Voici les 4 critères à remplir pour sortir de la crise!

Publié le 08/04/2020 à 08:00

Voici les 4 critères à remplir pour sortir de la crise!

Publié le 08/04/2020 à 08:00

Un espoir, au loin... (Photo: Marc-Olivier Jodoin/Unsplash)

CHRONIQUE. Tout le monde se demande : «Mais quand sortirons-nous donc de cette foutue crise du coronavirus?», en pensant très fort «Oui, quand pourrons-nous enfin reprendre une vie normale?» Mais ce n’est pas la bonne question à se poser. Mieux vaut se demander : «Comment saurons-nous que la pandémie est finie?»

Car ce qui compte vraiment, c’est de voir passer au vert les signaux qui sont actuellement au rouge. Tous ces signaux-là. Sans exception, car il suffirait qu’un seul soit encore au orange pour que tout soit à refaire depuis le début. Regardons ce qui vient tout juste de se produire au Japon et en Chine pour s’en convaincre : les mesures de confinement y ont été levées trop vite, si bien qu’une semaine plus tard ces deux pays ont dû les réinstaurer en redoublant leur intensité - un cauchemar pour la population, ça va sans dire…

La question saute aux yeux : «Mais que sont donc ces signaux?» Oui, combien y en a-t-il? Et surtout, quels sont-ils précisément?

Des études scientifiques commencent à aborder ce point, ici et là. J’en ai lu plusieurs d’entre elles, et voici ce qui s’en dégage…

1. Le signe que tout est vraiment terminé

La pandémie sera bel et bien terminée le jour où nous bénéficierons de ce qu’on appelle «l’immunité collective». C’est-à-dire le jour où assez de personnes dans la communauté seront protégées du pathogène pour le voir globalement décliner, et même disparaître. Ce qui se produira lorsque chaque personne encore contaminée ne parviendra à contaminer que moins d’une autre personne, le temps qu’elle est contagieuse: mathématiquement, le nombre de cas se mettra dès lors à chuter brusquement, comme par magie.

Maintenant, comment peut-on atteindre l’immunité collective? Il y a deux moyens:

> Le vaccin. Nous serons immunisés le jour où un vaccin contre la COVID-19 sera mis au point. Ce qui devrait prendre de 12 à 18 mois. Il suffira alors de vacciner une grande partie de la population pour que le cauchemar s’arrête.

> L’immunisation naturelle. Nous pourrons aussi être immunisés si une grande partie de la population est infectée et survit. Car les gens auront ainsi développé une résistance au pathogène. Le hic? C’est que ce procédé implique le décès d’un grand nombre de personnes - les plus faibles, les plus vulnérables -, ce qui n’est pas à souhaiter.

2. Comment parvenir à l’immunité collective?

Quasiment tous les pays ont adopté la même stratégie, laquelle consiste à paralyser l’économie et les gens afin d’enrayer la propagation du pathogène: entreprises fermées, écoles bouclées, mobilité restreinte, etc. L’idée est d’empêcher toute explosion du nombre de cas, car cela ferait déborder le système de santé et imposerait au personnel médical de faire des choix déchirants (ex.: en cas de pénurie de respirateurs artificiels, il faudrait choisir les malades à sauver - la mamie de 80 ans ou l’étudiant de 20 ans ? - ce qui s’est notamment produit en Italie…)

Le bémol, c’est que cette approche - celle qui vise, dit-on à présent, à «aplatir la courbe» - fait inévitablement durer dans le temps la pandémie. Et par suite, les efforts économiques et sanitaires qui lui sont liés. La plupart des experts s’accordent pour dire que la crise ne va pas durer «une poignée de semaines» (dans le cas où l’on ne ferait rien pour lutter contre le nouveau coronavirus), mais «une poignée de mois», certains évoquant le chiffre de «six mois», d’autres davantage.

Autrement dit, chaque pays va devoir redoubler d’ardeur dans les prochains mois pour pouvoir juguler la crise. D’une part, en s’attaquant au volet sanitaire (ex.: se doter sans cesse en matériel et médicaments, augmenter ses capacités de dépistage, faire le suivi des personnes infectées et de celles qu’elles ont côtoyées,...); d’autre part, en s’attaquant au volet économique (ex.: éviter les faillites d’entreprises, soutenir les employeurs et les employés, venir en aide aux personnes au chômage,...).

3. Quels signes avant-coureurs rendront envisageable un retour à la normale?

Scott Gottlieb a été le 23e commissaire de la Food and Drug Administration, de 2017 à 2019, et fait maintenant partie du think tank conservateur American Enterprise Institute (AEI). C’est à ce titre qu’il a piloté l’étude intitulée «National coronavirus response - A road map to reopening», avec l’aide de Caitlin Rivers, Mark McClellan, Lauren Silvis et Crystal Watson. Celle-ci vise à établir les jalons pouvant permettre la reprise économique complète d’un pays frappé durement par le nouveau coronavirus, à l’image des États-Unis.

Les jalons ainsi mis au jour sont au nombre de quatre:

> Un système de santé en contrôle de la situation. La toute première priorité, c’est que les hôpitaux et le personnel médical soient en mesure de faire leur travail, sans être débordés par la situation. C’est là la condition sine qua non d’un éventuel retour à la normale.

> Des tests à la hauteur des enjeux. L’État doit être capable d’effectuer tous les tests nécessaires pour pouvoir connaître la situation actuelle et pour pouvoir anticiper celle à venir à court terme. Sans quoi, il se trouve aveugle et ne peut aucunement lutter adéquatement contre la pandémie.

> Un suivi rigoureux de chaque cas. L’État doit également être à même de surveiller les cas confirmés ainsi que les personnes qui ont été récemment en contact avec chacun d’eux. Puis, le cas échéant, de veiller à ce que chaque personne concernée se retrouve en quarantaine (en confinement strict pendant au moins 14 jours).

> Une baisse exponentielle de nombre de cas. Le pays doit enfin voir chuter lourdement le nombre de personnes nouvellement contaminées par la COVID-19. Et ce, pendant au moins deux semaines d’affilée. Pourquoi? Parce que c’est le temps que peuvent prendre les symptômes avant d’apparaître.

Lorsque cela se produira, la maladie disparaîtra alors d’elle-même. Ou presque. À tout le moins suffisamment pour pouvoir amorcer un retour à la normale progressif.

L’étude n’indique pas de chiffres ou de données précises à cet égard. Avec raison: «Ce sera du cas par cas pour chaque État, en fonction surtout de l’état dans lequel se trouvera alors son système de santé et son économie, y est-il indiqué. À partir du moment où les cas sporadiques seront considérés comme gérables par les autorités, la lumière pourra être considérée comme passée du orange au vert.»

Bref, il ne faut pas nous attendre à ce que la vie revienne vite à la normale. Surtout pas. Nous ne sommes qu’au début d’un marathon, oui, un marathon qui peut paraître a priori interminable, à moins de l’entreprendre comme le font les marathoniens : en ne songeant pas une seule seconde à la ligne d’arrivée, ni aux ahurissants 42,2 km à parcourir, mais à la prochaine étape de 5 km, et rien d’autre. Car c’est en y allant par petites étapes régulières, les unes après les autres, que nous parviendrons jusqu’au bout. Pas autrement.

4. Comment se déroulera le retour à la normale?

Je l’ai indiqué, il sera… progressif. Pas de fête nationale, du jour au lendemain, pour célébrer en liesse la fin de la pandémie. Non, rien de tout ça n’aura lieu.

En vérité, la reprise sera graduelle. Les modèles de calcul de l’équipe de M. Gottlieb montrent qu’écoles et entreprises pourraient rouvrir leurs portes, mais à condition que les contacts entre personnes soient alors réduits de 75% par rapport à ce qu’ils étaient avant la pandémie. Ce qui signifie que tous les écoliers ne pourraient pas rentrer en même temps (ex.: la moitié des élèves d’une classe aurait cours toute une journée, et le lendemain, l’autre moitié, et ainsi de suite). Même chose pour les employés, ceux pouvant continuer de télétravailler devant encore le faire afin de réduire drastiquement le nombre de personnes physiquement présentes au bureau (ex.: chacun ne viendrait qu’un jour ou deux par semaine au bureau, pas plus).

Quant aux rassemblements publics (ex.: spectacles, conférences,...), ils demeureraient encore très limités, à moins que les organisateurs ne prennent des mesures strictes et rigoureuses d’évitement des contacts physiques entre les participants. C’est que les gens devront continuer de se tenir à distance les uns des autres, durant encore plusieurs semaines, histoire d’éviter tout risque de rechute. Que ce soit en marchant dans la rue ou en faisant les courses.

Voilà. Nous sommes visiblement sur la bonne voie, mais celle-ci promet d’être longue. Très longue. Très très longue. D’où l’utilité de nous dire et de nous répéter, jour après jour, que nous avançons dans la bonne direction. Un pas à la fois, certes, mais tout de même un pas en avant.

En passant, l’exploratrice française Alexandra David-Néel aimait à dire : «Choisissez une étoile, ne la quittez pas des yeux. Elle vous fera avancer loin, sans fatigue et sans peine».

*****

Espressonomie

Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.

Découvrez les précédents billets d'Espressonomie

La page Facebook d'Espressonomie

Et mon dernier livre : 11 choses que Mark Zuckerberg fait autrement

Sur le même sujet