Les mines, baromètres de l'humeur mondiale

Publié le 24/10/2023 à 14:00

Les mines, baromètres de l'humeur mondiale

Publié le 24/10/2023 à 14:00

La transition énergétique occupe de plus en plus d’espace sur les marchés. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Ce n’est certainement pas la première fois que vous entendez l’affirmation. Mais à l’instar de l’indice de l’hebdomadaire The Economist mesurant chaque année le pouvoir d’achat des pays en se basant sur le prix du Big Mac, l’activité minière s’avère un puissant révélateur de l’humeur mondiale.

Globalement, l’industrie minière est en bonne santé. Le secteur s’est bien dégagé de la pandémie. Contrairement à d’autres pans de l’économie qui ont été durement éprouvés — le tourisme, l’hôtellerie, l’industrie manufacturière, etc. — les mines ont connu des résultats exceptionnels dès 2021, avec des hausses de revenus de 32% et de bénéfices nets de 127%, ce qui leur a permis de verser à leurs actionnaires des dividendes en hausse de 130%.

L’année 2022 a débuté de la même façon. Au premier semestre de l’année, la reprise postpandémique s’affermissait davantage, en bonne partie, grâce à la demande croissante des matières premières liées aux efforts de la transition énergétique.

Le second semestre aura été moins éclatant. L’inflation s’est montré le bout du nez et les troubles géopolitiques, notamment le conflit Ukraine-Russie, ont exercé une pression à la baisse sur les prix des métaux et la circulation des capitaux.

Les inquiétudes d’une éventuelle récession persistent encore aujourd’hui dans de nombreux pays. Certaines juridictions sont déjà en récession technique.

Il est donc trop tôt pour obtenir un tableau d’ensemble de l’année en cours et les prochains mois, mais il apparaît évident que les sommets de 2021-2022 sont derrière nous. De fait, l’industrie minière prend plusieurs virages au gré des événements politiques et économiques.

Les sages nous diront qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. La différence, c’est que les événements semblent se produire plus rapidement.

 

Vents favorables et vents contraires

La transition énergétique occupe de plus en plus d’espace sur les marchés. Le fameux Inflation Reduction Act de nos voisins du Sud a secoué les colonnes du temple de plusieurs juridictions qui s’engagent maintenant dans la course aux minéraux critiques et stratégiques.

Avec sa cagnotte de quelque 370 milliards de dollars en dépenses et en crédits d’impôt, le geste a contribué à mettre la transition énergétique au cœur de la stratégie de plusieurs prospecteurs avec des lendemains prometteurs pour la demande des métaux critiques.

La transition énergétique s’installe donc du côté des vents favorables, notamment pour la demande de métaux clés tels que le cuivre, le nickel, le lithium et le cobalt. Les minières qui n’exploitent pas directement de tels gisements n’hésitent à faire des acquisitions même si les prix sont élevés.

On comprend qu’elles désirent diversifier leur portefeuille pour capitaliser sur les produits en demande, malgré les prix en hausse, ou encore consolider leurs opérations pour faire face à d’éventuelles pénuries.

Les gouvernements, de leur côté, cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en matières premières — un maillon faible qui a récemment été mis en évidence par le contrôle de la Russie sur son approvisionnement en nickel. Une fusion ou une acquisition s’avère toujours pertinente, notamment lorsqu’elle permet à une entreprise de se positionner dans une juridiction minière favorable.

Là où les vents contraires peuvent se manifester, c’est du côté du contexte macroéconomique, avec des pressions inflationnistes actuelles sur les salaires et la plupart des biens de consommation, sans oublier les pénuries de main-d’œuvre qui affectent plusieurs pays.

Avec le ralentissement attendu de la croissance économique mondiale, la demande des matières premières pourrait faiblir, tout comme les prix dans une certaine mesure, ce qui pourrait inciter les minières à retarder leur «magasinage» de fusions et d’acquisitions à plus ou moins court terme.

 

Plus de forage, mais toujours pour l’or…

On aurait pu s’attendre à ce que les multiples projets reliés à la transition énergétique favorisent l’exploration des métaux dits critiques et stratégiques. C’est vrai en bonne partie, surtout pour le cuivre de plus en plus difficile à trouver sur la planète. Mais l’or demeure encore au sommet dans presque toutes les régions de prospection du monde.

Les activités de forage sont d’ailleurs à la hausse depuis presque 10 ans. Au terme de l’année 2022, on en dénombrait 70 008 dans 1 751 projets dans le monde. La recherche de gisements d’or représentait 58% de ce nombre. Sans surprise, les forages reliés au cuivre, au nickel, au plomb et au zinc atteignaient des sommets dans leur catégorie. Les pays les plus actifs dans ce champ d’activités sont, par ordre d’importance, l’Australie, le Canada, les États-Unis et le Mexique.

À propos de ce blogue

Le regard d'un spécialiste du secteur minier au Québec auprès de l’industrie, des gouvernements et du grand public. Maxime Guilbault est associé au sein du groupe de Certification chez PwC Canada et leader du groupe Mines et Métaux pour le Québec. Au cours des 15 dernières années, il s’est spécialisé dans la prestation de services aux clients du secteur minier et il travaille avec des sociétés à différents stades, allant de l’exploration à l’exploitation. Plus récemment, Maxime s'est concentré sur les entreprises qui cherchent activement à développer de grands projets d'investissement. En 2017, Maxime a supervisé la rédaction de la plus importante publication mondiale de PwC sur l’industrie minière «Mine 2017. Stop. Think…Act».

Maxime Guilbault
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