Quel impact économique aura vraiment le coronavirus Covid-19?

Publié le 10/03/2020 à 11:47

Quel impact économique aura vraiment le coronavirus Covid-19?

Publié le 10/03/2020 à 11:47

Un homme qui porte un masque.

Un impact potentiel qui dépasse l'entendement... (Photo: Free To Use Sounds/Unsplash)

CHRONIQUE. Lundi, les Bourses du monde entier ont dévissé comme elles n’avaient pas dévissé depuis la crise financière de 2008. Une crise qui s’était traduite par une récession économique à l’échelle de la planète dont les effets se sont fait sentir durant une décennie.

Est-ce là le signe précurseur d’une prochaine récession? À tout le moins d’un choc économique majeur pour l’ensemble de l’humanité? Lequel prendra des années à nous en remettre?

Pour s’en faire une idée, il convient de jeter un œil sur l’épicentre de la pandémie du coronavirus Covid-19. Plus précisément sur l’impact économique qu’il est en train d’avoir dans la province du Hubei et sa capitale Wuhan, là où plus de 50 millions de personnes sont bouclées depuis la fin de janvier.

Impossible à faire, me direz-vous : toute information en provenance de cette province est filtrée, voire tue, la Chine refusant catégoriquement de jouer la transparence dans son combat contre la Covid-19. Car sa priorité n’est pas d’informer, mais d’éviter tout vent de panique.

Pourtant, j’ai bel et bien cette information! Grâce à un document confidentiel que je vais me faire un plaisir de partager avec vous, tant l’information qui s’y trouve est précieuse. C’est que l’impact économique dépasse l’entendement. Ni plus ni moins.

Ce document s’intitule «The evaluation of the final impact of Wuhan Covid-19 on trade, tourism, transport, and electricity consumption of China». Il est signé par : Mario Arturo Ruiz Estrada, professeur d’économie à l’Université de Malaya, à Kuala Lumpur (Malaisie); Donghyun Park, économiste en chef de la BAD à Mandaluyong (Philippines); et Minsoo Lee, économiste de la Banque asiatique de développement (BAD) à Beijing (Chine).

Les trois chercheurs établis en Asie ont concocté un modèle de calcul économétrique permettant de simuler les impacts économiques de différents scénarios de pandémie, à court terme, en Chine. L’idée est simple : voir ce que donneraient tant une pandémie qui s’atténuerait bientôt qu’une autre qui gagnerait de l’ampleur dans les prochaines semaines; puis, retenir de tout cela le scénario le plus probable. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que leur scénario final – «conservateur» – fait froid dans le dos.

Ce scénario tient en une seule infographie, lumineuse quand on parvient à la lire. Voilà pourquoi je vais prendre un peu de temps pour vous indiquer comment elle fonctionne...

On voit à prime abord une grande croix noire, un trait vertical rouge ainsi que plusieurs petits traits verticaux gris, le long des axes de la croix noire, accompagnés de courbes de différentes couleurs,.

Quand on regarde plus en détails, voici ce qu’on voit:

– Le trait rouge correspond, en réalité, au point de départ de quatre axes.

– L’axe ∆S1 correspond à l’industrie touristique en Chine.

- ∆S2 = le commerce international de la Chine.

- ∆S3 = l’industrie du transport aérien en Chine.

- ∆S4 = la consommation d’électricité en Chine.

– Les quatre traits verticaux gris qui chevauchent chacun des axes correspondent à des séparations. Il y a 5 espaces ainsi délimités. Par exemple, la première séparation à partir du trait rouge est désignée par le symbole ∆D, qui représente la consommation des Chinois; on voit ainsi que l’activité touristique va chuter en Chine à court terme de 75% [∆D de ∆S1 est de –75%].

– Les 5 espaces délmités sont:

- ∆D = consommation.

- ∆l = chômage.

- ∆SM = marchés boursiers.

- ∆FDI = investissements étrangers en Chine.

- ∆O = contribution du secteur d’activité au produit intérieur brut (PIB) de la Chine.

Voilà. Vous êtes maintenant en mesure de lire toutes les précieuses informations que renferment cette infographie. Prenons un exemple, celui de la consommation. Il y est indiqué, comme on l’a vu, qu’elle va chuter de 75% à court terme en matière de tourisme, mais aussi que le commerce international de la Chine va fondre de 40% (axe ∆S2), que l’activité des transports aériens va dégringoler de 85% (axe ∆S3) et que la consommation d’électricité va, elle, bondir de 65% (axe ∆S4). (Pourquoi cette brutale hausse de la consommation énergétique des Chinois, vous demandez-vous sûrement? Eh bien parce que, d’après les trois chercheurs, celle-ci est en train d’exploser dans les domiciles des particuliers (ex. : nombre d’employés chinois doivent recourir au télétravail, pour ceux qui le peuvent), tout comme dans les lieux de mise en quarantaine et dans les édifices médicaux.)

Qu’est-ce qui se dégage de cette incroyable infographie? Ceci:

– Un impact économique phénoménal. La pandémie se traduit par un coup d’arrêt brutal de l’économie de la province du Hubei et, par suite, de celle de toute la Chine. Le tourisme, le commerce international et le transport viennent de recevoir un véritable coup de massue. Un exemple frappant est celui du transport aérien, dont l’activité est freinée d’un coup d’un seul de 85% dans l’ensemble du pays, ce qui entraîne un bond de 20% du chômage dans cette industrie-là. C’est bien simple, le pays entier est littéralement cloué au sol.

«Ce qui frappe le plus fort n’est pas tant la mortalité de la Covid-19 – a priori moindre que le SRAS qui a sévi en 2002-2003 – que la peur qu’elle suscite auprès des acteurs économiques, notent les trois chercheurs dans leur document confidentiel. À l’image d’un tremblement de terre, le coup d’arrêt de la province du Hubei diffuse une onde de chocs partout en Chine et sur la planète, en particulier en ce qui a trait au commerce international, la chaîne d’approvisionnement de biens et de services en provenance de Chine étant maintenant gravement perturbée.»

Une étude signée par Jong-Wha Lee et Warwick McKibbin avait montré en 2004 que le coût du SRAS avait été de 40 G$ US pour l’économie mondiale. Et celui-ci n’avait fait «que» 800 morts dans 17 pays.

Or, l’économie chinoise est aujourd’hui 8 à 9 fois plus grande qu’elle ne l’était à cette époque-là. Et elle est nettement plus connectée aux autres pays qu’il y a une vingtaine d’années.

Résultat? «À présent que la Chine représente 16,3% du PIB mondial, elle est l’un des principaux moteurs de l’économie mondiale, note dans une étude Foster Kofi Ayittey, doctorant en génie chimique à l’Université Curtin à Sarawak (Malaisie), et son équipe de chercheurs. D’ailleurs, le Fonds monétaire international (FMI) estime que la Chine a été responsable de 39% de la croissance économique mondiale en 2019. Ce qui implique que tout ralentissement significatif de son activité économique se traduit désormais inévitablement par un ralentissement de l’activité économique mondiale.»

La question saute aux yeux : peut-on d’ores et déjà estimer l’ampleur de ce ralentissement économique mondial provoqué par la Chine?

Shaowen Luo et Kwok Ping Tsang sont deux professeurs d’économie à Virginia Tech, aux Etats-Unis. Ils se sont attelés à la tâche à l’aide d’un modèle de calcul économétrique et en sont arrivés à la conclusion – «conservatrice» – que le coup d’arrêt de la province du Hubei était en mesure de provoquer un recul de 4 points de pourcentage du PIB de la Chine et de 1 point de pourcentage pour le PIB mondial. «À noter que 40% de l’impact sera indirect, provenant des secousses subies par les chaînes d’approvisionnement de biens et de services tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Chine», indiquent-ils dans leur étude.

Cette estimation correspond grosso modo à celle des économistes de Bloomberg. D’après eux, le PIB de la Chine devrait fondre de 4,5% lors du premier trimestre de 2020, et par contre-coup le PIB mondial devrait connaître un recul de 0,42% durant la même période de temps.

Bref, le choc promet d’être brutal. Nettement plus brutal que ce que nous avons déjà connu. Comme semble d’ailleurs l’annoncer la dégringolade des marchés boursiers de lundi, qui a été si impressionnante que certains d’entre eux ont même dû se résoudre à arrêter toutes les transactions des minutes durant, «le temps que les investisseurs reprennent leur esprit».

Aujourd’hui-même, le président français Emmanuel Macron a déclaré que la pandémie n’en était «qu’à son tout début» en France. Qu’il fallait s’attendre à de prochaines mesures drastiques pour enrayer sa diffusion, pour empêcher la contamination de toute l’économie du pays. Peut-être même des mesures similaires à celles adoptées par la Chine et l’Italie, avec la mise en quarantaine de grandes villes, plus personne ne pouvant entrer ni sortir de là pendant au moins deux semaines.

Qui sait? Peut-être connaitrons-nous, à notre tour, de tels discours, voire de telles mesures, au Canada et au Québec. Et même plus tôt que ce que nous imaginons : des sources proches du dossier m’ont d’ailleurs confié que les Forces armées canadiennes étaient actuellement en train de préparer des plans de confinement des grandes villes d’ici, «au cas où»…

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Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.

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