Non, l'IA ne vous fera pas perdre votre emploi. Sauf si…

Publié le 16/05/2023 à 15:47

Non, l'IA ne vous fera pas perdre votre emploi. Sauf si…

Publié le 16/05/2023 à 15:47

«Entre 2012 et la fin de 2022 les abonnements numériques payants du New York Times sont passés d’environ 500 000 à 9,6 millions», souligne Nicolas Duvernois. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Génération après génération, l’arrivée de nouvelles technologies ou inventions déclenche le bouton panique prédisant la mort certaine de tout ce qui les précédait.

En effet, dans les années 20, l’apparition de la radio devait signer le début de la fin des journaux imprimés. Quelques décennies plus tard, c’était l’émergence de la télévision qui devait mettre fin au règne de la radio. Puis, vers la fin des années 90, la montée en force d’internet devait sonner le glas de la télévision.

Depuis plusieurs mois, ce fameux bouton panique ne cesse d’être utilisé à toutes les sauces face à la montée en puissance et surtout l’omniprésence médiatique des avancées en intelligence artificielle. À la limite, à en croire certains « experts » en la matière, nous serions tous mieux de retourner sur les bancs d’école afin d’apprendre un nouveau métier, hors de danger, face à l’invasion imminente des robots.

Pourtant, en regardant autour de moi, la radio, les journaux et la télévision existent bel et bien encore. Certes, souvent sous une nouvelle forme, mais bel et bien vivants.

Attention, il ne faut surtout pas s’asseoir sur ses lauriers. L’arrivée des géants du web comme Netflix ou de « nouvelles » plateformes tels YouTube ou les balados forcent autant la radio que la télévision à démontrer leur pertinence. Bien que toujours existants, leur survie ne dépend que de leur agilité et rapidité à s’adapter ainsi qu’à innover.

Bien que nous ayons traversé plusieurs périodes d’hystérie collective prédisant la disparition de ceci et de cela, le constat est toujours le même. Les entreprises ne meurent pas en raison de nouvelles offres ou avancées dans leurs industries, elles disparaissent car elles ne suivent pas la bonne parade.

Selon un récent rapport, State of the news, du Pew Research Center, un groupe de réflexion non partisan établit à Washington, on apprend que 83% des Américains âgés de plus de 12 ans écoutent la radio au moins une fois par semaine et que plus de 80% d’entre eux regardent quotidiennement la télévision.

Le journal imprimé lui, connait un tout autre sort. Tirages de plus en plus limités, abandon massif de l’édition papier, abolition de postes par centaines, pertes financières considérables et j’en passe, sont malheureusement la réalité de la majorité des journaux au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde.

Il va sans dire que la migration de la presque totalité des revenus publicitaires vers les GAFA, combinés aux changements d’habitudes et d’attentes des consommateurs ainsi qu’au modèle « lourd » des journaux traditionnels impliquant notamment l’impression, la distribution ainsi que la livraison rendaient l’exercice de profitabilité de plus en plus impossible.

Mais une question se pose. Comment donc expliquer que certains journaux, tels The Guardian, le New York Times ou le Boston Globe, eux, tirent très bien leur épingle du jeu?

La question est complexe et je n’oserais pas y répondre en quelques phrases. Cependant, en prenant le temps d’analyser le tout de plus près, il est facile de constater qu’au lieu de continuer à se battre pour la survie de leur modèle d’origine, ces journaux ont décidé d’aller se battre sur le terrain de l’ennemi.

Entre 2012 et la fin de 2022 les abonnements numériques payants du New York Times sont passés d’environ 500 000 à 9,6 millions (versus 740 000 abonnés pour l’édition papier). Pour cette même période, les revenus de ces abonnements sont passés de 47 à 979 millions, soit 42 % des revenus totaux du journal!

En quelques années à peine, ce quotidien historique fondé en 1851 a réussi ce que très peu d’entreprises de cette envergure ont réussi, soit une transformation totale de son modèle faisant d’elle aujourd’hui, un leader numérique.

En plus des revenus des abonnements, le journal compte également sur les importants revenus publicitaires qu’ils ont vu fondre comme neige au soleil au profit des Google et Facebook de ce monde avant de décider d’agir.

En toute transparence, et pour milles raisons, cet exemple fait partie des exceptions. Rares sont les quotidiens qui jouissent d’une vision et d’une volonté de la part de ses dirigeants, de moyens financiers titanesques, de la résilience de ses employés et de la réputation internationale du New York Times.

Cependant, contrairement à tous ceux qui prédisaient sa chute, le journal a démontré qu’en suivant la bonne parade, en s’adaptant à l’ère du temps ainsi qu’en offrant à ses lecteurs un contenu de qualité, au moment de leur choix ainsi que sur leur plateforme préférée, autant la radio, la télévision que les journaux ont encore leur raison d’être.

Tout comme l’internet au milieu des années 90, l’intelligence artificielle fait trembler, surtout en ignorant de ce qui nous attend. Il ne faut surtout pas jouer à l’autruche. Il y aura très certainement des types d’emplois plus affectés que d’autres et inévitablement, certains perdrons le leur.

Cela dit, il est important de toujours garder en tête l’exemple du New York Times. Plutôt que s’obstiner à conserver le statut quo, la meilleure chance pour toute entreprise de ne pas sombrer dans l’obsolésance et par conséquent ne pas perdre son emploi est de suivre la bonne parade.

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaires quelques jours après avoir gradué de l’Université de Montréal en science politique. Un peu par hasard, beaucoup par folie, je suis devenu entrepreneur sans trop savoir ce qui m’attendait. Bien que ma première expérience en affaires fut catastrophique, je suis tombé en amour avec l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je suis à la tête d’un des plus grand producteurs de spiritueux et prêt-à-boire en Amérique du Nord et ce ne sont pas les projets qui manquent! Depuis novembre 2015, je partage chaque semaine ici mes idées, mes opinions et ma vision sur le monde des affaires et les sujets de société qui m’interpellent. Bienvenu dans mon monde!

Nicolas Duvernois

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