Chasser comme une panthère


Édition du 14 Juin 2023

Chasser comme une panthère


Édition du 14 Juin 2023

Les meilleurs recruteurs ne tirent pas dans tous les sens. Ils savent qui contacter, quand et pourquoi et savent cibler les bons moments pour passer à l'action. (Photo: 123RF)

À LA CHASSE. J’aime particulièrement les panthères pour leur agilité et leur élégance quand elles chassent. Contrairement aux lions, qui pourchassent leur cible jusqu’à épuisement, les panthères attendent le moment opportun pour passer à l’action. Ce sont des chasseuses redoutables grâce à leur rapidité, mais aussi à leur incroyable discrétion. En effet, la panthère est capable de suivre furtivement sa proie pendant des heures. Pas de précipitation, tout est dans la stratégie et l’approche.

Les meilleurs chasseurs de têtes sont comme les panthères. Ils consacrent une grande partie de temps à analyser et à repérer les meilleurs talents dans l’ombre. Ils se renseignent sur eux, leur réputation et ce que l’on dit d’eux dans les médias et les corridors, assistent à leurs conférences et à leurs assemblées annuelles pour les observer en action.

Il n’y a pas de hasard quand un chasseur de têtes contacte un candidat, car généralement, les recruteurs sont allergiques au risque : celui de se faire dire que le candidat est déjà connu et qu’il n’est pas du tout fait pour l’entreprise. La meilleure reconnaissance pour un recruteur est de trouver la «perle rare qui semblait inaccessible ou que l’on n’aurait jamais sollicitée».

Toutefois, tout est dans la séquence. Timing is everything, dit-on en anglais, les recruteurs le savent bien. Une personne peut paraître excellente en théorie, mais si ce n’est pas le bon moment dans sa vie personnelle ou professionnelle, cela ne sert à rien de la forcer ou de lui mettre de la pression. La panthère ne gaspille pas son énergie sur une cible hors de sa portée. La clé du succès est de détecter et de suivre dans le temps les talents les plus prometteurs; les repérer, les voir évoluer et performer pour les approcher au meilleur moment, quand ils sont prêts à passer à la prochaine étape de leur carrière.

Les meilleurs recruteurs ne tirent pas dans tous les sens. Ils ne sautent pas sur leur téléphone immédiatement pour solliciter des candidats, ils ne les harcèlent pas et ne les contactent pas pour tout et n’importe quoi. Ils savent qui contacter, quand et pourquoi. Ils rôdent autour de leur cible pour mieux les aborder, les apprivoiser et les intéresser à une nouvelle occasion de carrière. Ils développent une intelligence d’affaires et font leur vérification diligente en amont. Ils bâtissent leur stratégie et leur plan d’action en fonction des critères de sélection et le style de l’entreprise. Ensuite, ils passent à l’action efficacement. Même si, bien souvent, le recruteur sait dès le premier jour qui serait la meilleure personne pour le rôle, il ne tourne pas les coins ronds. Présenter trop rapidement un candidat peut nuire à la crédibilité du recruteur. L’entreprise a parfois besoin de prendre du recul afin de comparer les candidats. Le risque d’aller trop vite est alors de perdre le « momentum » et de ruiner, finalement, l’intérêt du candidat qui devient moins patient à partir du moment où on le sollicite.

Cela prend aussi une connaissance intime du langage et des codes d’un secteur d’activité pour établir sa crédibilité comme recruteur et gagner la confiance du candidat. En misant sur les quatre piliers de la confiance, soit proximité, familiarité, intimité et empathie, le recruteur signifie au candidat qu’il comprend son contexte. Ainsi, il se crée un espace de sécurité psychologique où le recruteur devient un conseiller de confiance. Les leaders les plus avisés ont d’ailleurs souvent dans leur entourage proche un recruteur qui les guide et les conseille.

Comprendre comment une entreprise fonctionne ainsi que son écosystème permet de savoir quel genre de profil correspond à la culture organisationnelle et au cycle de vie de l’entreprise. Certains leaders, malgré leur talent et leur potentiel, seront bien plus performants dans certains environnements que d’autres. C’est là tout l’art de cette chasse que maîtrisent les recruteurs… comme leur animal spirituel, les panthères.

À propos de ce blogue

Nathalie Francisci est présidente exécutive pour le Québec chez Gallagher. Elle oeuvre en recrutement de cadres depuis 25 ans. Entrepreneure, experte en gestion des talents, elle est reconnue comme l’une des références au Québec. Femme d’affaires engagée, elle siège sur plusieurs CA. Conférencière et chroniqueuse, ses interventions font la différence par l’énergie et style direct qui s’en dégagent. Passionnée par nature, elle n’oublie jamais qu’elle travaille avec des gens, pour des gens. Elle partagera avec vous ses réflexions et expériences sur l’univers du recrutement et de la gestion des talents pour faire réfléchir autant les individus que les organisations. Nathalie Francisci a été Finaliste au Concours des Mercuriades en 2001, elle a reçu le Prix «Nouvelle Entrepreneure du Québec» en 2001 et «Entrepreneure – petite entreprise» en 2007 décerné par le RFAQ et elle a remporté le Prix Arista en 2008. Elle porte les titres de CRHA et de IAS.A.

Nathalie Francisci
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