis. Un exemple frappant : une récente étude menée en France par CSA, un institut de sondage, pour le compte de JLL, un des chefs de file de l'immobilier tertiaire, a mis en évidence le fait que les employés ne désiraient plus, en général, oeuvrer dans un bureau traditionnel, où l'employeur se contente, au fond, d'offrir des murs, des tables, des chaises et de l'équipement technologique plus ou moins à jour; si bien qu'il en arrive à la conclusion que le marché de la vente de locaux destinés à des bureaux se dirige droit vers une crise majeure s'il ne s'adapte pas au plus vite à cette nouvelle donne.

Alors? Comment rendre sexy les bureaux d'aujourd'hui et de demain?

La bonne nouvelle du jour, c'est que j'ai mis la main sur une étude qui apporte, à mes yeux, des pistes de solutions que plus d'un ferait bien d'explorer sans tarder. Cette étude est cosignée par Creative Review, un magazine britannique dédié au design et à la publicité, et Allied London, une firme britannique de location d'espaces de bureaux. Elle repose sur un sondage mené auprès – c'est là un point crucial – de créatifs, c'est-à-dire de personnes évoluant depuis longtemps dans des bureaux réputés pour leur design haut-de-gamme et pour leur souci du bien-être des employés, à savoir dans des bureaux que la plupart d'entre nous qualifions «de rêve». Son objet était double : d'une part, il s'agissait de voir si les créatifs se disaient heureux et performants dans leur environnement de travail actuel; d'autre part, s'ils voyaient des moyens pratiques d'améliorer la situation, le cas échéant.

Autrement dit, il a été demandé à ceux qui vivent au quotidien dans des bureaux de rêve ce qui devrait être fait pour en arriver à l'espace de bureau parfait. Ni plus ni moins.

Passionnant, n'est-ce pas? Regardons, à présent, ce qu'il en est ressorti :

> Le problème numéro 1: la promiscuité. Ce qui dérange le plus les personnes sondées dans leur espace de bureau actuel, ce sont trois choses : le bruit, les interruptions et les distractions. Pas moins de 42% d'entre elles s'en plaignent. À cela s'ajoute l'absence d'espace où être tranquille un moment (23%), la trop grande proximité des autres (6%) ainsi que la température souvent trop élevée (5%), l'éclairage inadapté (5%) et la connexion Web insuffisante (5%).

Du coup, 36% des personnes sondées considèrent que les principaux défauts de leur espace de travail nuisent directement à leur travail, en particulier à leur créativité. Ce qui, quand on y pense bien, est énorme pour une industrie qui repose sur l'émergence d'idées neuves. C'est bien simple, plus de 9 créatifs sur 10 pensent que, si l'on améliorait le design de leur espace de bureaux, ils se montreraient nettement plus productifs.

> La solution numéro 1: la flexibilité. Ce qu'il conviendrait avant tout d'améliorer selon 97% des personnes sondées, c'est l'ajout d'espaces paisibles, c'est-à-dire des zones où chacun pourrait jouir d'un peu de calme. Idem, il serait bon aux yeux de 90% des créatifs de pouvoir disposer d'une salle où l'on pourrait librement collaborer avec les autres : celles-ci permettraient de se réunir à l'impromptu, de consulter à plusieurs un document numérique visible sur un écran géant, ou encore d'expérimenter ensemble sur un prototype.

Du coup, ils souhaiteraient grandement pouvoir bénéficier d'espaces flexibles, adaptés à leurs multiples besoins, et non pas de différentes salles dédiées chacune à un but quasiment unique.

> La solution numéro 2: la cordialité. Un autre point qu'il serait bon d'améliorer concerne l'absence d'espaces conviviaux : par exemple, il serait génial, d'après eux, de pouvoir disposer d'une immense table commune où tout le monde pourrait luncher ensemble, dans une ambiance de salle-à-manger familiale; ce qui changerait la vie de 57% des personnes sondées, qui disent qu'elles mangent le midi toutes seules à leur poste de travail, devant leur écran d'ordinateur. Idem, elles aimeraient bien qu'il y ait dans certains espaces, comme celle de la salle-à-manger, de la musique qui soit diffusée; et ce, histoire de créer une atmosphère agréable, voire apaisante.

«Ce que veulent de plus en plus les gens, c'est non pas des cubicules ni des espaces à aire ouverte, mais une variété d'espaces de bureaux», dit David Drews, associé et directeur du design, d'Allied London.

Ils souhaitent ainsi avoir un endroit à eux pour travailler et entreposer leurs affaires; un endroit où réfléchir et expérimenter à plusieurs; un endroit où croiser les autres (entre deux ilots, par exemple), propice aux discussions aussi inattendues qu'inespérées; un endroit où relaxer; etc. Si bien qu'il est clair que «le glas a sonné pour le poste de travail fixe auquel est greffé un PC», selon M. Drews.

Une opinion que partage entièrement l'anthropologue Sonia Lavadinho, en marge de l'étude de JLL : «La mort du bureau traditionnel apparaît dans un tel contexte comme inéluctable à moyen terme. Car celui-ci fait partie d'un écosystème qui n'existe plus : les individus à haute valeur ajoutée préfèrent aujourd'hui avoir accès à une multitude d'espaces collectifs à géométrie variable, et surtout très confortables», dit-elle.

Et d'ajouter : «Notre époque est marquée par la "grande convergence", celle à la fois de l'habitabilité et de la mobilité».

Bref, les temps changent à la vitesse V, et il est plus que temps que nos espaces de bureaux suivent le mouvement. Sans quoi, les employés talentueux auront vite fait de vider les lieux les premiers, suivis peu après par les autres. Inévitablement.

Fort heureusement, il est tout à fait possible à un employeur digne de ce nom d'y parvenir sans trop de difficultés : il lui suffit, en effet, d'effectuer les changements nécessaires en gardant le cap sur le point de convergence entre la flexibilité et la cordialité. C'est aussi simple que ça.

Que retenir de tout ça? Ceci, à mon avis :

> Qui entend se doter d'espaces de bureaux dignes du 21e siècle se doit d'améliorer leurs flexibilité et cordialité. Il lui faut réaliser que le design de l'espace de travail qu'il offre aujourd'hui à ses employés est loin d'être parfait, puis entreprendre une réflexion commune quant aux changements envisageables, en mettant l'accent sur l'efficacité et la convivialité des nouveaux lieux. Il doit enfin oser le changement, y compris lorsque celui-ci s'annonce drastique. Car, ne doit-il pas oublier, c'est pour le bien de tous.

En passant, l'écrivain belge Jacques Sternberg a dit dans Vivre en survivant : «Je ne suis jamais entré dans un bureau sans me demander comment m'en échapper».

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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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