Faire avancer l'économie, mais pas les riches?

Publié le 30/09/2017 à 11:18

Faire avancer l'économie, mais pas les riches?

Publié le 30/09/2017 à 11:18

Cette semaine, l’administration Trump a divulgué son plan de taxation, dont l’élément principal repose sur l’impôt corporatif que l’on voudrait baisser de 35% à 20%. Il ne fait nul doute quant à nous qu’une révision de ce taux contribuerait grandement à l’essor économique des États-Unis à long terme.

Nous entendons toutefois bien des protestations contre ces changements, notamment le fait que les gens riches en bénéficieront. Évidemment, M. Trump en fait partie. Le discours sur la répartition des richesses créé bien des frustrations dans la population, ce qui débouche sur un désir de voir l’impôt des mieux nantis constamment augmenter.

Posons-nous la question. Est-il possible d’instaurer des mesures favorisant la création d’emplois sans que les mieux nantis en bénéficient? Prenons l’exemple du nouveau siège social de Amazon(NASDAQ, AMZN), que semblent convoiter la plupart des grandes villes d’Amérique du Nord. On souhaite attirer ce nouveau siège social, sachant qu’il créera plusieurs bons emplois, et on mise sur les répercussions économiques qui en découleraient. On mentionne rarement cependant que ce siège social fait partie d’un plan d’expansion à long terme, et que son fondateur Jeff Bezos, ainsi que tous ses actionnaires, s’enrichiront davantage! Soulignons que M. Bezos domine déjà dans le palmarès des hommes les plus riches du monde.

Lorsqu’une entreprise embauche du personnel, ce n’est pas dans le but de dilapider son argent et de créer des emplois pour le bien de l’humanité. L’entreprise a au préalable fait ses devoirs: elle en tirera un profit, et cela nécessite d’engager des gens. Ses actionnaires, dont plusieurs d’entre eux font probablement partie du cercle des biens nantis, gagneront encore plus d’argent. Pourtant, lorsqu’un projet semblable voit le jour, on en parle toujours en bien dans les médias.

Avez-vous déjà entendu quelqu’un s’exprimer en ces termes : «Je viens de refuser un poste intéressant qui m’aurait permis de doubler mon salaire du jour au lendemain, car je savais que si j’acceptais, j’allais aider les riches actionnaires de la compagnie à engendrer beaucoup de bénéfices.»

Oublions un instant la réduction du taux d’impôt personnel que M. Trump souhaite instaurer, et ne considérons que le taux corporatif fédéral. Il va de soi qu’une telle baisse déclenchera un gain immédiat pour les détenteurs d’actions dont les entreprises sous-jacentes sont lourdement imposées. En théorie, une société payant 35% d’impôts assistera à une hausse de son bénéfice de 23% si le taux est fixé à 20%. Si initialement, nous avions un taux farfelu de 90%, la mesure proposée ferait bondir les profits d’un gigantesque 700%! Devrait-on conserver le taux de 90% d'impôts, sous prétexte d'éviter à tout prix de favoriser les propriétaires? Autrement dit, plus un pays taxe sévèrement ses sociétés, plus un ajustement vers un taux comparable aux autres sociétés dans le monde créera un gain spectaculaire pour les actionnaires qui détiennent déjà des actions.

Il serait préférable de s’attarder davantage sur les effets à long terme, soit les résultats d’un incitatif pour les entreprises de conserver leurs affaires en sol américain, tout en encourageant les compagnies d’ailleurs à venir s’y installer. Si l’on souhaite vraiment améliorer le sort de tout le monde, on doit accepter d’encourager les détenteurs de capitaux à prendre des décisions qui sont dans leurs intérêts.

En ce qui concerne les écarts de richesse, il s’agit d’un tout autre problème, et nous pensons qu'il existe des solutions. Nous en discuterons dans un autre billet.

 

 Au sujet des auteurs du blogue: Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com


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