Voici la carte du bonheur au Canada!

Publié le 06/02/2019 à 06:09

Voici la carte du bonheur au Canada!

Publié le 06/02/2019 à 06:09

Est-on plus heureux en ville ou à la campagne? Photo: Caroline Hernandez/Unsplash

De nos jours, où est-on le plus heureux? En Colombie-Britannique, au Manitoba, en Nouvelle-Écosse? À Vancouver, à Toronto, à Montréal? Et à Québec-même : à Charlesbourg, à la Cité-Limoilou, ou bien dans le Vieux?


Enfin, de manière générale, les Canadiens sont-ils globalement plus heureux en ville ou à la campagne? Par exemple, le propriétaire d’une ferme de l’île d’Orléans est-il plus heureux que le dirigeant d’une PME qui réside et travaille à Sainte-Foy?


Comment savoir tout ça, me direz-vous? Eh bien, il se trouve qu’une équipe de chercheurs a justement planché sur le sujet et vient de dévoiler ce qu’on peut appeler la «carte du bonheur au Canada»!


PLUS: Une étude montre comment booster le bien-être global à l'échelle de la planète!


John Helliwell, professeur d’économie à l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver (Canada), assisté de son étudiant Hugh Shiplett, et Christopher Barrington-Leigh, professeur d’économie à l’Université McGill à Montréal (Canada), ont en effet uni leurs forces en ce sens, et signé une étude intitulée How happy are your neighbours? Variation in life satisfaction among 1200 canadian neighbourhoods and communities. Regardons ensemble de quoi il retourne…


Les trois chercheurs se sont plongés dans deux vastes banques de données, celle des Canadian Community Health Surveys (CCHS) et celle des General Social Surveys (GSS). Leur objectif : en dégager toutes les informations en lien avec la «satisfaction dans la vie» des Canadiens interrogés entre 2009 et 2014.


Puis, ils ont effectué leur propre découpage du territoire canadien, en 1216 zones, lesquelles découlaient «des frontières naturelles, artificielles et administratives» ; l’idée était de s’assurer d’avoir assez de données concernant un nombre suffisant de gens représentatifs de la population de chaque zone (soit un échantillon variant systématiquement entre 300 et 500 personnes).


Enfin, ils ont compilé toutes les informations dans chacune des 1216 zones, histoire de visualiser la distribution du bonheur à l’échelle du Canada, «avec une précision encore jamais atteinte», disent-ils.


Le résultat final se présente sous la forme d’une carte dont les couleurs vont du rouge foncé (là où l’on est le moins heureux) au vert foncé (là où l’on est le plus heureux). Une carte sur laquelle il est possible de «zoomer», comme nous allons le faire maintenant…


Premier constat, à partir de la carte principale (A) : au Canada, le vert et le vert-jaune l’emportent largement sur le rouge et l’orange. Ce qui signifie que l’on est ici globalement satisfait de nos vies, même s’il existe de grandes disparités. De fait :


– Globalement satisfaits. Les niveaux de satisfaction dans la vie vont – sur une échelle de 0 à 10 – de 7,7 (pour les 20% de Canadiens les moins heureux) à 8,33 (pour les 20% de Canadiens les plus heureux). Ce qui est pas mal, quand on y pense bien.


– Disparités. Certaines zones affichent un rouge vif – par exemple, le Nord et l’est du Nunavut, la pointe ouest de l’Eastern Alberta, ou encore la Haute-Gaspésie – tandis que d’autres brillent par leur vert vif – par exemple, l’intérieur des terres du Lower Mainland de la Colombie-Britannique, le Labrador, ou encore la pointe nord de l’ouest de Terre-Neuve.


À présent, zoomons sur l’est du Canada (carte B). Et concentrons-nous sur le couloir Montréal-Québec (carte E). Que notons-nous alors ? Que le rouge et l’orange collent presque toujours aux villes, et le vert et le vert-jaune, à la campagne. De fait, les trois chercheurs ont noté que certains traits socioéconomiques caractérisaient les gens les plus heureux :


– Temps de transport. Ils passent moins de temps que les autres à faire l’aller-retour entre chez eux et le lieu de travail ;


– Loyer. Ils sont rares à dépenser plus de 30% de leur revenus pour payer leur logement ;


– Homogénéité. Ils vivent dans un quartier ou une communauté particulièrement homogène sur le plan ethnique ;


– Densité. Ils vivent dans un quartier ou une communauté où la population a une densité peu élevée.


Or, ce sont là quatre caractéristiques qui distinguent la campagne de la ville. «À la campagne ainsi que dans les villes de moins de 50.000 habitants, on passe peu de temps dans la voiture pour se rendre au travail, les loyers sont moins élevés et la population est non seulement homogène, mais aussi peu dense ; à tout le moins, en comparaison avec les grands centres urbains. Ce qui fait qu’en général les gens sont plus heureux à la campagne qu’à la ville», notent les trois chercheurs dans leur étude.


Bien. Regardons enfin la dernière carte (F), celle de Québec et de ses environs, «l’un des grands centres urbains canadiens où l’on est le plus heureux au Canada». Il y a là tout de même du orange, en périphérie du centre de Québec. Le vert se situe, lui, plus loin, là où l’on se trouve à mi-chemin entre la ville et la campagne.


Cela illustre à merveille la conclusion des trois chercheurs, à savoir qu’il existe deux clés fondamentales du bonheur au sein d’une communauté :


– L’égalité du bien-être. Pour être heureux, chacun de nous a besoin de sentir que tout autour de lui les gens sont relativement heureux, à tout le moins tout comme nous. C’est là une question d’équilibre personnel tant physique que psychique : il nous suffit de croiser régulièrement des gens défavorisés et malheureux dans notre quartier pour voir notre niveau de satisfaction dans la vie diminuer dramatiquement, pour finir par nous sentir «mal», à tous points de vue.


– Le sentiment d’appartenance. Pour être heureux, chacun de nous a également besoin de sentir qu’il fait partie d’un écosystème sain et harmonieux. Et d’avoir le sentiment de contribuer quotidiennement à son bonheur, tout comme à celui d’autrui. Oui, nous avons besoin de penser non seulement au «je», mais aussi au «nous».


On le voit bien, il règne donc une grande égalité du bien-être et un grand sentiment d’appartenance dans les environs de Québec (par exemple, le centre et le Nord de Charlesbourg). Ce qui est a priori nettement moins vrai en périphérie du centre de la capitale (par exemple, dans les quartiers des Jésuites et de Saint-Rodrigue, qui sont orange foncé).


Que retenir de tout ça ? Ceci, me semble-t-il :


> Politiciens, entrepreneurs, vous rêvez de citoyens et de travailleurs aussi épanouis que performants ? Pour ne pas dire, de gens heureux ? Mieux, vous souhaitez contribuer activement à une telle prouesse ? Rien de plus simple, il vous suffit de manier subtilement deux leviers à chacune de vos décisions : celui de l’égalité du bien-être et celui du sentiment d’appartenance. Autrement dit, veillez tout d’abord à ce que personne ne soit défavorisé ou favorisé, voire pis ostracisé, et ensuite à ce que chacun soit en mesure de contribuer positivement au développement harmonieux de l’écosystème local dans lequel il évolue, grâce à ses talents propres, et le tour sera joué ! C’est aussi bête que ça.


En passant, le philosophe français Voltaire a dit dans Le Siècle de Louis XIV : «La patrie est là où on vit heureux».


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Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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