Direction indifférente = mauvais investissement?

Publié le 03/02/2010 à 13:18

Direction indifférente = mauvais investissement?

Publié le 03/02/2010 à 13:18

BLOGUE.

Nous proposons ici une longue réflexion sur un aspect controversé. Si la direction d'une entreprise n'est pas intéressée à répondre à ses actionnaires lorsque ceux-ci posent des questions, est-ce éthique? Est-ce qu'il faut systématiquement rejeter le titre et passer au suivant? Peut-on associer ''indifférence de la direction envers ses actionnaires'' avec ''titre médiocre''?

En 2007, nous avions l'un de ces titres. Il s'agissait d'une petite entreprise dont le siège social était situé à Toronto. Lorsque nous appelions la compagnie : pas de réponses, ni de retour d'appel sur nos différents messages. Lorsque nous envoyions des fax : même résultat.

Afin de les forcer à répondre à nos questions, nous sommes allés à leur réunion. Pour connaître la date de cette réunion, il fallait être à l'affût. Elle en faisait bien l'annoncer sur son site, mais il n'était pas indiqué où était l'emplacement. Nous avons finalement réussi à rejoindre une secrétaire, qui a pu confirmer l'endroit.

Une fois sur place, nous avons failli rester en dehors de la salle. Nous avions la catégorie d'actions sans droits de vote. Or, il faut officiellement posséder les actions à droits de vote pour voter (et assister aux procédures). Nous avons dû argumenter à l'effet que nous avions fait tout ce chemin depuis Montréal, juste pour cette réunion. Nous avons eu droit finalement d'assister à cette courte réunion de 20 minutes.

Vers la fin de la présentation, une personne qui semblait être le vérificateur de l'entreprise est venue nous voir, et nous a posé plusieurs questions. Elle semblait nous trouver suspects. Dans la salle, nous avions remarqué qu'hormis un actionnaire qui venait de l'Alberta (nous lui avions parlé après la réunion), nous avions l'impression d'être les seuls à ne pas être des proches de la direction. Nous étions seulement une dizaine de personnes au total. Définitivement, la compagnie ne cherchait pas à s'afficher en public!

Le principal actif de la compagnie, c'était son portefeuille d'actions, et elle ne le divulguait pas. Si vous n'étiez pas contents de ne pas savoir quels étaient les titres qui le composaient, vous n'aviez qu'à ne pas acheter le titre!

 Nous suspectons fortement que la direction faisait tout ce qui était possible pour ne pas être connue. À tous les 3 ans environ, elle changeait de nom, et procédait à une restructuration du capital. L'avantage d'agir ainsi, c'est que l'historique de la compagnie disparaît. On pouvait donc facilement avoir l'impression qu'il s'agissait d'une compagnie en démarrage. Il était souvent difficile de savoir son rendement en bourse sur 10 ans, puisque les rendements passés disparaissaient comme par enchantement!

Qui plus est, lorsque la compagnie avait quelque chose d'important à annoncer, elle choisissait soigneusement le moment propice! Par exemple, elle procéda à une importante acquisition d'une filiale q'elle possédait en partie, ce qui augmenta substantiellement sa valeur. Et elle choisit d'annoncer ce gros changement un vendredi, après 5h p.m., un 23 décembre! La majorité des gens étaient dans l'esprit des fêtes. Si la compagnie avait pu annoncer le 25 décembre, nous croyons qu'elle l'aurait fait.

 Pourquoi diable avions-nous acheté une telle compagnie? Et bien, il s'agissait de Pyxis Capital, une entreprise contrôlée par le frère du chef de la direction  de Brookfield Asset Management. Nous avons toujours admiré Bruce Flatt, et nous avons constaté que sa famille avait le sens des affaires. Le père de Bruce était l'un des fondateurs de la firme Group Investors, qui appartient maintenant à Power Corp. Comme la direction possédait deux tiers des actions de Pyxis, nous savions que nous étions dans le même bateau qu'eux. Et après avoir découvert d'autres portefeuilles gérés par les mêmes gens, nous avions une bonne idée de ce que pouvait contenir son portefeuille. 

En l'an 2000, ces mêmes gens craignaient la bulle technologique, et n'ont donc pas été affectés par la chute boursière de 2001-2002. En 2007, ils trouvaient les évaluations boursières trop généreuses, et ont décidé de tout vendre, et de remettre l'argent aux actionnaires. Pendant quelques années, leur portefeuille a produit un excellent rendement, et il était possible d'acquérir des parts à 40% d'escompte!

Après liquidation, cet investissement nous avait rapporté entre 200 et 300% pour les premières actions, et entre 50 et 200% pour les achats subséquents, puisque nous en rachetions presqu'à chaque fois que la compagnie annonçait ses résultats. Il est clair que la direction n'avait pas besoin des actionnaires. Tout ce qu'elle faisait, c'était pour elle-même. Elle détenait 67% des actions! Pourquoi aurait-elle pris la peine de soigner sa communication avec les actionnaires, alors qu'elle avait l'intention de se retirer de la bourse en empochant un important gain?

C'est tout le contraire d'une compagnie qui se lance à la bourse. Les dirigeants empochent des gains importants en vendant une importante participation au publique. Ils seront donc plus qu'heureux de répondre à toutes vos questions, puisque dans ce cas-ci, pour réaliser cet important gain, ils ont besoin de vous, les actionnaires.

Alors, peut-on vraiment associer l'indifférence de la direction et la médiocrité d'un investissement? À vous de juger.

 

 

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