Notre planche de salut? La technologie et... l'amour!

Publié le 23/05/2018 à 11:52

Notre planche de salut? La technologie et... l'amour!

Publié le 23/05/2018 à 11:52

Guto Requena est l'un des conférenciers de C2 Montréal 2018. Photo: Arianne Bergeron/C2

Ça y est! C2 Montréal 2018 a débuté, et avec lui une floppée de conférences plus passionnantes les unes que les autres. Je sors à l’instant-même d’une rencontre avec trois designers fabuleux, qui ont à coeur de changer le monde pour le rendre meilleur et qui vouent leur vie à cette quête enthousiasmante. Une rencontre qui m’a permis de découvrir un être à part, Guto Requena. Laissez-moi vous le présenter…

Guto Requena est un designer brésilien de 38 ans qui n’a pas eu la vie facile. Son père a été assassiné. Lui-même a été kidnappé pour lui soutirer de l’argent. Ce qui lui a fait comprendre très tôt que nous vivons, aujourd’hui, dans un univers dichotomique : d’une part, un luxe sans nom, où les gens regardent Netflix avant d’aller se coucher, se réveillent le matin pour manger un avocat bio et se rendent au travail à vélo; d’autre part, une pauvreté innommable, où les gens se droguent pour oublier la réalité, se réveillent le matin pour dévorer des déchets et passent leur journée à chercher du travail.

Comment unifier ces deux univers? C’est la mission qu’il s’est donnée en tant que designer, en misant sur deux clés : la technologie et, surtout, l’amour.

«La croyance veut que les designers sont là pour concevoir le Beau. Mais il n’y a rien de plus faux, d’après moi. Les designers sont là, en vérité, pour le Bon», a dit Guto Requena.

Et d’ajouter : «Le monde n’a pas besoin d’une autre belle chaise, ni d’une autre table basse magnifique. Le design est plutôt là pour «résoudre des problèmes», et se doit absolument d’oeuvrer en ce sens.»

Cette vision se reflète dans nombre de ses réalisations, dont la constante est la combinaison du numérique et de la poésie. Par exemple, Guto Requena a «hacké» un immeuble de São Paulo pour faire apparaître sur sa façade des gradiants de lumière indiquant le niveau de pollution de l’air, ou encore le niveau de pollution sonore. «L’idée, c’est de faire prendre conscience aux gens du milieu dans lequel ils vivent, et de les inciter à réfléchir d’eux-mêmes sur ce qu’ils pourraient faire pour améliorer la situation», a-t-il dit.

Autre exemple : son concept d’architecture émotive. De quoi s’agit-il? De voir ce qui se passerait si jamais les bâtiments étaient doués d’une intelligence émotionnelle. C’est ainsi qu’il a doté une boîte de nuit de Rio de Janeiro de capteurs doués d’intelligence artificielle, à même d’évaluer les émotions ressenties par les gens sur la piste de danse, et qu’il a connecté tout cela aux jeux de lumière. Résultat? «Les couleurs et l’intensité des lumières collaient en temps réel à ce que vivaient es gens, et ça a rendu tout le monde complètement dingue! Ils ont tripé comme jamais», a-t-il dévoilé. Depuis, les contrats de boîtes de nuit pleuvent sur lui…

Idem, Guto Requena a doté un parc public de São Paulo d’un confessionnal dans lequel chacun pouvait enregistrer un secret. Tous les secrets étaient alors diffusés en boucle, au hasard, dans les différents mobiliers en bois (des sièges, des lits,...) : il suffisait de s’installer tranquillement pour se voir confié le secret d’un anonyme. «Il y a eu des petits comme de grands secrets. Tous chargés d’émotion. J’ai vu des gens pleurer en les écoutant, d’autres rire. J’ai vu des échanges de regards entre les gens, des complicités se nouer. Et certains se mettre à parler entre eux, alors que l’installation se trouvait dans un quartier défavorisé, où chacun a plutôt le réflexe de se protéger des autres, et non pas de s’ouvrir à autrui», a-t-il raconté.

«Notre monde est foutu, à moins que nous ne parvenions à combiner technologie et amour. Il faut arrêter de voir nos cellulaires, nos laptops, nos robots comme des choses froides et impersonnelles, il faut les considérer comme de formidables vecteurs d’émotions. Et nous mettre à nous en servir en ce sens durant la prochaine décennie, à savoir le temps qu’il nous reste, je pense, pour vraiment changer les choses», a-t-il lancé, sous des applaudissements nourris.

Voilà. C’est peut-être bien en cherchant à rendre tangible l’intangible que nous pourrons progresser collectivement, comme l’a si bien illustré le designer brésilien Guto Requena. Notre avenir économique en dépend sûrement. Et c’est justement ce que permet d’apprendre un événement comme C2 Montréal. Alors, si vous en avez la possibilité, n’hésitez pas à venir y faire un petit tour. Qui sait? Vous y trouverez l’inspiration qui changera votre vie...

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Espressonomie

Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.

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