Vers une cyberguerre mondiale: les expertes et experts québécois sur le qui-vive

Publié le 26/02/2022 à 11:49

Vers une cyberguerre mondiale: les expertes et experts québécois sur le qui-vive

Publié le 26/02/2022 à 11:49

(Photo: Mika Baumeister pour Unsplash)

Lettre d’opinion par Frédéric Cuppens, Nora Boulahia Cuppens et Gabriela Nicolescu, professeurs titulaires au Département de génie informatique et génie logiciel de Polytechnique Montréal

 

COURRIER DES LECTEURS. Dans un contexte géopolitique plus que jamais incertain, l’invasion militaire russe de l’Ukraine le jeudi 24 février 2022 jette une ombre menaçante sur le monde entier, notamment en matière d’économie numérique sur laquelle les pressions exercées sont grandissantes. Les cyberattaques venant de Russie risquent de se multiplier et de s’intensifier, visant particulièrement les alliés occidentaux de l’Ukraine, dont fait partie le Canada. Les professeurs et experts de Polytechnique Montréal prennent la menace au sérieux, et invitent la communauté scientifique en cybersécurité à se mobiliser sur ce nouveau front.

Après avoir imposé des sanctions contre la Russie, les pays occidentaux craignent des représailles sous forme de cyberattaques, alors que l’Ukraine en a déjà été victime. Le président russe a notamment prévenu la communauté internationale que toute tentative d’ingérence par les autres pays dans l’action russe entraînerait « des conséquences qu’ils n’ont jamais vues ». La Russie a démontré ses capacités à mener une cyberguerre. Les exemples de cyberattaques menées par la Russie contre d’autres pays sont là pour le confirmer. Déjà en 2015 et 2016, les attaques « BlackEnergy » et « Industroyer », qui ont rendu indisponibles les centrales électriques ukrainiennes, ont montré l’efficacité des cyberattaques. Depuis le début de l’année, les cyberattaques contre l’Ukraine se sont multipliées et l’offensive actuelle de la Russie s’accompagne d’un recours sans précédent à l’arme cybernétique.

 

Prendre conscience de la menace 

Les formes que peuvent prendre cette cyberguerre sont multiples, les plus connues étant l’exfiltration de données, les dénis de service, la fraude ou encore le sabotage. Le Québec et le Canada n’échappent pas à cette menace qui, bien que moins tangible et visible, n’en est pas moins dangereuse. Il va sans dire que notre éloignement géographique n’entre pas en ligne de compte en matière de cybermenaces.

Les cyberguerres sont une arme d’autant plus efficace que l’origine précise de l’attaque est souvent difficile à identifier. Tous les secteurs sont des cibles potentielles de cyberattaques, notamment les infrastructures critiques. Les chercheuses et les chercheurs à Polytechnique Montréal travaillent activement à mettre en place des solutions et des innovations pour aider les institutions québécoises et canadiennes à faire face aux cybermenaces. L’institution a développé une forte expertise dans les domaines de la cybersécurité et de la cyber-résilience — la capacité de résister à une cyberattaque — des infrastructures critiques dans les secteurs de la finance (par une chaire de recherche, avec Desjardins et BNC), de la chaine d’approvisionnement (par le programme de recherche Critical, avec SystemX), de la défense (par un projet en partenariat avec Rheinmetall et l’Université Concordia), du maritime (par un projet avec Davie et Neptune Cyber) et de l’aéronautique (avec notamment Bombardier, Carillon, IATA et Collins Aerospace).

 

La mobilisation au cœur des solutions 

Aujourd’hui, plus que jamais, une mobilisation générale de l’ensemble des ressources est primordiale pour faire face aux cyberattaques. Il y a un besoin urgent de fédérer et de coordonner les expertises en cybersécurité au niveau industriel, académique et gouvernemental au Québec. Il est nécessaire que nous nous mobilisions toutes et tous pour élever le niveau de protection, renforcer les moyens de détection, assurer la résilience de nos infrastructures critiques en cas d’attaque, mais aussi sensibiliser l’ensemble de la population aux risques des cyberattaques et de leurs impacts potentiels. Nous ne pouvons que saluer la création récente du nouveau ministère de la Cybersécurité et du Numérique au sein du gouvernement du Québec, qui pourrait jouer un rôle de premier plan dans cette mobilisation des acteurs de ce secteur.

Le Canada a également montré son engagement à relever les défis relatifs à la cybersécurité en matière de recherche et développement, d’innovation et de format ion. Pour aider les établissements et les entreprises de tout le pays à gérer les cybermenaces, le gouvernement du Canada a annoncé, le 17 février dernier, l’octroi d’un financement de 76,4 millions de dollars sur quatre ans au Consortium national pour la cybersécurité (CNC). Ce consortium a travaillé en collaboration avec plus de 140 chercheuses et chercheurs, dont 28 de Polytechnique Montréal.

Nous nous devons de poursuivre cette mobilisation afin d’assurer la cybersécurité nationale.

À propos de ce blogue

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