Plaidoyer pour une gouvernance transformationnelle

Publié le 17/04/2024 à 08:30

Plaidoyer pour une gouvernance transformationnelle

Publié le 17/04/2024 à 08:30

(Photo: 123RF)

EXPERTE INVITÉE. Récemment, le Groupe Millani publiait un rapport sur l’état de divulgation des données ESG (environnement, société, gouvernance) au sein de 227 entreprises composant l’indice composé S&P TSX. Ce rapport s’appuie sur les rapports ESG publiés en date du 31 août 2023. Certains constats tirés de ce rapport ont particulièrement attiré mon attention :

· 47% des entreprises abordent la question de la biodiversité et seulement 10% mentionnaient des objectifs liés à la diversité ;

· Fort peu d’entreprises ont élaboré une politique distincte en matière des droits de la personne ;

· Moins de la moitié de ces entreprises consacrent une section à la cybersécurité et moins d’un tiers d’entre elles publient des indicateurs liés à cette dimension ;

· Une entreprise sur deux (53%) effectue des analyses de scénario, mais très peu d’entre elles, à peine 6%, divulguent à la fois des informations quantitatives et qualitatives sur les résultats.

 

La double matérialité

L’analyse de double matérialité correspond à l’identification des enjeux ESG importants pour l’entreprise, ainsi que pour la société et l’environnement. L’émergence de la double matérialité s’explique par la reconnaissance croissante du fait que les impacts des organisations vont au-delà de leurs propres opérations et de leurs performances financières. Les parties prenantes, notamment les investisseurs, les clients, les employés et les communautés, exigent dorénavant plus de transparence et de responsabilité concernant les conséquences sociales et environnementales des activités des entreprises. Tout en reconnaissant que ce type d’analyse demeure nouveau, seulement 19% des entreprises ont aujourd’hui recours à la double matérialité.

 

Des rapports timides

L’étude de Millani suggère un retard dans la publication des rapports ESG, avec seulement 71% des constituants en ayant publié un en 2023, en baisse par rapport à 80% en 2022. Une majorité d’entreprises faisant référence aux objectifs de développement durable dans leurs rapports (56%) ne font état que leurs contributions positives aux objectifs alors qu’un faible pourcentage d’entre elles divulguent à la fois leurs impacts positifs et négatifs. Ceci viendrait confirmer de récentes données académiques suggérant que les entreprises ont tendance à présenter l’information en fonction de leurs intérêts.

Comment expliquer que le niveau d’information permettant de mieux apprécier les efforts de nos organisations en matière ESG ne soit pas plus élevé ? Est-ce une question de coûts ? L’accumulation de telles informations, leur analyse et leur publication nécessitent certes des investissements significatifs en ressources humaines et informationnelles alors que nous traversons une période économique difficile.

Est-ce une position attentiste en regard des remous aux États-Unis en ce qui a trait au devoir fiduciaire et la prise en compte des facteurs ESG ? Est-ce une forme d’écosilence qui consiste à moins communiquer sur les stratégies ESG et l’atteinte des cibles fixées afin d’éviter de s’exposer au jugement de l’opinion publique, de leurs clients, des investisseurs et des médias tout en se protégeant d’éventuelles poursuites judiciaires. Après la tendance à l’écoblanchiment, la nouvelle menace résiderait-elle justement dans l’écosilence ? La question mérite d’être posée.

 

Notre gouvernance se doit-elle d’évoluer d’une gouvernance traditionnelle axée sur la valeur actionnariale à court terme vers une gouvernance transformationnelle axée sur l’atteinte des principes de développement durable. De manière plus précise, cette gouvernance transformationnelle prendrait la forme suivante :

· Adopter une vision globale de la manière dont une entreprise crée de la valeur au-delà des mesures financières pour inclure les résultats économiques, environnementaux et sociaux tout au long de la chaîne de valeur ;

· Prendre en considération les impacts directs et indirects des décisions et actions de l’entreprise ;

· Devenir plus inclusif en considérant l’impact de toutes leurs décisions et actions sur toutes les parties prenantes, actuelles et futures ;

· Assumer la responsabilité de gérer et d’influencer positivement leur chaîne de valeur et leur écosystème ;

· Privilégier une ouverture à de nouvelles façons de collaboration pour résoudre les défis de la durabilité.

En somme, la gouvernance transformationnelle devra vraisemblablement faire évoluer notre compréhension des impacts de nos décisions et actions en élargissant nos perspectives et en les intégrant dans nos modes de fonctionnement.

 

À propos de ce blogue

Économiste, titulaire d’une maîtrise en administration des affaires, ainsi que d’une certification en gouvernance, Louise Champoux-Paillé se distingue par une carrière de pionnière dans le domaine des services financiers et professionnels, sa participation à plusieurs conseils d’administration et son engagement à la promotion de la saine gouvernance et de la représentation des femmes au sein des instances organisationnelles. Louise Champoux-Paillé a été présidente fondatrice du Bureau des services financiers, l’ancêtre de l’Autorité des marchés financiers. Elle enseigne la gouvernance et la gestion des risques à l’UQAM et a été nommée récemment co-directrice du Centre Lorenzetti (Université Concordia) dont l’objectif est de créer un carrefour d’expertise et de recherche durablement consacré aux femmes entrepreneuses et dirigeantes. À la recherche constante des nouvelles tendances en matière de gouvernance depuis quinze ans, Louise Champoux-Paillé parcourt quotidiennement différentes publications et études en accordant une attention particulière aux stratégies utilisées par les organisations pour intégrer les facteurs ESG dans leur vision, leur fonctionnement et leur plan de développement et ainsi répondre aux attentes des investisseurs, des actionnaires et de l’ensemble de leurs parties prenantes Louise Champoux-Paillé est membre de l’Ordre du Canada, chevalière de l’Ordre national du Québec, Fellow de l’ordre des administrateurs agréés du Québec et récipiendaire de prix de distinction de l’UQAM et de l’Université Laval. Elle a été admise au Cercle d’excellence de l’Université du Québec. Récemment, la médaille de l’Assemblée nationale du Québec lui était décernée pour l’ensemble de sa carrière.

Louise Champoux-Paillé
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