Non au «je, me, moi...» en entrepreneuriat

Publié le 19/01/2021 à 14:03

Non au «je, me, moi...» en entrepreneuriat

Publié le 19/01/2021 à 14:03

(Photo: Bram Naus pour Unsplash)

BLOGUE INVITÉ. Chaque semaine, depuis des années, je reçois au moins une trentaine de messages d’aspirants entrepreneurs qui démarrent leur projet et souhaitent s’entretenir avec moi afin d’échanger quelques idées et de recevoir quelques conseils. 

Tout dépendant du message que je reçois, si le sujet m’interpelle particulièrement, si je trouve le ton respectueux et que je perçois une authenticité de la part du messager, je réponds positivement à la demande ou le réfère vers une personne ou ressource, qui, je crois, pourrait mieux le supporter que moi dans sa démarche.

Bien entendu, je dois refuser la majorité du temps. Vous comprendrez qu’il m’est tout simplement impossible d’échanger avec autant de personnes ! Cependant, je dois avouer qu’au fil des ans, il est intéressant de voir les tendances évoluer.

Bitcoin, cannabis, big data, intelligence artificielle, gin, équipements médicaux et j’en passe. Il suffit de consulter l’historique des demandes que je reçois afin d’avoir un portrait pas mal juste de la tendance entrepreneuriale du moment !

Ce qui m’intéresse encore plus particulièrement n’est pas le domaine ou l’industrie spécifique au projet, mais beaucoup plus l’humain en arrière de celui-ci. Porte-t-il ou elle une attention particulière aux fautes d’orthographes ou de grammaire (je peux en accepter quelques-unes n’étant moi-même pas le meilleur !)? Est-ce un message personnalisé ou envoyé au bottin complet du Québec inc.? Est-ce que le message est précis, concret et structuré ou long comme un mauvais roman décousu? Le message me fait-il vibrer? M’incite-t-il à vouloir en savoir plus, ou à le mettre immédiatement dans ma corbeille?

Dernièrement, un message en particulier a attiré mon attention, et pas pour la meilleure des raisons ! Tristement, ce message, du moins son fond, revient assez souvent et me surprend à tout coup.

Effectivement, quoique le courriel était très bien écrit, que le projet était intéressant et que la mission derrière celui-ci soit noble, la finalité était décevante. En résumé, on me demandait, fort poliment d’ailleurs, de mettre à profit tout mon réseau, toutes mes connaissances et d’investir personnellement un bon montant, afin d’aider l’entreprise à réussir leur campagne de sociofinancement. En retour, je recevais un gros merci !

Ceux qui me connaissent ou me suivent sur les différents réseaux sociaux savent à quel point je m’engage, bénévolement, depuis des années dans mille et une causes. Bien entendu, cet engagement me fait plaisir, me donne un sentiment d’accomplissement personnel, montre l’importance de s’impliquer à mes enfants et surtout, vient en aide à ceux ou celle dans le besoin.

Jamais, peu importe la cause ou la demande, n’ai-je demandé quoi que ce soit en retour. Qu’il s’agisse d’une discussion, d’un conseil, d’une rencontre, ou même de plusieurs rencontres, je crois sincèrement qu’il est primordial de redonner au suivant quand on a la chance de le faire. 

À maintes reprises, j’ai mis en contact des personnes qui, je croyais, devaient se rencontrer, et, plusieurs fois, cette mise en relation s’est avérée extrêmement fructueuse.

Ceci étant mis au clair, rien ne me déçoit plus d’un entrepreneur qui souhaite à tout prix réussir, mais qui, à peine au début de son parcours, ne fait que demander, prendre ou exiger qu’on lui donne tout. Il n’y a rien de pire que de se lancer en affaires avec l’attitude du « je, me, moi. »

Certains diront que c’est générationnel, que c’est un manque d’éducation ou de savoir-vivre. Je ne pourrais dire. Une chose que je sais cependant est qu’agir de la sorte est la meilleure manière de ne pas réussir !

On ne réalise pas à quel point se lancer en affaires est un sport d’équipe. Que l’on soit seul dans notre aventure, que l’on soit seul à y mettre tout notre temps ou que l’on soit le seul au monde à y croire, on est tout de même dans une équipe, celle du monde des affaires.

Étonnamment, notre coéquipier ne joue pas toujours dans notre équipe, bien qu'il évolue dans le même univers. Un jour, notre coéquipier peut être un partenaire de développement ou un fournisseur. Le lendemain, notre coéquipier est peut-être un conseiller financier ou un futur client. Parfois, le coéquipier est une personne comme moi qui aide à bâtir une véritable équipe, en chair et en os, autour de toi et de ton projet.

En lisant le courriel, je me suis dit: « Cette personne devrait jouer au tennis contre un mur ». Jamais elle n’aura une chance de percer en ne faisant que demander, que prendre et en s’attendant à ce que d’autres veuillent jouer avec lui. Lorsque j’étais au cégep en sport-études, le seul joueur que personne n’aimait dans l’équipe était celui qui gardait jalousement le ballon pour lui et ne voulait jamais le partager.

La meilleure manière de ne rien vendre est de ne penser qu’à la vente, et d’oublier qu’avant tout, une relation humaine doit se faire. Bien que le monde des affaires soit parfois sauvage, le concept de vendre, d’aider, d’encourager ou de supporter une personne ne peut se faire que par des humains.

Pour conclure, je ne m’attendais pas à recevoir quoi que ce soit en acceptant ou non d’aider cette personne, cependant je m’attends toujours à ce que mon interlocuteur veuille jouer un sport d’équipe et non au tennis contre un mur. 

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaires quelques jours après avoir gradué de l’Université de Montréal en science politique. Un peu par hasard, beaucoup par folie, je suis devenu entrepreneur sans trop savoir ce qui m’attendait. Bien que ma première expérience en affaires fut catastrophique, je suis tombé en amour avec l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je suis à la tête d’un des plus grand producteurs de spiritueux et prêt-à-boire en Amérique du Nord et ce ne sont pas les projets qui manquent! Depuis novembre 2015, je partage chaque semaine ici mes idées, mes opinions et ma vision sur le monde des affaires et les sujets de société qui m’interpellent. Bienvenu dans mon monde!

Nicolas Duvernois

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