Moderniser son leadership

Publié le 07/02/2023 à 09:10

Moderniser son leadership

Publié le 07/02/2023 à 09:10

Les milléniaux et la génération Z formeront d’ici la fin de la décennie plus de 70% des travailleurs. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. La nouvelle génération de travailleurs recherche un sens au travail, l’inclusivité dans la prise de décisions, la transparence et l’équité. Les facteurs ESG conduisent les actionnaires, les employés et les différentes parties prenantes à juger des performances d’une organisation à l’aide d’une lunette d’approche qui soit tant financière qu’extra-financière.

La pandémie a bouleversé nos façons de faire. Les trois dernières années ont propulsé au centre des enjeux la qualité de vie et le mieux-être des employés. Pour les entreprises, il ne suffit plus d’être un bon citoyen corporatif, il faut savoir relever les défis environnementaux et proposer un climat de travail qui valorise le bien-être des employés.

Les facteurs ESG permettent de tisser des liens nouveaux entre les organisations et leurs employés, ceux-ci constatant que leur contribution va au-delà de leur simple description de tâches et s’inscrit plutôt dans la raison d’être de l’organisation. Plusieurs études démontrent que les employés s’investissent davantage et travaillent plus efficacement dans de tels environnements pour livrer les résultats attendus. Ceci est d’autant plus important pour les milléniaux et la génération Z qui formeront d’ici la fin de la décennie plus de 70% des travailleurs.

Quel type de leadership est approprié pour gagner la confiance de cette précieuse main-d’œuvre ?

Le leadership paritaire

Dans un article d’avril 2020 pour la publication The Conversation coécrit par Anne-Marie Croteau, doyenne de l’École de gestion John Molson, et moi-même, nous avions réfléchi aux défis du XXIe siècle. Nous évoquions notamment les changements climatiques, la santé, l’environnement, l’épuisement des ressources de la terre, le vieillissement de la population et la pénurie de talents, la gestion virtuelle de la production et de la contribution des employés, l’arrivée des milléniaux et leur recherche d’une structure de gestion plus agile et aplatie, le développement des nouvelles technologies. Tous ces bouleversements changent la donne et exigent un nouveau type de leadership, différent de celui basé sur le commandement et le contrôle.

Ce nouveau type de leadership fait principalement appel à la résilience, le courage, la souplesse, l’écoute, l’empathie, la collaboration, la bienveillance et la reconnaissance de la contribution collective. La participation de l’intelligence de toutes et de tous devient la clé du succès. Ce sont là autant de caractéristiques de gestion de type féminin. Une gestion qui, comme nous l’avons exposé précédemment, émerge dans des contextes paritaires.

Pour surmonter les obstacles du XXIe siècle et connaître le succès, les organisations doivent donc diversifier le plus possible leurs sources de talents et prioritairement en regard des genres. Il est en effet plus que temps de revoir la définition du leadership pour la rendre plus multidimensionnelle, en faisant référence à l’ensemble des qualités qu’il doit inclure et promouvoir.

 

Le leadership éthique

Le recours aux facteurs ESG au sein des organisations préconise un leadership permettant les arbitrages nécessaires entre la rentabilité à court terme et l’implantation des orientations ESG. Celles-ci requièrent une perspective à long terme afin de mieux cerner les enjeux éthiques et les conflits de valeurs.

Un tel leadership qu’on qualifie de leadership éthique s’appuie sur les dimensions suivantes : la justice (traiter les personnes de manière juste et équitable), le partage du pouvoir (faire participer les employés à la prise de décision), l’écoute (entendre leurs idées et préoccupations), la clarification des rôles (responsabilités, attentes et objectifs de performance), l’orientation vers les personnes (respecter et soutenir les équipes), l’intégrité (adéquation entre les propos et les actes, tenir ses promesses), la conduite éthique (communiquer sur l’éthique, promouvoir et récompenser les comportements éthiques) et la préoccupation envers l’environnement.

Ce type de leadership permet aux dirigeants de prévenir les tensions morales et éthiques au sein des organisations en respectant les différentes perspectives exprimées par chacun et les conflits de valeurs.

Je me permettrai en terminant de paraphraser l’auteur Brent Kedzierski, qui résume mieux que quiconque ma pensée sur le sujet.

Dans les faits, les leaders éthiquement intelligents sont ceux qui peuvent s’immerger dans les valeurs ESG, même sous la pression et le contexte du monde réel. Pour ce faire, les dirigeants éthiquement intelligents doivent démontrer une forte dose de courage moral pour défendre leurs valeurs et leurs objectifs de faire ce qui est juste, même face aux pressions, à l’adversité ou aux risques.

Ils préviennent ou réduisent les tensions éthiques et la détresse morale où que ce soit dans l’organisation en respectant l’individualité de leurs employés, en agissant de manière humaine, discrète et confidentielle, tout en demeurant sensible aux valeurs et principes de leurs organisations. Ils s’assurent que leurs décisions soient courageusement mises en œuvre avec une volonté d’identifier les besoins des valeurs ESG et les êtres humains concernés.

Certes, ce n’est pas là un défi facile à relever. Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? Pour ma part, je crois sincèrement que oui, sans aucune hésitation.

À propos de ce blogue

Économiste, titulaire d’une maîtrise en administration des affaires, ainsi que d’une certification en gouvernance, Louise Champoux-Paillé se distingue par une carrière de pionnière dans le domaine des services financiers et professionnels, sa participation à plusieurs conseils d’administration et son engagement à la promotion de la saine gouvernance et de la représentation des femmes au sein des instances organisationnelles. Louise Champoux-Paillé a été présidente fondatrice du Bureau des services financiers, l’ancêtre de l’Autorité des marchés financiers. Elle enseigne la gouvernance et la gestion des risques à l’UQAM et a été nommée récemment co-directrice du Centre Lorenzetti (Université Concordia) dont l’objectif est de créer un carrefour d’expertise et de recherche durablement consacré aux femmes entrepreneuses et dirigeantes. À la recherche constante des nouvelles tendances en matière de gouvernance depuis quinze ans, Louise Champoux-Paillé parcourt quotidiennement différentes publications et études en accordant une attention particulière aux stratégies utilisées par les organisations pour intégrer les facteurs ESG dans leur vision, leur fonctionnement et leur plan de développement et ainsi répondre aux attentes des investisseurs, des actionnaires et de l’ensemble de leurs parties prenantes Louise Champoux-Paillé est membre de l’Ordre du Canada, chevalière de l’Ordre national du Québec, Fellow de l’ordre des administrateurs agréés du Québec et récipiendaire de prix de distinction de l’UQAM et de l’Université Laval. Elle a été admise au Cercle d’excellence de l’Université du Québec. Récemment, la médaille de l’Assemblée nationale du Québec lui était décernée pour l’ensemble de sa carrière.

Louise Champoux-Paillé
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