Est-ce la tâche du gouvernement de sauver nos sièges sociaux?

Publié le 26/03/2019 à 15:09

Est-ce la tâche du gouvernement de sauver nos sièges sociaux?

Publié le 26/03/2019 à 15:09

Le ministre québécois des Finances, Éric Girard.

Le ministre québécois des Finances, Éric Girard. (Photo: Jérôme Lavallée)

BLOGUE INVITÉ. Avec la saga de la vente de Rona encore toute fraîche dans nos mémoires, l’épée de Damoclès qui danse dangereusement au dessus de la tête de SNC-Lavallin combinée à l’injection par le gouvernement, dans le dernier budget, d’une enveloppe d’un milliard qui permettra, au besoin, de supporter «les entreprises jugées stratégiques pour l’économie et assurer la protection de la présence des sièges sociaux», nous avons rarement autant parlé de la sauvergarde de nos sièges sociaux. 


Rappelez-vous du tollé que la vente du Cirque du Soleil (à des Chinois), des Rôtisseries St-Hubert (à des Ontariens) ou de Camso (à des Français) a créé dans les médias et dans la classe politique.


Je dois avouer ressentir un petit pincement au coeur chaque fois que je vois partir un fleuron du Québec inc. dans les bras d’une entreprise étrangère. Mais cette réaction est loin d’être rationnelle, elle est plutôt romantique! Je suis en amour avec les entreprises d’ici et mon rêve serait de pouvoir toutes les garder Québécoises. Cependant, le monde des affaires est beaucoup plus complexe qu’un simple souhait.


Étant entrepreneur, je privilégierais, en cas de conditions similaires, la vente de mon entreprise à un acteur local, mais je serais fou de dire non à une meilleure offre venant de l’extérieur. Après tout, les entrepreneurs ne bâtissent pas une entreprise toute leur vie, avec tout ce que ça implique comme sacrifices, afin de laisser de l’argent sur la table une fois venue le temps de vendre.


Étonnamment, la couverture médiatique est beaucoup moins importante quand une entreprise du Québec en achète une de l’étranger. On a qu’à penser à Couche-Tard, Stingray ou au Groupe MTY qui accumulent, au fil des années, des acquisitions aux quatres coins de la planète à coup de centaines de millions, voire de milliards de dollars! 


Étant une toute petite province de huit millions d’habitants, je comprends bien l’importance de tout faire afin de garder notre indépendance entrepreneuriale. En effet, rien ne serait plus nuisible pour notre économie que l’on devienne une succursale de géants mondiaux. Cependant, malgré tous ces arguments, est-ce vraiment la tâche du gouvernement de se donner comme mission de sauver les entreprises québécoises des griffes étrangères?


Personnellement, je crois que oui. Je crois sincèrement que le gouvernement doit, quand les conditions le permettent, tout faire pour éviter que certaines entreprises dites «stratégiques» soient vendues.


Bien que je préfère que la politique se tienne loin du monde des affaires, je crois que, dans certains cas bien précis, cette intervention est nécessaire. Que ce soit pour garantir la sauvegarde de milliers d’emplois, de garder une technologie ou invention précise de propriété québécoise ou de conserver son statut de leader dans une industrie x, l’investissement stratégique est essentiel. 


Détrompez-vous, nous ne serions pas les premiers. Beaucoup de gouvernements à travers le monde agissent ainsi. Avec des fonds presqu’inépuisables de certains pays tels la Chine, le Qatar ou l’Arabie Saoudite, l’investissement stratégique devient une question d’état.


Je salue donc la décision du ministre des Finances de prévoir un fonds strictement réservé à ce genre de situations. Que l’on aime personnellement ou pas telle ou telle entreprise, il serait dommageable de voir certains de nos fleurons changer de drapeau. 


Je ne peux imaginer des entreprises symboliques et essentielles, pour une raison ou une autre à notre économie comme Bombardier, Saputo, Québécor ou même Couche-Tard devenir du jour au lendemain américaines, chinoises ou portuguaises. À mes yeux, l’indépendance entrepreneuriale doit être au cœur de notre développement économique.

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaire sans trop savoir ce que c’était. Je suis devenu un entrepreneur sans aucune idée de l’aventure dans laquelle je me lançais. Je suis maintenant le dirigeant d’une entreprise qui a le vent dans les voiles. Après avoir complété mon baccalauréat en science politique à l’Université de Montréal et surtout après avoir vécu une première expérience catastrophique en affaire (dans l’univers de la restauration), j’ai décidé de me lancer dans la production de vodka… sans trop savoir ce que je faisais ! À travers ce blogue, je vais vous amener dans les coulisses de l’entrepreneuriat, dans l’antichambre du succès. Une réalité partagée par des milliers de jeunes et moins jeunes entrepreneurs, une réalité qui gagnerait à être partagée !

Nicolas Duvernois