On sème aujourd'hui pour accroître les écarts de richesse demain

Publié le 13/03/2016 à 13:11

On sème aujourd'hui pour accroître les écarts de richesse demain

Publié le 13/03/2016 à 13:11

Alors que l’on entend parler constamment d’écart de richesse entre les mieux et les moins bien nantis, nous lisons ici et là que les jeunes des sociétés développées, plus instruits que jamais, tendent à adopter une attitude négative envers tout ce que représente «Wall Street».


Bien entendu, investir en Bourse dans le but de tirer un bon profit constitue un des éléments jugés malsains de cette institution. Nous ne saurions dire s’il s’agit d’une tendance bien enclenchée. Nous savons par contre que les jeunes sont exposés à une certaine influence négative dès leur adolescence.


Voici un exemple concret. La fille de l’un d’entre nous nous a rapporté les propos d’un professeur du cinquième secondaire. Il mettait en garde ses élèves à l’effet que la Bourse constitue un jeu dangereux. Voilà des jeunes en plein apprentissage, qui devront survivre dans un environnement de travail de plus en plus compétitif avec la mondialisation, à qui l’on dit que l’on doit éviter en quelque sorte d’imiter les riches!


Mais pourquoi les personnes mieux nanties arrivent-elles à constamment s’enrichir de plus en plus? Est-ce par ce qu’elles travaillent davantage? C’est probablement le cas dans les premières étapes de la voie vers la richesse, mais il faut plutôt regarder du côté de la possession d’actifs productifs de revenus: l’immobilier, les entreprises et bien sûr, les actions en Bourse!


Problème de perception sur le fonctionnement de l’économie


Ce professeur, sûrement sans en être conscient, enrichit indirectement les actionnaires de Wal-Mart, Best Buy, Metro, Alimentation Couche-Tard, Johnson & Johnson, Samsung, Apple, Toyota, etc. Autrement dit, chaque fois qu’il dépense, une part de profit revient à ceux qui fournissent le capital de ces entreprises.


En quoi est-ce un jeu dangereux que d’être propriétaire des entreprises auprès desquelles ce professeur dépense son budget? Voulait-il simplement dire que lui et de nombreuses personnes planifient de soudainement cesser de dépenser et s’isoler dans une forêt lointaine? Ainsi, les entreprises qui dépendaient de tous ces clients verront leurs profits s’effondrer?


Nous pensons plutôt que cet enseignant est plus ou moins conscient que la Bourse, c’est l’économie. Peut-être aussi a-t-il connu des gens qui ont presque tout perdu en tentant leur chance avec des titres miniers, des pharmaceutiques en démarrage, ou encore, Bombardier (Tor., BBD-B). Soulignons toutefois que beaucoup d'individus tentent leur chance à la Bourse en espérant un gain rapide. Évidemment, la plupart s’y brûlent, pour en conclure que la Bourse s’avère effectivement un jeu dangereux.


Nous pourrions tracer un parallèle avec l’école. Si vous n’étudiez pas votre matière avant les tests, votre risque d’échec s’accroît. Va-t-on conclure dans ce cas que le système scolaire ne fonctionne pas, ou va-t-on plutôt encourager l’élève à ouvrir ses livres, tout comme l’actionnaire doit s’attarder aux états financiers avant d’investir?


Cette attitude négative à l’endroit de la Bourse pose un problème significatif à long terme. Si les mieux nantis en viennent à être les seuls à posséder les entreprises, que ce soit en Bourse ou sur le marché privé, comment peut-on espérer réduire ou même seulement maintenir les écarts de richesse?


La redistribution par les impôts : la solution?


Même si vous taxiez les actionnaires à 90% de leurs profits, le 10% qui reste, s’il n’est pas dépensé, accroitrait leur richesse. Ceux qui n’épargnent point conservent une valeur nette stagnante. Par conséquent, ne pas investir creuse forcement l’écart de richesse par rapport à ceux qui détiennent les actifs.


Nous estimons que la seule façon efficace de contrer la tendance, c’est en incitant toute la population à participer davantage à notre économie. Nous bénéficions de l’extraordinaire chance de pouvoir prendre part aux profits des entreprises qui fabriquent et desservent les produits et services que nous utilisons. La même logique s’applique à l’immobilier. Est-ce que les gens disent que percevoir le loyer des locataires constitue un jeu dangereux? Bien sûr que non. Le danger en immobilier réside dans la mauvaise gestion de l’immeuble ainsi que dans le prix payé s’il s’avère trop cher.


Pour les actions en Bourse, nous appliquons le même raisonnement. Si vous sélectionnez les bonnes entreprises, ou que vous investissez dans des indices boursiers avec des expectatives de rendements raisonnables, vous vous enrichirez à très long terme.


Si l’on souhaite vraiment diminuer l’écart entre les riches et les pauvres, on ne doit pas chercher à faire le contraire de ce que les mieux nantis font! Tentons plutôt de les imiter, en s’intéressant à la détention d’actifs produisant des revenus. Les jeunes devraient être encouragés en ce sens dès le secondaire, et la Bourse constitue un mode d'investissement très pratique pour ceux qui commencent avec un capital modeste. 

À propos de ce blogue

Patrick Thénière et Rémy Morel sont associés et gestionnaires de portefeuille chez Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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