SunEdison: un futur qui semblait spectaculaire

Publié le 24/04/2016 à 14:54

SunEdison: un futur qui semblait spectaculaire

Publié le 24/04/2016 à 14:54

(Graphique: Yahoo.com)

On la voyait éventuellement atteindre une taille comparable à celles de Apple (Nasdaq, APPL) ou Alphabet (Nasdaq, GOOG). Selon un article du Wall Street Journal, on prévoyait surpasser les 350 milliards de dollars américains en valeur boursière d’ici 2020. Ces prévisions auraient été divulguées par un dirigeant fort ambitieux en 2015, afin de motiver ses hauts gestionnaires.


Il s’agit de la société SunEdison Inc (NY., SUNE), dont le chef de la direction, Ahmad Chatila, ne manquait pas de visions de grandeur. Il pensait dominer le monde de l’énergie solaire. SunEdison a dépensé plus de 18G$US en acquisitions et a eu recours à 24G$US de dettes et financement par actions entre 2013 et 2016. Moins d’un an plus tard après la déclaration audacieuse de M. Chatila, l’entreprise déclara faillite! Les autorités suspectent qu’on n’a pas été tout à fait honnête avec les actionnaires, en tentant de dissimuler l’ampleur des problèmes financiers de la société alors que son titre dégringola de façon vertigineuse. En un an à peine, l’action a fondu de 99%.


SunEdison s’efforçait de réussir dans un secteur très à la mode. Les énergies renouvelables offrent une histoire intéressante à raconter, tout comme la venue de l’internet dans les années 90. On pouvait donc obtenir du financement plus facilement, surtout du côté des émissions d’actions par le biais de sociétés créées afin de financer les futurs projets de SunEdison, telle que Terraform Power (Nasdaq, TERP).


Malheureusement, l’histoire se termine mal. Le faible prix du pétrole a nui au secteur, alors que la marge de manœuvre de l’entreprise était mince. Bien que sa situation financière se détériorait, les dirigeants tentèrent de se montrer rassurants. Nous avons ici une leçon à retenir pour les investisseurs qui ont été lésés. Parmi ceux-ci, nous comptons le gestionnaire de fonds de couverture David Einhorn, qui comptait sur la valeur liquidative de la société pour se protéger en cas de mauvaise fortune.


Pertes pour les investisseurs, mais bienfaits pour la société


En tant qu’investisseurs prudents, nous gardons un œil sceptique sur ce genre de société. Toutefois, en tant que citoyens et capitalistes, nous reconnaissons les bienfaits des entreprises qui assument des risques importants, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un secteur difficile. En 2014, SunEdison comptait plus de 7000 employés, et ses ambitieux projets ont certainement contribué à l’essor de l’énergie renouvelable. La société, incluant le gouvernement américain, a profité de l’activité économique générée par ces emplois. Elle bénéficie également de l’avancement dans ce secteur, sans que cela ne lui coûte un sou, si nous faisons abstraction des actionnaires et de certaines subventions octroyées.


Il suffit de penser au secteur pharmaceutique, où un grand nombre de sociétés en biotechnologie tentent de gagner le gros lot en développant un médicament révolutionnaire. Sans l’apport des nombreux actionnaires qui «tentent leur chance», ces compagnies ne verraient pas le jour. C’est pourquoi dans le cas de SunEdison, le plus grand tort causé se situe par rapport à la divulgation d’informations. Les actionnaires détiennent le droit de connaître l’état des finances des entreprises dans lesquelles ils investissent.


Vous remarquerez que la plupart de ces histoires découlent des sociétés qui sont dirigées par le genre de dirigeant de la trempe de M. Chatila. Malgré toutes les précautions des autorités par rapport aux divulgations d’informations, d’autres déceptions de ce genre surviendront dans le futur. Vous pouvez réduire passablement le risque d’être induit en erreur en sélectionnant des sociétés un peu moins «ambitieuses». L’histoire derrière vos titres sera peut-être peu spectaculaire, mais vos rendements devraient impressionner davantage.

À propos de ce blogue

Patrick Thénière et Rémy Morel sont associés et gestionnaires de portefeuille chez Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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