Non, l'avenir n'est pas économique. Il est social!

Publié le 07/02/2019 à 06:06

Non, l'avenir n'est pas économique. Il est social!

Publié le 07/02/2019 à 06:06

Non, notre avenir n'est pas nécessairement sombre... [Photo: Warren Wong/Unsplash]

Comment améliorer autant que possible le bien-être global d’une population au cours des prochaines décennies ? En oubliant les calculs économiques étroits et en donnant la priorité aux mesures sociales ! Telle est est du moins la conclusion d’une étude renversante parue en janvier sur le site Web du magazine scientifique américain Nature.

Christopher Barrington-Leigh est professeur d’économie à l’Université McGill de Montréal (Canada). Et Eric Galbraith, professeur de mathématiques et de sciences expérimentales à l’Institut catalan de recherche et de sciences appliquées (Icrea) de Barcelone (Espagne). Ensemble, ils ont voulu identifier les leviers avec lesquels les politiciens feraient bien de jouer s’ils entendaient vraiment améliorer le bien-être des populations dont ils ont la responsabilité :

– Les leviers matériels (ex. : adopter des mesures susceptibles de faire croître le produit intérieur brut (PIB) du pays, histoire de booster la croissance économique)?

– Ou plutôt les leviers immatériels (ex. : adopter des mesures à même de resserrer les liens entre les gens, notamment en volant davantage à l’aide des personnes défavorisées, histoire de booster la «connexité» – principe selon lequel les êtres humains n’évoluent sainement que s’ils nouent des liens fructueux entre eux – du pays)?

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Pour s’en faire une idée, ils ont concocté un modèle de calcul économétrique capable d’estimer l’impact global potentiel de différentes mesures politiques, d’aujourd’hui à 2050. Et ce, en effectuant une projection des tendances issues de données socioéconomiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et du cabinet d’études Gallup, entre 2005 et 2016.

Ils ont établi deux scénarios : d’une part, un scénario optimiste, où les mesures adoptées permettent d’atteindre presque tous les objectifs visés ; et d’autre part, un scénario pessimiste, où les mesures adoptées ne donnent pas les résultats escomptés, voire aggravent carrément la situation. Puis, ils ont regardé ce qui ressortait du modèle de calcul, dans tous les cas de figure possibles, sachant que de nos jours le niveau de bien-être global des êtres humains est de 5,24 points sur une échelle de 0 à 10.

Résultats ? Tenez-vous bien avant de lire ce qui suit :

– Des leviers matériels inopérants. Une politique axée sur les leviers matériels ne permettrait une hausse du bien-être global que de 0 à 10% d’ici 2050. C’est-à-dire qu’au mieux cela ne permettrait qu’une appréciation de 0,5 point, à un sommet à 5,74 points. Et dans le pire des cas, une sempiternelle stagnation du bonheur durant les trois prochaines décennies.

– Des leviers immatériels hyper efficaces. Une politique axée sur les leviers immatériels permettrait, elle, une variation nettement plus étendue du bonheur ressenti par les gens. En effet, dans le meilleur des cas, le gain pourrait être de 30% d’ici 2050 ; et dans le pire, on assisterait à un recul de 35%. Autrement dit, il serait possible de voir le bonheur global tutoyer les 6,8 points!

«C’est clair, les politiques à long terme trop axées sur la croissance économique auront des effets limités sur le bien-être global. En revanche, si le bien-être humain est bel et bien l’objectif principal de nos gouvernements, l’idéal serait pour eux de miser à fond sur les leviers immatériels, c’est-à-dire sur des mesures en lien avec la liberté, l’équité et le soutien social», dit M. Barrington-Leigh.

Et M. Galbraith d’ajouter : «Nos résultats montrent que les plus grands gains potentiels en bien-être au cours des prochaines décennies résident dans des mesures sociales, et non pas dans des mesures économiques. Mais attention, les écueils les plus dangereux résident également dans ce qui relève du tissu social : des mesures inadéquates pourraient aggraver durablement la situation».

Bref, notre avenir commun passe par le social, et non par l’économique. Il nous faut arrêter de concentrer toute notre attention sur le PIB et autres indicateurs comptables de l’état de santé de nos économies. Et à la place, œuvrer – enfin – pour l’amélioration du tissu social de nos communautés.

Oui, il nous faut arrêter de ne regarder que notre petit nombril pour considérer dans sa globalité l’écosystème dans lequel nous évoluons. Nous devons agir de manière bienveillante au sein du réseau de connexions dans lequel nous vivons, afin de contribuer positivement à son sain développement. À notre profit comme à celui d’autrui, l’idée fondamentale étant de tous grandir de façon harmonieuse (et non plus les uns au détriment des autres).

Car, je ne le répéterai jamais assez, nous sommes avant tout des «animaux sociaux», comme le disait Aristote. En ce sens que pour être heureux, il nous faut impérativement interagir positivement avec autrui : l’égoïsme pur ne peut aucunement nous satisfaire, encore moins contribuer à notre bonheur ; contrairement à l’altruisme pur, pour ne pas dire l’empathie, qui nous permettent de nous épanouir à mesure que les autres s’épanouissent.

En passant, le philosophe français Brice Parain a dit dans Contre l’esprit de neutralité : «Le bonheur rend généreux».

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