Quand le nationalisme économique nuit à la nation

Publié le 14/04/2022 à 13:00

Quand le nationalisme économique nuit à la nation

Publié le 14/04/2022 à 13:00

Les mesures protectionnistes, qui favorisent notamment Lion Électrique, nuisent aux autres entreprises du secteur. (Photo: courtoisie)

BLOGUE INVITÉ. Avec la montée du protectionnisme dans le monde — pensons notamment au programme de Marine Le Pen ou même aux politiques du président Biden — le gouvernement québécois semble s’être joint vigoureusement à la parade.

Se cachant sous la vertu du nationalisme économique, le protectionnisme québécois se propage à travers les subventions versées à certaines entreprises «chouchoutes», la peur de la concurrence internationale et l’idée de tout vouloir produire à l’intérieur de la province. Pourtant, les mesures en découlant nuisent à la prospérité économique du Québec, poussent des entreprises vers la faillite et ralentissent l’émergence d’innovations. S’il peut être plaisant d’être le favori dans la classe au primaire et d’avoir des parents poules, c’est une tout autre histoire quand on parle de l’économie d’une province!

 

Un cas concret… et malheureux!

L’an dernier, j’écrivais dans un texte que les mesures protectionnistes du gouvernement actuel en faveur du producteur d’autobus électriques Lion finiraient par pousser ses concurrents à la faillite. Malheureusement, j’avais raison. Avec plusieurs sorties remplies de passion et d’incompréhension, le PDG d’Autobus Thomas, à Drummondville, a lancé un cri du cœur au gouvernement cette semaine en lui demandant de cesser le favoritisme économique qui le mettra en faillite d’ici la fin de l’année.

Rappelons-nous qu’en juillet 2021, un programme du Québec de 250,7 millions de dollars pour subventionner l’achat d’autobus électriques est entré en vigueur. Le hic: on exigeait que ces autobus électriques soient entièrement produits ici, ce qui laissait le champ libre presque uniquement à Lion électrique. Le carnet de commandes d’Autobus Thomas est passé de 300 autobus par année à zéro depuis l’été, et leur nombre d’employés, d’une cinquantaine à une trentaine. 

Si le désir du gouvernement est de contribuer à la lutte aux changements climatiques, que ces autobus électriques soient produits au Québec ou en Caroline du Nord, ce n’est pas important. Toutefois, c’est avec une vision protectionniste que ces programmes ont été conçus, favorisant une entreprise plutôt que ses concurrents, et coûtant de nombreux emplois en région.

Loin de moi l’idée de croire que Lion n’est pas une entreprise novatrice au service des Québécois et Québécoises. Et justement, je crois en leurs produits, et si le gouvernement était aussi confiant que moi envers eux, il aurait établi un cadre réglementaire et fiscal propice pour tout le secteur de la production d’autobus électriques au Québec, et les entreprises les plus efficaces auraient prospéré. À la place, l’État a choisi artificiellement le gagnant et les perdants, minant la concurrence et l’innovation émergeant du marché.

 

Facilitons le travail de tous les entrepreneurs

Le Canada affiche présentement le pire bilan en matière d’investissements privés parmi tous les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques, et le Québec n’est guère à l’abri. Trop souvent, en favorisant des interventions de l’État mal avisées dans l’économie, nos gouvernements éloignent les investissements privés, et les remplacent par de l’argent public. Mettre le risque des investisseurs sur les épaules des familles québécoises n’est pas un plan économique de long terme.

Si le gouvernement souhaite réellement favoriser la prospérité économique, l’attraction d’investissements privés et le rayonnement de nos entreprises québécoises, il doit faciliter le travail des entrepreneurs, plutôt que d’en être un. En effet, l’État ne devrait pas être une banque ni un dirigeant d’entreprise; nous avons nos entrepreneurs québécois pour cela. 

Le Québec a le potentiel de devenir une terre propice à la création d’entreprises et de richesse, mais cela n’arrivera que si les gouvernements successifs cessent de concevoir nos programmes en ayant une vision protectionniste favorisant des entreprises plutôt que d’autres. Laissons nos entrepreneurs se spécialiser dans les domaines où ils ont un avantage comparatif, et cessons de jouer au planificateur central. La croissance économique durable doit redevenir une priorité, et les gouvernements doivent se doter d’une vision à plus long terme.

À propos de ce blogue

Passionné de l’analyse des politiques publiques et habile vulgarisateur n’ayant pas la langue dans sa poche, l’économiste Miguel Ouellette offre à travers son blogue sa vision décomplexée de l’actualité économique et politique. En passant par les finances publiques et le rôle des entrepreneurs dans les différentes réformes gouvernementales, Miguel ira jusqu’à déboulonner certains mythes économiques bien répandus. Miguel Ouellette est détenteur d’une maîtrise en économie de l’Université de Toronto, et d’un baccalauréat «honours» en sciences économiques de l’Université de Montréal. Il enseigne la macroéconomie à HEC Montréal, et est aussi le directeur des opérations et économiste de l’Institut économique de Montréal. Passionné de l’analyse des politiques publiques et habile vulgarisateur n’ayant pas la langue dans sa poche, l’économiste Miguel Ouellette offre à travers son blogue sa vision décomplexée de l’actualité économique et politique. En passant par les finances publiques et le rôle des entrepreneurs dans les différentes réformes gouvernementales, il ira jusqu’à déboulonner certains mythes économiques bien répandus. C’est un rendez-vous, tous les jeudis, à ne pas manquer! Miguel Ouellette est détenteur d’une maîtrise en économie de l’Université de Toronto, et d’un baccalauréat «honours» en sciences économiques de l’Université de Montréal. Il travaille actuellement dans le secteur de l'aérospatial et de la défense à Montréal au sein la firme européenne Euroconsult, où il dirige des missions de consultations principalement liées à la conception de politiques publiques dans l'industrie spatiale et au développement stratégique de nouveaux marchés. Il enseigne aussi l'économie à HEC Montréal.

Miguel Ouellette
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