Oublions le Panier bleu... misons sur l'achat bleu!

Publié le 02/02/2021 à 12:48

Oublions le Panier bleu... misons sur l'achat bleu!

Publié le 02/02/2021 à 12:48

Une souris d'ordinateur dont le fil dessine un panier d'achat

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Le célèbre journaliste et humoriste de la Belle Époque, Alphonse Allais, disait avec raison, qu’une mauvaise idée valait toujours mieux que pas d’idée du tout. En effet, rien ne sert de juger, de critiquer, ou de démolir l’idée ou l’initiative des uns ou des autres sans offrir en retour la moindre contribution de sa part. 

Ceci étant dit, retournons au printemps dernier lors de l’annonce officielle du lancement du Panier bleu. Initiative extrêmement intéressante au premier regard, l’objectif était noble: promouvoir l’achat local. La crise frappait de plein fouet notre économie menaçant la survie de dizaines de milliers d’entreprises québécoises. 

L’annonce fut chaleureusement accueillie et la réponse du public immédiate. Un peu comme un «wake up call» généralisé, l’arrivée de cette nouvelle plateforme a permis, à plusieurs, de réaliser collectivement l’importance de prioriser l’achat local et de promouvoir cette contribution citoyenne si importante pour l’économie. 

Ce n’était pas le site en tant que tel qui volait la vedette, un répertoire web de commerce et de produits «d’ici», mais bien la réaction du public qui s’en est suivi. Rarement, dans l’histoire du Québec, avions-nous vu un tel engouement pour l’achat local. Le Panier bleu avait créé le buzz! 

Cependant, rapidement, des voix s’élevèrent afin de critiquer le manque d’innovation, de créativité et surtout l’obsolescence du concept, qui était essentiellement l’équivalent d’un bon vieux bottin téléphonique... mais sur le web.

Bref, ne nous attardons pas sur les erreurs du passé et misons sur l’espoir d'un futur meilleur. Depuis quelques mois, des milliers d’entrepreneurs et de commerçants des quatre coins de la province attendaient donc, avec grand intérêt, la version 2.0 du Panier bleu, qui se voulait plus adaptée aux réels besoins du moment.

Éternel optimiste, j’osais croire que ce faux départ n’était en réalité qu’en raison du climat d’urgence des semaines précédant son lancement et j’espérais que nous allions annoncer autre chose que des chantiers de réflexion («whatever that means» comme, dirait l’autre) et des recommandations, qui ont certes leur place, mais pas nécessairement en moment de crise. 

J’avais de grandes attentes. L’économie étant si fragile, les besoins si urgents, ce n’étaient pas les idées innovantes qui manquaient, du moins d’après mes multiples échanges sur le terrain.

Afin de répondre aux défis que représente l’immensité de notre territoire, j’espérais une entente historique avec Postes Canada ou un autre transporteur afin de diminuer, grâce au volume, les frais et les délais de livraison d’achats effectués en ligne et même peut-être de développer un réseau d’entrepôts régionaux facilitant autant la préparation de la commande que la logistique du transport.

Afin de régler, une fois pour toutes, les problèmes de connectivité quasi quotidiens dans plusieurs régions, j’espérais d’importants investissements afin de permettre à toutes les entreprises du Québec de pouvoir profiter d’un accès internet digne du 21e siècle et de pouvoir profiter de l’explosion du commerce en ligne.

Afin d’inciter le consommateur à acheter bleu, j’espérais une baisse d’un point de pourcentage ou même un congé de TVQ, ou tout autre incitatif financier pour les 12 prochains mois sur tout achat de produits québécois... pour autant qu’on définisse au préalable clairement l’appellation «Produit du Québec». 

J’espérais qu’on annonce la plus grande campagne promotionnelle de l’histoire du Québec en profitant de la puissance des réseaux sociaux, les mille et un influenceurs ainsi que le bottin de l’UDA au grand complet afin de faire briller le produit et le commerce bleu ainsi que leurs artisans.

J’espérais qu’on annonce des partenariats innovants propulsant des plateformes web déjà existantes, telles Maturin, Signé Local ou Acheter Québec, fondées par des entrepreneurs d’ici et offrant déjà une sélection de produits 100% d’ici!

 

Une simple plateforme transactionnelle

Non. À la place, on a choisi d’investir afin de rendre la plateforme transactionnelle ainsi que de la teinter de 50 nuances de bleu ayant comme objectif d’aider le consommateur à connaître le degré «pure laine» des produits et commerces y étant répertoriés.

Il ne suffit d’échanger que quelques minutes avec les entrepreneurs et commerçants de la province afin de savoir que la dernière chose dont ils ont besoin est de voir un OSBL financé par le gouvernement venir jouer dans leurs pattes.

Le Panier bleu avait créé le buzz, il aurait dû continuer à l’exploiter en devenant le porte-voix du mouvement et non devenir une plateforme de plus, surtout dans un aussi petit marché que celui du Québec. Le Panier bleu devrait se concentrer à promouvoir, faciliter, outiller et faire briller les entreprises et les entrepreneurs du Québec, il ne devrait pas intervenir dans la relation transactionnelle entre le client et le commerçant. Cette approche «Tasse-toi de là, je vais le faire» est un paternalisme d’une autre époque qui ne répond aucunement aux besoins du moment.

Ce dont les dizaines de milliers de PME du Québec ont besoin n’est pas d’une pâle copie d’un mélange des Pages jaunes, de Google et d’Amazon, mais d’un partenaire d’affaires qui facilite leur quotidien.

Elles ont besoin de moins de bureaucratie, et de plus de rapidité d’exécution, elles ont besoin d’accès rapide à des outils financiers d’urgence, d’aide salariale afin de garder leurs employés actuels, de réengager ceux qui ont malheureusement été mis à pied et même afin d’en engager des nouveaux.

Il y a urgence d’agir, car l’oxygène commence à se faire rare pour des milliers d’entreprises. Ce n’est définitivement pas en étant répertoriées parmi plus de 2 millions de produits et près de 25 000 commerces que les entreprises d’ici vont pouvoir avoir plus de chance de survie. On doit plutôt les aider à se différencier grâce à la qualité de leur offre et leur savoir-faire.

En les regroupant tel un troupeau pêle-mêle, on perd leur unicité, on dénature leur raison d’être, on dévalorise leur art. Certains me trouveront sévère, mais j’écris sincèrement cette chronique afin que l’on arrête d’entendre et que l’on commence à écouter.

J’écris cette chronique afin que l’on réalise qu’il faut miser sur l’achat bleu, qui consiste à prioriser et à promouvoir le produit ou le commerçant d’ici, plutôt que de miser sur un Panier bleu, qui limite à cette seule plateforme la portée et l’importance du geste.

 

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaires quelques jours après avoir gradué de l’Université de Montréal en science politique. Un peu par hasard, beaucoup par folie, je suis devenu entrepreneur sans trop savoir ce qui m’attendait. Bien que ma première expérience en affaires fut catastrophique, je suis tombé en amour avec l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je suis à la tête d’un des plus grand producteurs de spiritueux et prêt-à-boire en Amérique du Nord et ce ne sont pas les projets qui manquent! Depuis novembre 2015, je partage chaque semaine ici mes idées, mes opinions et ma vision sur le monde des affaires et les sujets de société qui m’interpellent. Bienvenu dans mon monde!

Nicolas Duvernois

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