Le grand obstacle de Walmart pour contrer Amazon

Publié le 03/09/2017 à 09:30, mis à jour le 03/09/2017 à 09:30

Le grand obstacle de Walmart pour contrer Amazon

Publié le 03/09/2017 à 09:30, mis à jour le 03/09/2017 à 09:30

Photo: 123rf.com

Depuis quelque temps, nous observons avec grand intérêt le bouleversement qui se produit dans l'univers du commerce de détail. L’une après l’autre, les sociétés de ce secteur ne cessent d’afficher des résultats décevants.


Ce n’est plus un secret pour personne: Amazon dérange. Certes, elle ne détient qu’environ 5% du marché de la vente au détail aux États-Unis. Cependant, lorsque l’on jette un coup d’œil aux ventes en ligne, il s’agit d’une tout autre histoire. La société de Jeff Bezos accaparerait 43% des ventes, selon le cabinet Slice Intelligence. En outre, cette tendance n’est pas appelée à ralentir: Amazon s’emparerait de plus de la moitié de la croissance de ces ventes.


Nous regardons donc du côté du plus grand détaillant, Walmart, et nous constatons qu’il prend la menace au sérieux. En août 2016, Walmart a fait l’acquisition de Jet.com pour 3,3G$US. Son fondateur, Marc Lore, a été nommé à la tête de la division en ligne américaine. Celui-ci a connu du succès dans le passé, notamment avec la vente de Diapers.com, cédée à Amazon pour 545M$US en 2011. Ironiquement, Jeff Bezos a décidé d’y mettre fin plus tôt cette année, jugeant qu’il ne pourrait pas rentabiliser ce site.


Walmart s’est également associée à Alphabet afin de commercialiser des centaines de milliers de produits sur Google Express, une plateforme de livraison à domicile. Nous voyons donc que le numéro un de la vente du détail s’efforce de conserver sa domination. De plus, au dernier trimestre, les ventes comparables en sol américain ont crû de 1,8%, ce qui s’avère nettement positif face aux résultats de bien d’autres détaillants.


Pourquoi donc douter de son avenir?


Selon cette source, Walmart a beaucoup de chemin à faire avant de rattraper le géant de la vente en ligne. En juillet de cette année, environ 84 millions de personnes auraient visité le site de Walmart. Bien qu’impressionnant, ce chiffre reste inférieur à la moitié de celui de Amazon.


Tout peut changer dans les années à venir. Cependant, en regardant les chiffres de Walmart et toutes les ressources à sa disposition, nous nous sommes questionnés à savoir pourquoi cette société n’investissait pas davantage dans le commerce en ligne, afin de s’assurer de toujours dominer dans le futur.


Nous en sommes venus à la conclusion qu’il subsistait peut-être un risque que l’on pourrait appeler «politique» envers les actionnaires. Walmart constitue une société très rentable, et comme la plupart de celles-ci, elle verse un bon dividende et rachète ses actions en Bourse. Les actionnaires sont contents, mais s’agit-il de ce dont a besoin l’entreprise pour demeurer en tête à long terme?


Imaginez son dirigeant, Doug McMillon, s’exprimer en ces termes: «Chers actionnaires, face à la menace de la concurrence, nous avons opté pour un investissement massif dans nos plateformes en ligne. Nous prévoyons réduire le bénéfice d’au moins 50% sur plusieurs années. Nous devons donc éliminer le dividende et le rachat d’actions». Nous doutons qu’une telle annonce ne leur plaise. Soulignons que le dividende à lui seul représente près de la moitié des bénéfices des 12 derniers mois de la société.


Qu’en est-il pour Amazon? Aucun dividende. Pas de rachat d’actions. Et nous devons ajouter: peu de bénéfices comptables! Ce qui représente un inconvénient majeur pour bien des actionnaires s’avère en fait un avantage indéniable pour Jeff Bezos, fondateur de Amazon. Il peut disposer des liquidités de la société comme bon lui semble. Ses actionnaires sont habitués à assister à une forte croissance, sans nécessairement être accompagnée de profits importants. M. Bezos pense à très long terme, et privilégie le réinvestissement afin de renforcer la position et la domination de sa société.


Les 6G$US que versent Walmart à ses actionnaires chaque année pourraient être considérés comme un fardeau, puisqu’ils ne peuvent pas être utilisés à d’autres fins. Un fait peu banal à considérer: la société aurait augmenté ce dividende pendant 44 ans! Nous ne sommes pas en train de dire que le dividende est menacé et qu’il devrait être coupé (bien au contraire, il est tentant pour la direction de poursuivre un si bel historique), mais simplement qu'Amazon dispose d’un certain avantage en n’ayant pas ce genre d’engagement.


Il s’avère fort difficile pour une société d’investir massivement pour transformer sa façon de servir le consommateur, tout en rencontrant des engagements tels que les dividendes, les rachats d’actions et le maintien de bénéfices comptables!


Au sujet des auteurs du blogue: Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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