Industrie 5.0 à la rescousse du virage vert des entreprises

Publié le 23/03/2023 à 09:00

Industrie 5.0 à la rescousse du virage vert des entreprises

Publié le 23/03/2023 à 09:00

On l’oublie souvent, la transition énergétique permet de réduire les coûts, particulièrement grâce à l’usage de nouveaux matériaux et l’optimisation des processus qui évitent le gaspillage. (Photo: Getty Images)

BLOGUE INVITÉ. Certains chefs d’entreprises ont déjà appris à la dure à quel point leur inaction envers la diminution de leur empreinte carbone peut impacter négativement leur marque employeur et commerciale.

Il y a de quoi stresser quand les générations Z et Y (25 à 45 ans) se désintéressent de votre entreprise et que vos clients y prêtent maintenant de plus en plus attention.

Comme on dit chez nous, on peut avoir du trouble pour moins que ça.

C’est sans compter la prise en compte par les investisseurs de l’exposition des entrepreneurs aux risques climatiques, mais aussi du jeu de pouvoir énorme des grands donneurs d’ordre dans une économie manufacturière québécoise fortement axée sur la sous-traitance.

 

Une hypothèque environnementale manufacturière

Année après année, la Chaire en gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal ne cesse de nous rappeler l’hypothèque environnementale du secteur québécois de la fabrication.

Après tout, ce n’est pas très glorieux d’être le 2e producteur de gaz à effet de serre (GES) dans l’économie et le 1er consommateur d’énergie au Québec.

Il est même étonnant que le secteur n’ait pas vu sa réputation ternie à ce jour.

Mais cela tend à changer, car il devient urgent d’agir.

De récents épisodes malheureux — comme ceux de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue, et de cas d’entreprises qui rejettent des contaminants dans l’air et dans l’eau ont étalé au grand jour les ratées du secteur manufacturier en la matière.

Le gouvernement a d’ailleurs dû réagir.

Québec a ajouté des critères environnementaux dans les appels d’offres municipaux, en plus d’imposer une hausse des droits de polluer aux établissements des secteurs actuellement assujettis.

Et ce n’est qu’un début.

 

L’ADN d’un vrai virage vert

Mais que veut-on dire par le virage vert des entreprises? Voici les principales composantes:

1. La transition énergétique: elle favorise l’utilisation d’énergies propres et renouvelables, ainsi qu’une plus grande efficacité énergétique, et ce, autant dans les opérations manufacturières que dans le transport.

2. La transition vers des approvisionnements responsables: elle implique le choix de fournisseurs, des pratiques puis des intrants et composantes durables.

3. La transition sociétale: elle privilégie le choix de fournisseurs les plus rapprochés géographiquement possibles avec une éthique et des conditions de travail irréprochables, œuvrant dans une logique de commerce équitable.

4. La transition environnementale: elle inclut la réduction de la consommation d’eau et des ressources, l’évitement du gaspillage, le recyclage des matières, l’écoconception et l’utilisation d’intrants recyclés, sans parler de la réutilisation de déchets, le contrôle des effluents et la protection de la biodiversité.

 

Comment faire bouger les entreprises

Il faut avouer que pour plusieurs, le mot environnement signifie d’abord un coût et une réglementation.

Je vous propose donc un argumentaire probant imaginé en partie avec Denis Leclerc, président et chef de la direction de la grappe industrielle des technologies propres Écotech Québec.

Cet argumentaire milite en faveur d’actions concrètes qui incitent les entreprises à réduire leur empreinte carbone.

Tout d’abord, un virage vert améliore la marque employeur et commerciale de l’entreprise.

Un tel virage facilite aussi l’attraction et la rétention de main-d’œuvre.

Il maintient par ailleurs la base de clients actuels, en plus de permettre la conquête de nouveaux clients, notamment via un meilleur alignement avec les donneurs d’ordres.

Enfin, des valeurs durables peuvent rendre les produits plus attractifs. Elles peuvent assurer une adaptation plus facile aux nouvelles réglementations, tout en facilitant l’obtention de financement et de subventions.

On l’oublie souvent, la transition énergétique permet de réduire les coûts, particulièrement grâce à l’usage de nouveaux matériaux et l’optimisation des processus qui évitent le gaspillage.

Elle permet de créer de nouvelles sources de revenus en lien avec un nouveau modèle d’affaires durable.

La transition contribue également à une meilleure intégration aux chaînes de valeur.

Comment? En mettant en place un effet systémique favorable aux collaborations entre l’entreprise et ses fournisseurs, ses transporteurs, ses clients et ses autres partenaires.

Enfin, la transition suscite aussi le sentiment de fierté de contribuer à protéger la planète pour les générations actuelles et futures.

Nul besoin de préciser que ce seul argument ne suffira pas.

 

Des entreprises exemplaires

Certaines entreprises ont déjà emboîté le pas avec succès, et elles ne regardent plus en arrière.

Vaillancourt Portes et fenêtres ainsi que Princecraft sont deux entreprises — du Centre-du-Québec — qui ont su s’adapter.

La première a identifié les opportunités à portée de main qui donnent des résultats concrets à court terme et qui optimisent ses investissements.

La deuxième a misé notamment sur l’efficacité énergétique et le design vert.

De son côté, Soleno, en Montérégie, a révolutionné les infrastructures de captation des eaux pluviales, grâce à l’utilisation de contenants de plastique recyclés pour la fabrication de ses tuyaux.

De beaux cas d’entreprises à émuler.

Heureusement, et je le répète à qui veut l’entendre, les entreprises ne sont pas seules face à l’adversité.

Elles ont la chance d’œuvrer au Québec, au sein de l’un des écosystèmes d’affaires les plus riches et exceptionnels du monde industrialisé.

Ce réseau d’appui est en mesure de les aider dans leur virage environnemental.

 

Industrie 5.0, le nouveau cri de ralliement

Dans ce contexte, Industrie 5.0 demeure pour moi le meilleur véhicule pour rassembler les 3 conditions gagnantes de la transformation numérique:

  •  les technologies numériques
  • l’humain au cœur de l’organisation
  • la durabilité

L’Europe en a d’ailleurs fait son mantra.

L’Amérique du Nord devra suivre la marche afin que sa transformation numérique soit à la fois gagnante pour l’entreprise, les membres d’équipe ainsi que la planète.

Voici pourquoi le vocable Industrie 5.0 est attrayant et efficace.

On est dans la continuité, car le 4.0 en fait partie. On bonifie donc le modèle existant au lieu de greffer un nouveau concept vert qui s’ajoute à la coupe des enjeux qui est déjà pleine.

On inclut aussi les deux principales conditions gagnantes de l’adoption du 5.0, soit l’humain et la durabilité.

On adopte en prime un ton constructif et positif avec l’utilisation d’un label mondial.

Enfin, on est rassembleur, car le 5.0 est bon à la fois pour l’entreprise, les employés et la planète.

Saisissons l’opportunité d’être des agents de changements en étant les porte-voix d’Industrie 5.0.

Le virage vert se prendra beaucoup mieux.

 

À propos de ce blogue

Louis J. Duhamel est un stratège d’affaires passionné de l’économie du Québec, qui cherche à simplifier la complexité et débusquer les vrais enjeux qui demandent attention. Il a été associé dans deux grands cabinets-conseils avant de fonder son propre cabinet. Il a dirigé un grand nombre d’exercices de planification stratégique et de refonte de modèles d’affaires pour des entreprises et organismes œuvrant dans des secteurs variés. Il a dirigé de nombreuses études afin de constituer des bases factuelles robustes en appui à des décisions stratégiques critiques d’organisations diverses. Sa chronique « À géométrie variable » souligne l’importance de savoir s’adapter selon les circonstances et les changements fréquents afin de contrer les menaces et saisir les opportunités à l’horizon.

Louis J. Duhamel

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