Entrepreneurs, arrêtons d'être paresseux

Publié le 03/12/2019 à 10:48

Entrepreneurs, arrêtons d'être paresseux

Publié le 03/12/2019 à 10:48

Une marathonienne qui franchit la ligne d'arrivée.

Le succès en affaires relève davantage du marathon que du sprint. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Depuis des années, je vois aller et venir les différentes tendances entrepreneuriales du moment. J’ai eu l’immense chance de m’être lancé en affaire avant que le mot entrepreneur soit à la mode et devienne, pour des milliers de personnes qui se cherchent, beaucoup plus un style de vie «cool» qu’une réalité. 

Sans le savoir, me lancer dans une industrie qui n’était aucunement à la mode, l’agro-alimentaire (et surtout la vodka), m’a permis de ne pas succomber à la dernière tendance du moment. Au fil des ans, je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont parlé d’applications mobiles, de réalité virtuelle, de blockchain et de bitcoin avant d’abandonner et de passer à une autre mode! Un peu comme un navigateur au milieu d’une tempête, je n’avais d’yeux que pour mon objectif ultime. Les tendances ne m’intéressaient pas, ce que je voulais, c’était de vendre de la vodka!

En me lançant dans la production de spiritueux au Québec, je m’assurais, en quelque sorte, de tout faire pour me compliquer la vie! Premier sur le marché, aucune expérience dans l’industrie, aucun moyen financier, aucune demande des clients, je n’avais devant moi que l’espoir de réussite. 

Depuis mes premiers pas dans le monde de l'entrepreneuriat, la réalité de se lancer en affaires s’est métamorphosée pour devenir aujourd’hui un choix de vie pour des milliers de personnes. Impliqué de mille et une manières dans l’univers entrepreneurial, je suis aux premières loges pour observer ce qui s’y passe. Pour être totalement transparent, j’ai un peu peur pour le futur.

Bâtir une entreprise comme on assemble un meuble Ikea

J’ai peur, car je constate que de plus en plus d’aspirants entrepreneurs veulent bâtir une entreprise en suivant un manuel d’assemblage prédéfini, comme on assemblerait un meuble Ikea.

J’ai peur que les mots «risques», «patience» et «sacrifices» disparaissent et que l’entrepreneur, tel qu’on le connaît depuis des siècles, deviennent de plus en plus une personne à la recherche constante de financement tout en perdant petit à petit le contrôle de sa propre entreprise.

Tristement, la majorité des jeunes pousses que je rencontre n’ont pas encore une seule vente à leur actif et ont déjà un plan de match bien établi quand vient le temps de financer leur idée. Investissement de pré-amorçage, d’amorçage, de croissance et ainsi de suite.

L’humain est paresseux. Il cherche en permanence à faciliter ce qui est complexe. Aujourd’hui, au lieu de travailler pendant trois ans la nuit dans un entrepôt de pneus et de se faire aider par sa blonde ou son chum afin de financer son rêve qui n’est encore qu’une petite idée, on cherche immédiatement un investisseur.

On ne réalise pas à quel point cette impatience nous nuira à long terme. Le succès est un marathon, pas un sprint. On ne réalise pas en se lançant en affaires qu’avoir à faire des sacrifices et manger beaucoup trop de Kraft Dinner sont des avantages. On ne réalise pas que le 10%, 15% ou 30% que l’on laisse partir à un investisseur pour une bouchée de pain au tout début de l’aventure peut valoir des millions de dollars quelques années plus tard. On ne réalise pas que mettre une grande partie de l’avenir de l’entreprise, dès le départ, dans les mains de financiers ou d’investisseurs peut déjà signifier le début de la fin.

Certes, le rêve d’avancer vite et d’atteindre notre objectif le plus rapidement possible est attirant, mais par expérience, et surtout en analysant le succès des plus grandes et belles entreprises de notre génération comme Nike, Apple ou Patagonia... je peux vous garantir qu’investir en soi-même en ayant un deuxième emploi, en n’allant plus au restaurant ou au cinéma et en oubliant la signification du mot «vacances» est un bien meilleur investissement que l’on pense!

 

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaire sans trop savoir ce que c’était. Je suis devenu un entrepreneur sans aucune idée de l’aventure dans laquelle je me lançais. Je suis maintenant le dirigeant d’une entreprise qui a le vent dans les voiles. Après avoir complété mon baccalauréat en science politique à l’Université de Montréal et surtout après avoir vécu une première expérience catastrophique en affaire (dans l’univers de la restauration), j’ai décidé de me lancer dans la production de vodka… sans trop savoir ce que je faisais ! À travers ce blogue, je vais vous amener dans les coulisses de l’entrepreneuriat, dans l’antichambre du succès. Une réalité partagée par des milliers de jeunes et moins jeunes entrepreneurs, une réalité qui gagnerait à être partagée !

Nicolas Duvernois

Sur le même sujet

À la une: démasquez ces imprévus que nous ne saurions voir

Édition du 09 Septembre 2020 | Les Affaires

Il reste encore beaucoup de ces zones d'ombre sur lesquelles nous devons lever le masque cet automne.

La pandémie n'a pas tué les entreprises

Édition du 19 Août 2020 | François Lambert

CHRONIQUEUR INVITÉ. Non, la pandémie de coronavirus n'a pas fait mourir des entreprises, elle a simplement provoqué...

Blogues similaires

Bon courage

16/09/2020 | Anne Marcotte

BLOGUE INVITÉ. Est-ce possible de perdre une de nos forces de caractère faute d’en avoir trop abusé?

Quand du seigle permet de combattre la COVID-19

BLOGUE INVITÉ. Une distillerie de Granby s'est servie de son ingrédient stratégique pour fabriquer du gel désinfectant.

«Faite icitte»

13/08/2020 | Valérie Lesage

BLOGUE INVITÉ. Entrepreneurs, comment faire naître l’émotion chez le client, celle qui va stimuler vos ventes?