Entrepreneurs, impliquez-vous dans la société, que diable!

Publié le 27/07/2020 à 08:00

Entrepreneurs, impliquez-vous dans la société, que diable!

Publié le 27/07/2020 à 08:00

Fini de ne penser qu'à soi, il faut maintenant penser à tous... (Ph.: Sead Devic/Unsplash)

CHRONIQUE. Mine de rien, les incroyables bouleversements sociétaux de 2020 - pandémie du nouveau coronavirus, «mise sur pause» de l’économie, vague d’antiracisme, vague de dénonciations d’abus sexuels dans le milieu des TI,... - sont peut-être bien en train de changer nos vies en profondeur. De manière aussi radicale que durable. Un exemple frappant : les attentes des consommateurs, qui semblent avoir carrément muté du jour au lendemain au Québec, selon une étude de l’agence de marketing FleishmanHillard Highroad.

Ainsi, l’étude «COVID-19 mindset: The collision of issues» analyse les points d’inflexion qui se produisent ici et là à mesure qu’évolue l’opinion des consommateurs à l’égard de leur santé, de leurs finances, de leurs gouvernements, de leur communauté, ou encore des entreprises. Et elle montre que les consommateurs du Québec affichent aujourd’hui des attentes nettement différentes de celles d’autres zones géographiques sur la planète, en particulier en ce qui a trait aux écarts salariaux, à l’environnement et à la discrimination systémique:

> Racisme. 67% des Québécois veulent que les entreprises prônent l'égalité et luttent activement contre toute forme de racisme (comparativement à 59% des personnes sondées dans le monde).

> Écarts salariaux. 42% des Québécois veulent que les entreprises réduisent les écarts de revenu et de salaire (39% à l’échelle de la planète).

> Discrimination sexuelle. 40% des Québécois veulent que les entreprises contribuent à la lutte contre la discrimination sexuelle (35% à l’échelle de la planète).

> Violence contre les femmes. 38% des Québécois veulent que les entreprises prennent position contre la violence envers les femmes (32% à l’échelle de la planète).

Ce n’est pas tout. Les consommateurs du Québec ont également d’autres attentes qui les distinguent des autres, notamment celles envers les PDG:

> Empathie & compassion. 46% des Québécois s'attendent à ce que les PDG fassent preuve d'empathie et de compassion envers leurs communautés, leurs clients et leurs employés; et ce, «dans leurs paroles et leurs actions» (contre 41% des personnes sondées dans le monde).

> Racisme. 43% des Québécois s'attendent à ce que les PDG contribuent à la lutte contre les inégalités raciales (32% à l’échelle de la planète).

> Environnement. 39% des Québécois s'attendent à ce que les PDG se montrent exemplaires en matière de lutte contre les changements climatiques (36% à l’échelle de la planète).

> LGBTQ+. 28% des Québécois s'attendent à ce que les PDG luttent activement contre les inégalités dont souffre la communauté LGBTQ+ (22% à l’échelle de la planète).

«Personne ne s'attendait à ce que le monde change du jour au lendemain, mais c'est ce qui est advenu, dit Angela Carmichael, la présidente de FleishmanHillard HighRoad. Une de ses traductions correspond à l’engagement accru des consommateurs, en particulier au Québec : le voilà plus conscient de sa manière de dépenser son argent, et surtout à qui il verse son argent. Il perçoit à présent chaque achat comme un soutien, et il s’attend en retour à un respect de certaines valeurs - réduction des écarts salariaux, amélioration de l’environnement, coup de frein aux discriminations,... - de la part des entreprises et de leurs dirigeants.»

Et de souligner : «Aujourd’hui, les Québécois scrutent comme jamais leurs dépenses et les entreprises qui en bénéficient», ajoute-t-elle.

C’est bien simple, les consommateurs du Québec attendent maintenant plus des entreprises. Fini le temps de la neutralité et de l'inaction, pour ne pas dire de la passivité, voire de l’indifférence. Les entreprises et leurs dirigeants se doivent maintenant de prendre parti et d’agir pour le mieux-être de l’écosystème dans lequel ils évoluent.

L’idée n’est plus de croître à tout prix, non, elle n’est plus de surclasser la concurrence, de faire mordre la poussière aux compétiteurs. À présent, elle est plutôt de grandir en harmonie avec les autres, pour le profit de tous et de chacun : par exemple, au lieu de chercher à soutirer le maximum d’argent des consommateurs pour engranger le maximum de profits possible, mieux vaut maintenant chercher à apporter le maximum possible au consommateur, oui, faire preuve d’ingéniosité et de bienveillance à son égard afin que le deal soit un win-win pour tout un chacun.

Bref, l’idée est tout simplement de faire du bien tout autour de soi, au lieu de se faire du bien à soi au détriment des autres. D’être positif. Complètement et entièrement positif. Car c’est comme ça, et pas autrement, qu’il peut y avoir un véritable progrès. Un progrès individuel (à l’échelle de l’entreprise) comme collectif (à l’échelle de l’écosystème).

Entrepreneurs, vous vous sentez pris à la gorge? Plus de ventes, plus de ressources, plus de main-d’oeuvre? C’est normal, nous traversons des turbulences socioéconomiques encore jamais vues de notre vivant. Rassurez-vous, c’est tout à fait normal. Maintenant, cela signifie qu’il vous faut vous adapter à la nouvelle donne sans tarder, faire preuve d’intelligence, pour ne pas dire de courage et d’audace.

Les attentes des consommateurs sont en train de muter? Parfait, profitez-en pour saisir les nouvelles opportunités d’affaires que cela représente. Changez, oui, osez changer, et vous verrez sûrement des lendemains plus souriants!

En passant, le militant politique indien Mohandas Karamchand Gandhi aimait à dire : «Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde».

Note. L’enquête a été menée en ligne auprès d'adultes de 18 ans et plus, du 8 au 19 juin 2020, en Chine (n=1.280), au Canada (n=1.240), en Allemagne (n=1.242), en Italie (n=1.275), en Corée du Sud (n=1.227), en Grande-Bretagne (n=1.277) et aux États-Unis (n=1.276). Les données ont été pondérées selon le sexe et l'âge dans tous les marchés ainsi que selon les zones géographiques des États-Unis, du Canada et de la Chine. Aux États-Unis, un suréchantillon de n=200 Afro-Américains, n=200 Hispaniques et n=100 LGB a été ajouté.

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Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.

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