Buffett vend IBM: une entrevue fort instructive

Publié le 05/05/2017 à 13:28

Buffett vend IBM: une entrevue fort instructive

Publié le 05/05/2017 à 13:28

Comme on le sait, Warren Buffett s’est départi d’environ 30% de ses actions d’IBM (N.Y., IBM), qui étaient détenues dans sa société, Berkshire Hathaway (N.Y., BRK.B). Becky Quick de la chaîne américaine CNBC a interviewé M. Buffett concernant la société dont nous avons discuté dans notre dernier blogue. 

Plus éléments d’information, édifiantes et instructives, ressortent de cette entrevue (cliquer ici pour y accéder).

Tout d’abord, M. Buffett mentionne qu’il a ajusté son évaluation de la société à la baisse avec le temps. En effet, la compétition est plus féroce qu’anticipée. Nous avons en tête tout particulièrement Amazon (N.Y., AMZN), qui est formidablement bien dirigée par son fondateur, Jeff Bezos. Amazon patauge de plus en plus dans les plates-bandes de IBM, par le biais de sa division AWS (Amazon Web Services).

Par conséquent, à 180$ et plus, il liquidait progressivement sa position, et dut cesser alors que le titre s’effondra quelque peu. Il y a plusieurs années, M. Buffett avait précisé que son investissement dans IBM constituait une position à long terme. Il comptait notamment sur l’important rachat d’actions pour mousser la valeur de ses actions au fil du temps. Il aimait même raconter qu’il voyait d’un bon œil la faible évaluation de la société en Bourse, puisque cela rendait plus attrayant ces rachats. Comme on le sait, seuls les fous ne changent jamais d’idée. Il est intéressant de constater que M. Buffett n’est pas fou.

Deuxièmement, un peu plus loin dans la vidéo, M. Buffett fait allusion à des «firmes» qui seraient embauchées pour découvrir qui détient les actions de son client. Dans ce cas-ci, il s’agit évidemment de IBM. La chef de la direction, Virginia Rometty, aurait été au courant de la vente des actions par Berkshire. M. Buffett semble se questionner à savoir comment la société avait obtenu cette information. Il précise au passage que Berkshire ne s’adonne pas à ce genre de pratique, et il pense que ce type de situation est survenu quelques fois déjà dans le passé, avec des sociétés différentes. Pour nous les investisseurs, il est intéressant de constater à quel point les dirigeants de IBM se soucieraient des activités de ses plus grands actionnaires concernant son titre!

Finalement, à la toute fin de la vidéo, Mme Quick fait remarquer à M. Buffett qu’il a vendu à un prix qui se rapproche de la moyenne de son prix d’achat dans le passé. Rappelons que cette moyenne oscille autour de 170$ par action. Or, la réponse de M. Buffett fut brève et amusante: «Un titre ne se rappelle pas du prix qu’on a payé dans le passé.» Les habitués de la psychologie de l’investisseur auront reconnu ici le fameux biais de l'«ancrage», qui consiste à fixer son attention sur une information qui n’aide en rien l’évaluation présente.

M. Buffett a dû refaire ses calculs pour IBM, à la lumière des développements des 5 dernières années. Comme il considère que la valeur intrinsèque a été affectée, vendre à 180$ constitue un geste censé. Il serait outrageux si nous apprenions qu’il conserve le titre uniquement dans l’espoir d’obtenir un rendement minimum par rapport à son coût antérieur!

 

Au sujet des auteurs du blogue: Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

 

 

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