Ce que nous enseigne «Soumission» de Michel Houellebecq

Publié le 20/01/2015 à 09:09, mis à jour le 20/01/2015 à 06:14

Ce que nous enseigne «Soumission» de Michel Houellebecq

Publié le 20/01/2015 à 09:09, mis à jour le 20/01/2015 à 06:14

"Soumission" nous amène à penser autrement au travail... Photo: DR

J’aime sortir des sentiers battus, car c’est toujours le plus sûr moyen de trouver son chemin. D’où mon envie de vous parler aujourd’hui du dernier livre que j’ai lu, Soumission de l’écrivain français Michel Houellebecq (Flammarion, 2015). Un livre dont l’une des grandes qualités est qu’il ne peut laisser indifférent, tant il porte un éclairage dérangeant sur la nature la plus profonde de l’être humain. C’est-à-dire sur vous et moi.

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L’histoire peut être résumée très simplement. Un type quelconque, François, poursuit une carrière d’universitaire on ne peut plus banale à Paris, après avoir, dans sa jeunesse, signé une thèse sur l’écrivain décadentiste Huysmans. Jusqu’à ce jour de 2022 où survient l’inimagineable : lors de l’élection présidentielle, le PS et l’UMP se rallient à un autre parti politique pour empêcher Marine Le Pen et son Front national de l’emporter; et ce parti est la Fraternité musulmane, apparu en France on ne sait trop comment, mais peu importe, là n’est pas le sujet du roman de Michel Houellebecq. Résultat? La France s’islamise peu à peu, sans trop de grincements de dents.

Dans les rues, on ne voit plus de femmes en jupe, mais en pantalon. Des signes religieux apparaissent ici et là, en particulier dans les écoles et universités. La Sécurité sociale est remplacée par la solidarité familiale. La polygamie devient légale. Et la France se découvre un nouvel élan d’optimisme économique, digne de celui des «30 Glorieuses» qui avaient marqué la sortie de la Seconde Guerre mondiale : par exemple, les femmes sortant du marché du travail, la courbe du chômage s’inverse; ou encore, l’Arabie saoudite, qui voit en la France un nouvel allié, y investit du jour au lendemain ses milliards par poignées.

Le héros du roman se trouve, bien malgré lui, au coeur de ce fabuleux bouleversement. Car la Fraternité musulmane s’est donnée comme priorité de supprimer la laïcité dans l’Éducation, chaque enseignant se devant, s’il souhaite continuer d’exercer son métier, de devenir musulman. Non sans malice, Michel Houellebecq montre que les résistances des universitaires ne sont pas très fortes : c’est que les salaires sont carrément triplés et les mariages polygames facilités, en particulier avec leurs jeunes étudiantes. Reste que François, lui, est a priori indifférent à ces arguments purement matérialistes (contrairement à la vaste majorité de ses collègues!). D’où l’interrogation lancinante, tout au long du roman : se convertira-t-il comme les autres, ou pas? Oui, finira-t-il par prononcer la fatidique Ašhadu an lā ilāha illa-llāh, wa-ašhadu anna Muḥammadan rasūlu-llāh, qui signifie «Je témoigne qu’il n’y a d’autre divinité que Dieu, et que Mahomet est l’envoyé de Dieu»?

Scénario futuriste improbable? Peu importe, car là n’est pas l’essentiel. Cette fable qu’est Soumission met, en vérité, l’accent sur la facilité déconcertante avec laquelle les gens se plient à de nouvelles valeurs, même si celles-ci semblent en parfaite contradiction avec celles qu’ils avaient auparavant. Des précédents ont marqué l’Histoire : les pays d’Europe de l’Est qui sont devenus communistes sous la gouverne des Russes, ou encore les Français, sous Pétain. Et qui sait ce que nous réserve le futur?

À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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