Sommes-nous au sommet d’une «super-bulle» ?

Publié le 09/02/2022 à 12:21

Sommes-nous au sommet d’une «super-bulle» ?

Publié le 09/02/2022 à 12:21

(Photo: 123RF)

Un texte de Philippe Labrecque, auteur et professionnel certifié du bitcoin (CBP).

Les soubresauts des dernières semaines au sein des marchés financiers ont ébranlé la confiance de certains et plusieurs se posent la question à savoir si le marché haussier qui a fracassé plusieurs records en 2021 tire à sa fin.

Dans une lettre publiée le 20 janvier dernier, le gestionnaire de fonds et investisseur Jeremy Grantham, connu pour avoir su prédire et profiter de l’éclatement des grands krachs financiers des dernières décennies, y voit plutôt les signes avant-coureurs de l’implosion d’une bulle spéculative surdimensionnée qu’il définit comme étant une «super-bulle» soit caractérisée par un éloignement des évaluations du marché de plus de trois écarts types de la tendance historique.

Seuls les krachs de 1929, 1989 (marchés boursiers et immobiliers au Japon), 2000 et 2007-08 seraient comparables à ce qui viendrait et Grantham prédit une perte de richesse résultant de l’implosion de ces bulles qui pourrait avoisiner les 35 trillions $, soit plus de trois fois les pertes liées à la crise financière de 2007-08.

D’après l’investisseur, quatre classes d’actifs sont actuellement au sommet d’une bulle : les marchés boursiers américains, l’immobilier mondial, le marché des obligations et celui des produits de base.

Un survol de ces classes d’actifs nous permet de saisir l’ampleur de ce que décrit Grantham :

Immobilier

D’après plusieurs mesures et indices, le Canada se retrouve dans le peloton de tête des marchés immobiliers qui démontrent une euphorie dangereuse avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, la Norvège et la Suède, notamment.

Peter Routledge, régulateur des institutions financières du pays, a d’ailleurs récemment qualifié le marché immobilier canadien comme étant pris d’une « frénésie spéculative ». Les États-Unis n’évitent pas cette tendance globale alors

que les indices du marché immobilier américain indiquent des niveaux dépassant les sommets atteints avant la crise des «subprimes» de 2007-08.

Signe anecdotique, mais révélateur, que l’euphorie atteint des niveaux records: l’économie de la région de Toronto emploierait aujourd’hui plus de courtiers immobiliers que d’enseignants alors que plusieurs au sein du marché du travail y voient une vraie « ruée vers l’or ».

Marchés boursiers

Grantham note que dans l’histoire des marchés boursiers, à chaque instance où ceux-ci ont atteint une évaluation de plus de deux écarts types au-dessus de la tendance historique, ils ont subi une correction de 50% et plus, les ramenant à cette tendance historique et souvent en dessous de celle-ci.

D’après Grantham, nous aurions atteint ce niveau (deux écarts types de la tendance) l’été dernier et nous serions maintenant dans cette «super-bulle», c’est-à-dire que les marchés boursiers américains auraient atteint un niveau d’évaluation de plus de 3 écarts types par rapport à la tendance vers la fin de 2021.

Obligations

Le marché des obligations qui sont inversement proportionnelles aux taux d’intérêt, c’est-à-dire que plus lesdits taux montent, plus le prix des obligations baisse et vice versa, se trouverait également en terrain glissant alors que nous traversons une période où les taux d’intérêt sont les plus bas depuis l’Égypte antique, comme James Grant, le fondateur du Grant’s Interest Rate Observer, l’avait déjà indiqué il y a plus d’un an.

À l’exception des banques centrales, on est en droit de se poser la question à savoir qui voudra acheter des obligations à gros prix qui offrent un rendement largement inférieur à l’inflation au moment même où l’on s’attend à une série de hausses des taux d’intérêt dans les prochaines années.

Matières premières

Même les matières premières n’échappent pas aux prédictions de Grantham. Celles-ci formeraient une bulle naissante alors que les prix du pétrole et de la nourriture, notamment, dépassent déjà largement la tendance historique, les prix étant potentiellement artificiellement poussés vers le haut par les spéculateurs qui y voient une valeur refuge, une façon de contrer les effets de l’inflation sur leurs rendements, l’ajout massif de capitaux au sein de différents instruments financiers dérivés supplantant la logique de l’offre et de la demande.

Similairement à la période de déflation des actifs dans le sillage de la crise financière de 2007-08, cette bulle risque de frapper l’économie réelle de plein fouet au sein d’une économie au ralenti ou en récession alors que les prix élevés de matières nécessaires à la production et à la consommation ralentiraient la reprise économique.

Les mêmes prédictions depuis 10 ans ?

Grantham n’est pas le seul à entrevoir une période aussi tumultueuse. De grands noms du monde de l’investissement tels que Warren Buffet, Howard Marks, Jim Rodgers et Michael Burry, annoncent également des corrections significatives, pour ne pas dire des krachs bibliques, à différents degrés.

Il est pertinent de préciser que Grantham professe ses prédictions apocalyptiques depuis plus d’un an et que plusieurs autres porteurs de mauvaises nouvelles annoncent la fin catastrophique du «bull market» dans lequel nous sommes depuis dix ans. Le krach annoncé n’est donc pas une certitude, de toute évidence.

À chacun d’en tirer ses propres conclusions.

 

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