Trump: bon ou mauvais pour votre portefeuille?

Publié le 12/11/2016 à 19:11

Trump: bon ou mauvais pour votre portefeuille?

Publié le 12/11/2016 à 19:11

Mardi soir dernier, alors que les élections progressaient vers le résultat final, les contrats à terme sur les indices boursiers pointaient vers un scénario noir à la prochaine ouverture des marchés. Une rude journée s’annonçait. Pourtant, la séance de mercredi clôtura avec une hausse de 1,5% pour l’indice S&P 500. Beaucoup d’analystes et d’investisseurs prévoyaient une correction boursière et d’autres, la détérioration de l’économie advenant l’élection du candidat républicain mardi dernier.

Citigroup tablait sur une perte de 3% à 5% pour le S&P 500, alors que les gestionnaires du fonds de couverture Bridgewater Associates envisageaient quant à eux une dégringolade de 2000 points pour l’indice Dow Jones. Quant à l’économiste Paul Krugman, il pense que l’économie mondiale entrera en territoire de récession, sans jamais en ressortir! Même après les élections, certains demeurent très sceptiques. L’analyste technique Tom Demark raconta à MarketWatch hier qu’il s’attend maintenant à une chute de 11% pour le S&P 500.

Qu’en pense Warren Buffett, l’un de ceux qui critiquaient M. Trump durant la campagne électorale? Dans une entrevue diffusée par CNN vendredi dernier, il déclara : «Les suggestions à l’effet que le marché s’effondrerait suite à l’élection de M. Trump étaient absurdes. Le marché boursier poursuivra son ascension d’ici 10, 20 ou 30 ans. Cela aurait été le cas avec Clinton, et ce le sera avec Trump. »

Un fait intéressant à noter du côté de la société d’assurance Fairfax Financial Holdings (Tor, FFH). Son dirigeant et fondateur, Prem Watsa, fait souvent l’objet de comparaisons avec l’Oracle d’Omaha. Comme vous le savez peut-être déjà, M. Watsa craignait depuis longtemps un revirement de l’économie, avec l’avènement de la déflation accompagnée de ses conséquences néfastes. Par conséquent, il avait sécurisé le portefeuille d’actions de la société à l’aide de produits dérivés, et ce, depuis l’année 2010.

Or, à la suite de l’élection de M. Trump, il a substantiellement réduit cette protection. Celle-ci passa de 112,7% (au 30 septembre dernier) à 50% de la valeur des actions et autres placements reliées à celles-ci. Il expliqua que la stratégie de couverture servait à préserver le capital de ses actionnaires. Étant donné le résultat des récentes élections, les possibilités d’une montée des actions boursières à long terme se sont accrues. Ainsi, il s’avérait plus «prudent» de réduire cette protection! Alors que certains sonnent l’alarme concernant une catastrophe économique, M. Watsa s’inquiète que cela aille trop bien!

L'effet «Trump» sur les titres

Qu’en est-il au juste? Nous pensons que certains secteurs seront particulièrement favorisés, étant donné les intentions de M. Trump ainsi que le fait que les Républicains aient conservé leur majorité au Sénat. Nous songeons entre autres au secteur financier, qui devrait profiter d’une réglementation plus clémente. D'ailleurs, les titres financiers en ont déjà profité en Bourse, tels que AIG (N.Y., AIG), Citigroup (N.Y., C), Bank of America (N.Y., BAC) ou Voya Financial (N.Y., VOYA). Un autre facteur favorisera fortement ce secteur: une hausse fort probable des taux d’intérêt, longuement attendue.

Quant au Canada en général, il nous est difficile de nous prononcer, la montée du protectionnisme constituant un risque potentiel pour certains secteurs. Cependant, encore aujourd’hui, c’est aux États-Unis que nous dénichons nos aubaines favorites, écartant alors ce type de risque.

De façon générale, les mesures prévues par M. Trump devraient exercer un effet bénéfique sur les sociétés américaines. La baisse d’impôt du taux corporatif de 35% à 15% à lui seul correspond à une hausse des profits de plus de 30%. Plus une société paie de l’impôt, plus elle sera touchée positivement par cette mesure. Par exemple, si en combinant les deux impôts (fédéral et état), nous obtenions 40%, une baisse à 15% de l’impôt fédéral amènerait une augmentation de 33% des bénéfices nets.

Le rapatriement des liquidités à l’étranger constitue également une mesure qui stimulerait l’économie, surtout si celui-ci est jumelé à la baisse du taux corporatif. Selon certains estimés, il subsisterait entre deux et trois billions de dollars à l’étranger. Si une partie de ces montants était rapatriée, les sociétés seraient incitées à en réinvestir un bon pourcentage si l’impôt des sociétés était abaissé.

N’oublions pas toutefois la taille grandissante de la dette publique américaine. Les mesures proposées par M. Trump ne visent pas à la réduire. Tôt ou tard, une crise éclatera à propos de celle-ci, si elle n’est pas maîtrisée. À l’instar de M. Buffett, nous pensons également que les marchés boursiers procureront un rendement satisfaisant à très long terme. Toutefois, nous ne nous emballons pas et ne cherchons pas à prédire la direction du marché à court et moyen terme. Nous sommes réconfortés dans la marge de sécurité présente grâce aux prix payé pour chacun de nos titres. Si vous demeurez discipliné de ce côté, peu importe le climat politique, vous aurez beaucoup de succès en Bourse à long terme!

 

Au sujet des auteurs du blogue: Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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