Vous êtes nuls pour gérer vos cartes de crédit! Voici pourquoi.

Publié le 02/11/2017 à 06:06, mis à jour le 02/11/2017 à 06:06

Vous êtes nuls pour gérer vos cartes de crédit! Voici pourquoi.

Publié le 02/11/2017 à 06:06, mis à jour le 02/11/2017 à 06:06

À la fin du mois, c'est parfois la panique pour certains d'entre nous... Photo: DR

Combien de cartes de crédit sont-elles rangées aujourd'hui dans votre portefeuille? Une? Deux? Quatre? Sept? Si jamais vous n'êtes pas capable de le dire d'emblée, je vous invite à le faire de ce pas...


Bien. Maintenant, comment vous-y prenez-vous pour gérer toutes ces cartes? Autrement dit, quelle est votre stratégie personnelle pour payer ce que vous devez à vos différents emprunteurs à temps, sans avoir à leur verser des intérêts exorbitants? Car je suis sûr que vous avez une stratégie, n'est-ce pas?


Hum... Je sens que je viens de mettre le doigt sur un point sensible. C'est que je vois d'ici votre tête, passablement embêtée : oui, vous avez votre propre stratégie, ou à tout le moins vous pensez faire votre possible pour verser chaque mois le moins d'intérêts possible, mais vous n'avez aucune certitude quant à la pertinence de votre petite stratégie. Pas vrai?


La bonne nouvelle du jour, c'est que votre vie financière devrait changer du tout au tout à partir d'aujourd'hui! Si, si... Grâce à une étude intitulée How do individuals repay their debt? The balance-matching heuristic et signée par : John Gathergood, professeur d'économie à l'Université de Nottingham (Grande-Bretagne), assisté de son étudiant Jörg Weber; Neale Mahoney, professeur d'économie à l'École de commerce Booth à Chicago (États-Unis); et Neil Stewart, professeur de science du comportement à l'École de commerce de Warwick (Grande-Bretagne). Regardons ça ensemble...


Les quatre chercheurs se sont plongé dans les bases de données de cinq des plus grands émetteurs de cartes de crédit de Grande-Bretagne pour analyser le comportement durant deux années de quelque 100.000 clients qui avaient très exactement deux cartes, histoire de simplifier leur analyse. Ils ont tout d'abord noté que l'écart des taux d'intérêt des deux cartes était d'en moyenne 6,5 points de pourcentage, et ensuite que cet écart faisait en sorte que les gens ne remboursaient pas leurs dettes de la même façon, d'une carte à l'autre.


Que font-ils, au juste? Et donc, que faites-vous, vous aussi, fort probablement? Eh bien, ils partagent inégalement en deux leur remboursement mensuel : la plus grosse part (en moyenne, 51,2% du paiement) va à la carte affichant le taux d'intérêt le plus élevé.


Or, ce n'est pas du tout la meilleure stratégie de remboursement qui soit. Compte tenu de la situation, les quatre chercheurs ont calculé qu'en général la meilleure stratégie était de dédier 70,8% du remboursement à la carte au taux d'intérêt le plus élevé.


À présent, permettez-moi une petite parenthèse. En vérité, la stratégie optimale consiste à procéder par étapes, comme suit:


1. Rembourser le minimum exigé des deux cartes.


2. Rembourser le maximum possible de la carte au taux d'intérêt le plus élevé.


3. Si on dispose encore d'assez d'argent, rembourser le plus possible de ce qui est dû pour l'autre carte.


Pourquoi agir de la sorte? Parce que cette stratégie permet d'avoir à payer le minimum d'intérêts à l'emprunteur.


Comment expliquer, dès lors, que la meilleure stratégie identifiée par les quatre chercheurs soit de verser non pas 100% du remboursement exigé pour la carte au taux d'intérêt le plus élevé, mais 70,8%? C'est qu'il il y a ici une subtilité que je ne vais pas détailler, mais juste me contenter d'indiquer : la priorité, c'est de régler le minimum exigé des deux cartes, si bien que tout le monde n'est plus en mesure, après ça, de verser jusqu'à 100% de ce qui est exigé pour la carte au taux le plus élevé; voilà ce qui fait, en grande partie, que le 100% se transforme ici en 70,8%.


Mais là n'est pas l'important! J'y arrive à présent...


C'est que les quatre chercheurs ont voulu savoir pourquoi les gens coupaient la poire en deux, en ne consacrant qu'à peine plus de la moitié de leur remboursement à la carte au taux d'intérêt le plus élevé. Est-ce, comme l'avancent certains, par «paresse financière» (pas envie de se creuser les méninges à identifier la meilleure stratégie de remboursement; pas le goût de perdre leur temps à faire mille et un calculs sophistiqués;...)? Est-ce plutôt, comme le pensent d'autres, par «ancrage mental» (le simple fait de se dire qu'une carte a un taux d'intérêt plus élevé que l'autre nous incite à verser un peu plus à celle-ci, sans autre calcul spécifique)?


La réponse? MM. Gathergood, Weber, Mahoney et Stewart l'ont trouvée. Et ce – tenez-vous bien! –, en recourant à... l'intelligence artificielle!


Ils ont concocté un algorithme chargé, dans un premier temps, d'analyser le comportement financier des gens considérés par l'étude, et, dans un second temps, d'apprendre tout seul, à la lumière de ce comportement-là, comment gérer au mieux ses propres remboursements fictifs. C'est ce qu'on appelle le deep learning (l'apprentissage en profondeur, en français) : l'algorithme apprend à maîtriser un domaine en particulier en analysant le comportement humain.


L'intérêt pour les quatre chercheurs? En apprenant ainsi, l'algorithme ne fait qu'un poil mieux ce que l'humain sait faire. Autrement dit, il reproduit ses limites cognitives, ce qui leur permet ensuite de mettre le robot intelligent dans différentes situations leur permettant d'analyser les raisons précises de ses agissements.


Génial, n'est-ce pas? On crée un robot intelligent qui se comporte comme un être humain, puis on procède à plein d'expériences sur lui pour analyser les fondements du comportement humain. Je ne sais pas pour vous, mais moi, une telle approche m'émerveille...


Bref, je vous disais que les quatre chercheurs avaient trouvé la réponse. La voici : notre comportement illogique découle d'un biais cognitif, à savoir de «notre fâcheuse tendance à prendre des décisions proportionnées». De fait, notre cerveau aime ce qui est bien proportionné, pour ne pas dire ce qui est harmonieux. Dans le doute, nous faisons des choix les plus équilibrés possible, car nous nous disons inconsciemment que c'est ce qu'il y a de mieux à faire a priori.


Résultat? Nous coupons la poire en deux, ou à peu près, lorsqu'il nous faut rembourser deux dettes à la fois. Nous jonglons en permanence avec les deux remboursements, au lieu de nous en occuper d'un, puis de l'autre. Et nous commettons, ce faisant, une grossière erreur financière.


Voilà. Vous avez saisi maintenant pourquoi, vous comme moi, nous étions nuls jusqu'à présent pour gérer nos cartes de crédit. Et surtout, pourquoi votre vie financière vient de changer du tout au tout, comme je vous l'avais promis : je suis convaincu que vous ferez désormais taire cette petite voix intérieure qui vous incite diaboliquement à couper la poire en deux (ou en trois, ou en quatre, etc.) pour ne plus vous fier qu'à la petite voix angélique de la raison.


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Espressonomie


Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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