La Réserve fédérale américaine au pays des merveilles

Publié le 22/06/2022 à 14:36

La Réserve fédérale américaine au pays des merveilles

Publié le 22/06/2022 à 14:36

La Fed compte relever son taux directeur à près de 3,5% cette année. (Photo: 123RF)

Un texte de JosFinance (Gabriel Fortin), youtubeur québécois qui réalise des vidéos sur la bourse, les cryptomonnaies et l’économie. Il s’intéresse particulièrement à la politique monétaire.

COURRIER DES LECTEURS. La Réserve fédérale américaine (Fed), qui s’est bornée à qualifier l’inflation de «transitoire» pendant des mois et qui a continué de jeter de l’huile sur le feu même après avoir reconnu l’ampleur du problème, est maintenant en mode rattrapage.

C’est ce que nous indique la plus récente hausse de 75 points de base de son taux directeur qui constitue une première depuis 1994. La banque centrale cherche à rattraper le retard qu’elle a accumulé du fait de son attentisme des derniers mois au regard d’une inflation maintenant bien enracinée, toujours en pleine accélération, et dont les anticipations sont orientées à la hausse.

La Fed compte donc relever son taux directeur à près de 3,5% cette année. Il s’agit d’une cible significativement plus élevée que ses dernières prévisions économiques, publiées en mars dernier, dans lesquelles elle prévoyait un taux directeur à plus ou moins 2% à la fin de 2022.

L’agressivité renouvelée de la Réserve fédérale américaine, quant au resserrement de sa politique monétaire, témoigne d’un certain affolement. Dans l’espoir de faire glisser l’inflation vers sa cible de 2%, elle veut resserrer rapidement les conditions financières pour affaiblir la demande dans l’économie.

À la lumière de ses plus récentes prévisions économiques, la Réserve fédérale américaine croit pouvoir opérer un tel revirement de sa politique monétaire tout en maintenant la croissance de l’économie et la robustesse du marché de l’emploi américain.

Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, juge que l’économie américaine est forte; qu’elle est en bonne position pour soutenir une politique monétaire plus restrictive et que les consommateurs américains sont toujours au rendez-vous.

L’attitude jovialiste de la banque centrale américaine s’exprime à travers le fait qu’elle considère possible de resserrer les conditions financières sans endommager l’économie américaine. Malgré une seconde révision à la baisse de ses prévisions de croissance de l’économie et à la hausse de ses prévisions de chômage et d’inflation, le portrait économique brossé par la Fed semble ignorer les nuages menaçants à l’horizon.

Comme au temps où la banque centrale répétait ad nauseam que l’inflation était «transitoire», la Fed semble encore une fois au pays des merveilles au regard de ses plus récentes prévisions économiques.

À force d’avoir procrastiné et faute d’avoir mesuré en temps utile l’ampleur de l’inflation, c’est la croissance de l’économie américaine qui en paiera le prix.

Déjà, plusieurs indices pointent vers un ralentissement économique. Après un premier trimestre de croissance négative, un scénario similaire pourrait se répéter au deuxième trimestre ce qui officialiserait l’entrée des États-Unis en récession. Les plus récentes prévisions de la Réserve fédérale d’Atlanta anticipent déjà une croissance nulle au deuxième trimestre. Il s’agit d’une révision importante compte tenu du fait qu’il y a à peine un mois, l’institution fédérale prévoyait une croissance annualisée de 2% pour le second trimestre de 2022.

Pour ce qui est des consommateurs américains, leur sentiment par rapport à l’économie est à un creux historique atteint la dernière fois il y a 40 ans. À titre comparatif, leur confiance vis-à-vis de l’économie est à un niveau plus bas qu’au pire moment de la grande crise économique de 2008.

Si l’on additionne la chute des ventes au détail en mai; l’évaporation de l’épargne des consommateurs; l’explosion du crédit à la consommation et la hausse vertigineuse des taux hypothécaires; le portrait du consommateur américain est plutôt morose.

Du côté du marché de l’emploi, à la vitesse où les taux d’intérêt augmentent, celui-ci devrait se dégrader plus rapidement que ce à quoi s’attend la Fed. Déjà, plusieurs entreprises technologiques ont annoncé des coupes d’emplois par milliers. Voyant les investisseurs en capital-risque ayant financé leurs activités non profitables pendant des années prendre leurs jambes à leur cou, ces entreprises sont entrées en mode survie.

C’est sans compter que 60% des PDG d’entreprises américaines estiment qu’une récession est à venir dans les 12 à 18 prochains mois. La banque centrale américaine risque de réaliser tôt ou tard que ses prévisions économiques étaient trop optimistes et qu’il était inévitable que le resserrement monétaire qu’elle opère actuellement plonge l’économie américaine en récession.

Si la Fed a le courage de ses ambitions, la récession résultant des actions de la banque centrale devrait être suffisante pour freiner l’inflation. Par contre, dans le cas contraire, la Fed pourrait se retrouver dans une situation où l’inflation se maintient et où le chômage augmente alors que l’économie est en décroissance.

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