Né pour un p’tit pain!

Publié le 23/11/2021 à 11:40

Né pour un p’tit pain!

Publié le 23/11/2021 à 11:40

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Le sujet des salaires des élus revient à la surface depuis quelques semaines. En effet, lors de la dernière campagne électorale municipale, plusieurs aspirants, dont les maires de Longueuil et de Laval, Catherine Fournier et Stéphane Boyer, ont promis d'«autobaisser» leur salaire une fois élus.

Surpris par cette promesse électorale, je suis allé voir par curiosité quels étaient ces montants qui devaient, de toute évidence, être grandement exagérés au point tel qu’il nécessitait de les baisser !

Au premier regard, je croyais avoir trouvé la mauvaise information. À Longueuil, le salaire de la mairesse sortante était de 250 000 $ et à Laval, de 220 000 $. J’ai dû aller voir d’autres sources afin de m’assurer que c’était bel et bien les bons chiffres. 

Pour tout vous dire, pour un court instant, je me suis demandé si j’avais bien compris les promesses faites. Mais qui peut bien, dans un monde où le coût de la vie ne fait qu’augmenter, saborder ses propres conditions salariales ?

Une fois mes esprits retrouvés, j’ai commencé à faire des calculs et à comparer avec d’autres salaires ! Oui, je vous entends déjà… Le salaire annuel moyen pour un travailleur à temps plein au Québec vacille entre 52 000 $ et 65 000 $ selon qu’on soit dans le secteur privé ou public. Certes, 250 000 $ représente plus de quatre fois le salaire moyen, mais attention, cette comparaison est plus que boiteuse…

Afin d’analyser la question de plus près, il faut absolument mettre en contexte la situation. Premièrement, il n’y a aucun employé au Québec ni au Canada d’ailleurs, qui gère un budget annuel frôlant les 500 millions de dollars et plus de 3 000 employés avec un salaire semblable au salaire moyen. La comparaison d’écart est donc futile.

Deuxièmement, le salaire doit refléter la tâche de travail et les responsabilités qui en découlent ! Être maire, notamment d’une grande ville comme Longueuil, c’est accepter d’avoir un horaire atypique où les heures supplémentaires à l’année sont normales, voire attendues, où les attentes et les critiques fusent de toutes parts, où chacune de nos actions est méticuleusement scrutée à la loupe, où la gestion du budget et des milliers d’employés nécessite une multitude de talents, ainsi qu’une grande expérience et une connaissance du milieu, où la stabilité d’emploi n’existe pas, où tout repose ultimement sur vos épaules. 

Troisièmement, pourquoi existe-t-il tant de différence entre les salaires du privé et ceux du public ? Bien que le premier ait pour objectif le bien de l’entreprise et/ou des actionnaires, et que le second vise le bien commun, ne devrait-on justement pas nous inspirer du secteur privé afin d’attirer des candidats qui ont déjà prouvé par leur parcours qu’ils sont de bons leaders ? À bien y réfléchir, nous sommes tous des citoyens-actionnaires ! Aux montants d’impôts et de taxes de toutes sortes que nous payons, nous méritons, nous aussi, les meilleurs des gestionnaires ! 

Non, je ne leur octroierai pas les mêmes conditions salariales que dans le privé, les objectifs et la finalité étant totalement différents, mais je n’irais pas non plus à l’inverse à leur offrir des salaires qui ne reflètent pas l’importance et la lourdeur de la tâche ! 

Le salaire des élus a toujours été un sujet polarisant. Tristement, comme bien des sujets, on a politisé le dossier plutôt que de réfléchir selon la logique du marché du travail. À mes yeux, il est tout à fait incompréhensible que le salaire de notre premier ministre, de nos ministres, des députés et des maires de grandes villes soit aussi bas. 

Comment expliquer que plus de 1100 employés de la Société des transports de Montréal, qui est pourtant une entreprise publique, gagnent plus que le salaire de base de nos 125 députés ? Comment se fait-il que notre premier ministre, avec tout ce que ce poste implique, gagne presque le même salaire que les 338 députés de la Chambre des communes à Ottawa ? 

Promettre en campagne électorale de baisser son salaire, quand celui-ci n’est même pas assez haut en partant, c’est de se faire harakiri non seulement à soi-même, mais aussi aux autres élus qui, pour la plupart, méritent de meilleures conditions salariales. De plus, je pense à toutes ces personnes aux talents divers présentement dans le secteur privé, qui contemplaient une baisse parfois drastique de salaire afin de sauter dans l’arène publique et qui aujourd’hui, hésitent encore plus à faire le premier pas.

Tout travail mérite salaire et celui-ci doit absolument refléter l’importance des tâches à effectuer. Le rôle d’élus n’est pas simple, il est facile à critiquer, mais bien peu ont le courage d’aller au front. Je félicite Catherine Fournier et Stéphane Boyer pour leur élection, mais je les invite à reconsidérer leur promesse. S’ils veulent absolument se départir de cette portion de salaire, je leur suggère à la place de faire un don à une fondation de leur choix, alors que les besoins de toutes sortes sont criants.

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaires quelques jours après avoir gradué de l’Université de Montréal en science politique. Un peu par hasard, beaucoup par folie, je suis devenu entrepreneur sans trop savoir ce qui m’attendait. Bien que ma première expérience en affaires fut catastrophique, je suis tombé en amour avec l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je suis à la tête d’un des plus grand producteurs de spiritueux et prêt-à-boire en Amérique du Nord et ce ne sont pas les projets qui manquent! Depuis novembre 2015, je partage chaque semaine ici mes idées, mes opinions et ma vision sur le monde des affaires et les sujets de société qui m’interpellent. Bienvenu dans mon monde!

Nicolas Duvernois

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