Non à la «McDonalisation» de l'entrepreneuriat!

Publié le 30/03/2016 à 08:00, mis à jour le 30/03/2016 à 17:01

Non à la «McDonalisation» de l'entrepreneuriat!

Publié le 30/03/2016 à 08:00, mis à jour le 30/03/2016 à 17:01

Dans le livre The McDonaldization of Society paru en 1991, le sociologue américain Georges Ritzer utilise ce clin d’œil afin de démontrer à quel point un domaine ou une industrie peut tout doucement perdre son âme et rapidement glisser vers une standardisation où une pensée moins humaine et plus scientifique. Tout comme l’arrivée des restaurants McDonald’s qui ont standardisé l’industrie de la restauration rapide et nos habitudes de consommation, il craignait déjà à l’époque des dérives de l’application à l’excès de normes.

Sournoisement, cette migration se fait sans que personne ne le réalise. Il ne suffit que de cinq petits mots pour que tout soit bouleversé. Efficacité, quantification, prévisibilité, contrôle et culture. Une fois le tout réuni, on se réveille pour réaliser que notre vie vient de changer à tout jamais et que nos téléphones sont tout d’un coup devenus «intelligents»!

J’ai bien peur que cette McDonalisation ait pour prochaine victime le monde de l’entrepreneuriat.

Depuis quelques années, on m’invite régulièrement à siéger à des comités de sélection ou à des jurys afin d’analyser des dossiers de nouveaux entrepreneurs. Le constat est ahurissant. Bien que la plupart d’entre eux aient encore le feu dans les yeux et la passion au cœur, je remarque de plus en plus d’entrepreneurs qui se lancent en affaires d’une manière quasi-scientifique.

Fini les rêves, les idées folles ou le dépassement de soi. Aujourd’hui, c’est le montage financier, les catégories d’actions et le conseil d’administration. À peine l’idée en tête, avant même la première vente, certains préparent déjà leur entrée en bourse!

Bien que je sois en désaccord avec cette tendance en affaires, ces entrepreneurs ne font que mettre en pratique ce qu’ils pensent être le chemin vers le succès, ce qu’ils apprennent en lisant des revues qui expliquent comment tel ou tel entrepreneur a réussi à lever des millions en financement.

Symptôme de la société dans laquelle on vit, où tout doit être efficace, quantifiable, prévisible et contrôlé, ils se lancent avec une check-list à remplir plutôt qu’avec un rêve à réaliser.

Depuis quand a-t-on plus de chance de réussite en calculant scientifiquement son lancement d’entreprise plutôt qu’en défonçant des portes? Depuis quand traite-t-on l’entrepreneuriat comme une science exacte et non comme une vie de rêves, de défis et d’objectifs? Qui est le fou qui croit que son produit, sa structure ou son plan de match est plus important que son client?

Peut-être est-ce à cause de la médiatisation des succès… et des échecs tenus sous silence? Peut-être est-ce humain de vouloir qu’il y ait une réponse logique à ce que l’on entreprend? Est-ce que certaines écoles mettent trop d’emphase sur la théorie?

Je ne sais pas, mais selon moi, une chose est sûre; ce n’est certainement pas en standardisant l’entrepreneuriat que l’on va augmenter les chances de réussite. Tout comme chaque entrepreneur, chaque succès est unique.

Loin de moi l’idée de vouloir inciter les entrepreneurs à se lancer en affaires sans préparation. Au contraire, je crois que celle-ci est primordiale. Cependant, je suis convaincu qu’il faut garder en tête l’importance de l’humain dans le monde des affaires.

Que ce soit lors de la rédaction du plan d’affaires, lors de la création ou de la mise en marché d’un produit, l’authenticité est le meilleur allié. Enlevez la passion du fromager, et tous les fromages goûtent pareil. Enlevez la créativité d’un développeur de jeu vidéo, et pas une seule copie ne se vendra. Enlevez le rêve à un entrepreneur et il ne le deviendra pas.

Luttons contre la McDonalisation de l’entrepreneuriat et créons des entreprises uniques, innovatrices et différentes comme nous savons si bien les faire. Ce sera notre propre chemin vers le succès!

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaires quelques jours après avoir gradué de l’Université de Montréal en science politique. Un peu par hasard, beaucoup par folie, je suis devenu entrepreneur sans trop savoir ce qui m’attendait. Bien que ma première expérience en affaires fut catastrophique, je suis tombé en amour avec l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je suis à la tête d’un des plus grand producteurs de spiritueux et prêt-à-boire en Amérique du Nord et ce ne sont pas les projets qui manquent! Depuis novembre 2015, je partage chaque semaine ici mes idées, mes opinions et ma vision sur le monde des affaires et les sujets de société qui m’interpellent. Bienvenu dans mon monde!

Nicolas Duvernois

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