Une incroyable opportunité qui se trouvait… en Russie!

Publié le 01/02/2019 à 12:52

Une incroyable opportunité qui se trouvait… en Russie!

Publié le 01/02/2019 à 12:52

À Saint-Petersbourgh, la place boursière russe (Photo: 123rf)

BLOGUE INVITÉ. En tant qu’investisseur, j’ai toujours évité les actions russes pour mon portefeuille, malgré certaines tentations, lorsque je tombais sur des sociétés dont le prix semblait très attrayant.

Ma confiance envers le système de justice russe, particulièrement vis-à-vis un investisseur étranger, s’avère très limitée.

Il y a deux ans, j’ai discuté avec un gestionnaire de portefeuille qui était né là-bas. Basé sur sa propre expérience et sur ce qu’il avait vu en tant que citoyen, il évitait à tout prix son propre pays d’origine pour ses investissements: rien pour me rassurer!

Durant l’été, en écoutant la version audio de l’excellent ouvrage Notice Rouge de Bill Browder, j’ai pu réaliser qu’il existait un moment précis où l’investisseur valeur jouissait d’une occasion en or dans ce pays.

Imaginez qu’en 1992, on vous offrait 30% des actions de toutes les compagnies russes pour l’équivalent de 5,3G$US en dollars d’aujourd’hui (3G$US à l’époque). Cela signifiait une valeur globale de 16G$US pour 100% des actions.

Pourtant, à ce moment-là, on retrouvait en Russie 35% des réserves de gaz naturel du monde, près de 10% des réserves de pétrole, 10% de tout l’acier et de l’aluminium.

Ajoutons à cela les banques, les manufacturiers automobiles, les compagnies d’électricité et de téléphone, les sociétés dans le secteur du bois, etc.

Malgré sa population de 148 millions d’habitants, la valeur de toutes ses entreprises dépassait à peine la valeur boursière actuelle de la Banque Nationale du Canada, ou sinon, ⅙ de la valeur de Wal-Mart en 1992. Comment était-ce possible?

Lors de la tombée du communisme en Russie en 1991, une privatisation à grande échelle des sociétés d’État avait été mise en branle.

Il faut se rappeler que durant le règne communiste, les sociétés privées n’étaient pas autorisées. La Russie s’était donc retrouvée avec quelque 45 000 entreprises d’État.

Pour le tiers d’entre elles, le gouvernement avait opté pour la distribution de bons au public (en anglais «vouchers»), leur permettant d’acquérir par la suite leur juste de part de ces compagnies.

Sans surprise toutefois, la plupart des gens ne savaient que faire de ces bons. Pensant qu’ils ne valaient pas grand-chose, beaucoup d’entre eux les ont simplement vendus à des prix ridicules.

Un marché secondaire s’était donc créé, sur lequel ces bons se négociaient à environ 20$ chacun. C’est à partir de ce prix qu’on pouvait évaluer approximativement la valeur «marchande» des actifs russes.

À peine âgé de 29 ans, Bill Browder dirigeait le bureau russe des investissements chez Salomon Brothers. Il avait fait ses devoirs à propos des bons, et il avait vite compris qu’il s’agissait d’une rare opportunité. En 1996, il a démarré sa propre firme, Hermitage Capital.

Ses actifs sous gestion avaient explosé grâce au rendement phénoménal des premières années, passant de 25M$US à plus de 4G$US.

M. Browder est surtout connu pour un fait peu anodin: il s’avèrerait l’ennemi numéro un de Vladimir Poutine, actuel président de la Russie.

Étant gestionnaire de portefeuille à Moscou, M. Browder avait été témoin de l’importante corruption qui sévissait dans le pays, notamment le vol d’actifs de compagnies publiques par les personnes haut placées dans la société.

Ayant fortement dénoncé la situation, le gouvernement a cherché à se vanger. Son avocat, Sergei Magnitsky a été ultimement torturé et tué en prison.

Cet acte abominable a motivé M. Browder à faire passer une loi aux États-Unis, la loi Magnitsky, qui prévoit des sanctions financières ainsi que l’interdiction d’entrée en sol américain pour les personnes russes suspectées d’avoir participé à la mort de son avocat.

Cette loi couvre maintenant essentiellement les droits de la personne, et peut amener toute personne étrangère violant ces droits à se retrouver sur la liste Magnitsky. Comme plusieurs pays ont emboîté le pas, on peut imaginer la colère des dirigeants russes!

Pour conclure, l’investissement valeur peut s’appliquer dans maintes situations, et demeurera toujours à la mode, peu importe le pays ou l’époque dans laquelle nous vivons.

Cette philosophie repose sur une logique immuable: dénicher des opportunités d’investissement que l’on peut acquérir au rabais par rapport à la valeur estimée.

Dans les scénarios les plus extrêmes, comme dans le cas de M. Browder pour certaines sociétés russes à l’époque, ce rabais pouvait atteindre plus de 95%!

De façon générale toutefois, un rabais de 20% à 30% sur des sociétés dominantes et solides s’avérera fort suffisant pour dégager des rendements plus élevés que la moyenne à long terme dans un portefeuille en Bourse.

Rémy Morel, CIM, Associé Barrage Capital

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