Martine, la foi et le «quiet quitting»


Édition du 12 Octobre 2022

Martine, la foi et le «quiet quitting»


Édition du 12 Octobre 2022

Martine a fini par quitter, l'envie n'y était plus. (Photo: 123RF)

À LA CHASSE. Vous vous souvenez de Martine? Vous savez, cette gestionnaire dont je vous ai parlé qui se débattait avec les effets de la «grande démission» et les vagues successives de la COVID-19 depuis l’hiver 2021? En février dernier, elle semblait pourtant plutôt apaisée et «requinquée» par des vacances salvatrices. Malheureusement, cela n’aura été que de courte durée. Un pansement sur une plaie ouverte.

Il y a quelques semaines, nous avons fait notre habituelle marche sur la montagne pour nous mettre à jour. J’avais hâte qu’elle me parle d’elle, de son équipe et de ses projets.

Au détour de la Croix du Mont-Royal, elle m’a lâché la bombe:«J’ai démissionné hier». Silence. Je lui demande: «Comment te sens-tu ?»

«Soulagée, mais triste», m’a-t-elle répondu. Finalement, la grande démission a eu raison d’elle. Elle n’a pas quitté pour un autre emploi. Elle a tenté de gérer au mieux son rôle de leader jusqu’à cet été, puis le phénomène du «quiet quitting» l’a rattrapée. Le désengagement s’est insidieusement installé, puis son travail et son rôle de leader manquaient de plus en plus de sens à ses yeux. Son équipe l’a senti. Par conséquent, elle se sentait en contradiction avec ses valeurs. Coincée dans un rôle qui l’étouffait. Elle avait le sentiment de faire les choses de manière mécanique. Elle a tenté de persévérer, puis elle a décidé de quitter pour ne plus se mentir autant à elle-même qu’à ses équipes ou, pire, de risquer de perdre son âme.

«Tu es courageuse», je lui ai dit. En effet, cela prend du courage pour partir. Elle a jonglé pendant des semaines avec l’idée, rongée par la culpabilité de laisser tomber son équipe, de les abandonner. Puis, elle s’est rendue à l’évidence. Son leadership sonnait faux, elle se distanciait et se détachait inexorablement. Sa chaleur humaine s’estompait. Elle ne se reconnaissait plus.

Martine part la tête haute.

Fière de laisser en héritage une série de mesures qui resteront pour favoriser un leadership plus moderne et inclusif. Elle laisse sa place à son «dauphin», Simon, un successeur qui s’est révélé fin prêt pour le travail. Elle l’a observé durant les derniers mois et a pu constater comment il s’est épanoui grâce à elle. Il a appris avec elle dans quelle mesure la transparence et l’authenticité tout comme l’audace et le courage sont des qualités essentielles. Il a su s’en inspirer et trouver sa place.

Alors finalement, qu’est-il arrivé à Martine? Elle m’a dit avoir perdu la foi et, par ricochet, elle perdu son fun. Le salaire ne suffisait plus à compenser. Elle a toutefois réussi à insuffler sa passion à Simon qui a pris le relai avec force et énergie.

 

Garder la foi

Ce qui attend nos leaders dans les prochaines années sera exigeant. Bien plus qu’on ne le pense. Entre l’inflation, le spectre de la récession et la pénurie des talents qui se va poursuivre, j’ai de la compassion pour nos dirigeants. Mais encore plus évident, cette forme de désengagement que l’on nomme le quiet quitting force les leaders à avoir une foi inébranlable pour propulser leurs équipes en plus d’incarner un style de leadership accessible.

Comprenez-moi bien, je ne parle pas de la foi dans le sens religieux du terme. Plutôt dans le fait d’engager et de mobiliser les employés autour de leur confiance en l’organisation, ses ressources humaines, matérielles et financières.

Gagner la foi de vos équipes est un travail de tous les jours qui requiert bien plus qu’un optimisme forcené: cette forme de conviction que le meilleur est à venir. C’est ce qui galvanise les équipes et les rassure.

Parler ne suffira pas, tout comme dire que «tout va bien aller» non plus. Avoir une vision pour l’avenir ne suffira pas. Gagner la foi, ça se prouve par des gestes, des actions et des résultats concrets. Vous devez autant être capable de surmonter les obstacles que surmonter l’adversité… Tout en ayant du plaisir.

Vos employés ne doivent pas juste croire aveuglément en vous. Oubliez votre ego. Ils doivent toutefois croire dans les missions de l’entreprise. Si vous doutez, ils douteront. Si vous faiblissez, ils seront inquiets.

Avoir la foi, c’est personnifier la tête du pont du bateau. Et c’est une des plus importantes qualités des leaders qui naviguent en eaux troubles.

À propos de ce blogue

Nathalie Francisci est présidente exécutive pour le Québec chez Gallagher. Elle oeuvre en recrutement de cadres depuis 25 ans. Entrepreneure, experte en gestion des talents, elle est reconnue comme l’une des références au Québec. Femme d’affaires engagée, elle siège sur plusieurs CA. Conférencière et chroniqueuse, ses interventions font la différence par l’énergie et style direct qui s’en dégagent. Passionnée par nature, elle n’oublie jamais qu’elle travaille avec des gens, pour des gens. Elle partagera avec vous ses réflexions et expériences sur l’univers du recrutement et de la gestion des talents pour faire réfléchir autant les individus que les organisations. Nathalie Francisci a été Finaliste au Concours des Mercuriades en 2001, elle a reçu le Prix «Nouvelle Entrepreneure du Québec» en 2001 et «Entrepreneure – petite entreprise» en 2007 décerné par le RFAQ et elle a remporté le Prix Arista en 2008. Elle porte les titres de CRHA et de IAS.A.

Nathalie Francisci
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