Le dilemme du système de santé québécois

Publié le 02/08/2022 à 17:02

Le dilemme du système de santé québécois

Publié le 02/08/2022 à 17:02

(Photo: 123RF)

Un texte d'André Gerges, B.B.A, MPA, Mini-MBA, Ph.D., coordonnateur scientifique et chercheur associé (York University), professionnel de recherche (Université Laval), consultant en marketing et développeur


COURRIER DES LECTEURS. En 2021, le système de santé a coûté 53 milliards de dollars aux Québécois, ce qui représente plus de 40% du budget total. Malgré ces sommes considérables versées, l’accès aux soins demeure problématique pour une bonne partie de la population. L’engorgement des services d’urgence des hôpitaux et les longs délais d’attente qui en découlent sont également notoires. Selon les plus récentes statistiques, le taux d’occupation moyen des urgences gravite autour de 117%. Dans les urgences des hôpitaux montréalais, ce taux dépassait 130% en date du 6 juillet. Par ailleurs, près de 22% des Québécois n’ont actuellement pas de médecin de famille. 

Devant cette triste réalité, le gouvernement doit réfléchir sérieusement à la meilleure façon d’augmenter le nombre de médecins dans la province, entre autres mesures, et ce, sans tergiverser. 

Pour améliorer l’efficacité et la capacité du système de santé, il faut examiner le lien trop étroit entre le Collège des médecins et le gouvernement. À mon avis, l’influence considérable que le Collège exerce sur les décisions prises par le gouvernement est préjudiciable au bien-être des patients, dont les besoins et les intérêts ne correspondent souvent pas à ceux du Collège. Par exemple, le besoin du public d’un plus grand nombre de médecins pourrait aller à l’encontre de l’intérêt, au moins implicite, du Collège à maintenir les salaires des médecins à un niveau élevé. 

Mais pour remédier à la pénurie de médecins dans la province, il faut également introduire plusieurs réformes (stratégies) essentielles, qui ont toutes déjà été testées dans d’autres pays dotés de systèmes de soins de santé universels financés par les contribuables. 

La première stratégie consisterait à accroître la participation des entrepreneurs et du secteur privé dans la prestation des services de soins de santé (partenariats public-privé ou autres formes d’ententes), même si le financement des services qu’on y offre est public. La présence d’un plus grand nombre d’établissements privés dans la province améliorerait l’accès au système de santé et compléterait les efforts du système public. Il n’en demeure pas moins qu’avant la pandémie de 2020, la part du privé avait augmenté de 52,6% en 40 ans. Or, une plus grande participation du secteur privé ne doit pas menacer l’universalité. Au contraire, les pays dotés de systèmes universels performants, tels que la Suède, la France, le Royaume-Uni, et même quelques pays sous-développés, prouvent son efficacité. 

La deuxième intervention consiste à augmenter le nombre de médecins dans la province. En 2019, les pays de l’OCDE comptaient en moyenne 3,8 médecins par 1000 habitants, comparativement à 2,5 au Québec — celle des autres pays de l’OCDE à revenu élevé dotés d’un système de santé universel financé par les contribuables. Pour atteindre la moyenne de l’OCDE, selon l’Institut économique de Montréal (IEDM), le Québec aurait besoin d’environ 10 135 nouveaux médecins dès aujourd’hui. La pénurie de médecins est due en partie aux obstacles réglementaires qui entravent l’intégration des médecins formés à l’extérieur de la province. En 2021, moins de 10% des médecins québécois ont suivi leur formation à l’étranger, une diminution par rapport à 2020 soit seulement 8,2%, alors que la moyenne nationale est de 25,7%. Et ce, en dépit d’un accord signé avec la France en 2008 qui est censé faciliter l’exercice de la profession pour les médecins français. L’un des problèmes réside dans le fait que la procédure de demande peut prendre deux ans. Il n’est donc pas étonnant que tant de Québécois n’aient pas accès à un prestataire de soins primaires. 

L'allègement du fardeau réglementaire de la pratique au Québec pour tous les médecins (pas seulement ceux provenant de la France) pourrait contribuer à réduire la pénurie. Sans compter que le fardeau supplémentaire que représente le projet de loi 96, qui réglemente la langue d'interaction entre le médecin et le patient, inquiète et désoriente les professionnels de la santé du Québec quant à l'avenir. L'ingérence politique dans le travail des médecins peut rendre les carrières médicales moins attrayantes au Québec et risque fort de dissuader les médecins d'autres provinces de pratiquer ici.

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