1 Québécois sur 4 est étranglé financièrement par la COVID-19

Publié le 14/10/2020 à 08:00

1 Québécois sur 4 est étranglé financièrement par la COVID-19

Publié le 14/10/2020 à 08:00

Pour certains, un premier pas dans la pauvreté... (Photo: JAG Vazquez pour Unsplash)

CHRONIQUE. Au Québec, le tiers des gens ont vu leur situation financière se détériorer en raison de la pandémie du nouveau coronavirus, selon un sondage du cabinet d’études Angus Reid mené pour le compte du cabinet d’expertise comptable BDO Canada. Et la détérioration est d’une telle ampleur que le quart des Québécois (23%) doivent aujourd’hui se priver de produits de première nécessité, ne pouvant plus se payer à manger et à s’habiller comme ils le faisaient auparavant.

C’est bien simple, la situation est devenue carrément critique pour nombre de Québécois. Un exemple frappant: 60% de ceux qui étaient endettés avant la pandémie disent qu’ils ne sont plus capables aujourd’hui de faire face à leurs paiements; et ce, même en coupant drastiquement dans leurs dépenses courantes. Un phénomène qui s’explique par la conjonction de deux données: d’une part, les trois quarts des Québécois ont accru leur niveau d’endettement depuis le début de la pandémie; d’autre part, 40% de ceux-ci étaient d’ores et déjà fragiles sur le plan socioéconomique (niveaux d’éducation et de revenus peu élevés).

Autrement dit, la COVID-19 a accru la pauvreté au Québec. De manière foudroyante. Et sûrement de manière durable.

Les plus pauvres se sont davantage englués dans la pauvreté. Et d’autres - sans vouloir le reconnaître - viennent de sombrer dans la pauvreté ou de s’en approcher dangereusement près: seulement le tiers de ceux qui ont contracté de nouvelles dettes ont demandé des allocations gouvernementales, ce qui est le signe que, même s’ils se savent en difficulté financière, ils ne se résolvent pas à demander de l’aide.

«De nombreuses personnes perdent confiance dans leur capacité à gérer leurs finances, et pourtant elles hésitent à bénéficier du coup de main auquel elles ont droit», confirme sur ce point Doug Jones, président, services de redressement financier, de BDO Canada, en soulignant que cette cruelle hésitation trahit le fait que les gens se sentent à présent «découragés, effrayés, ou encore incertains face à leurs perspectives financières».

La grave détérioration de la situation financière des Québécois les plus démunis n’est pas propre au Québec. Une équipe de chercheurs pilotée par Hai-Anh Dang, économiste à la Banque mondiale et professeur d’économie à l’Université de l’Indiana à Bloomington (États-Unis), a mis au jour le fait que, dans six pays développés, les 20% de ceux qui ont les plus bas salaires ont vu leurs revenus fondre d’en moyenne 65% à cause de la première vague de la pandémie de COVID-19. Ces pays sont les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Chine, la Corée du Sud et le Japon. Des pays où, là aussi, un large pan de la société n’arrive plus à joindre les deux bouts.

C’est que les plus démunis ont été les premiers à être touchés par les vagues de mises à pied provoquées par la «mise sur pause» de l’économie décrétée par les gouvernements. Ils ont été les premiers à tomber malades pour ceux qui occupaient un emploi jugé «essentiel» (caissière, préposée aux bénéficiaires, etc.). Bref, ils ont été les premiers à accuser le coup sur le plan financier.

Pis, les plus démunis sont également les plus vulnérables au virus lui-même. L’étude de M. Dang montre en effet qu’ils sont «moins susceptibles de changer leurs comportements, à la fois en termes de mesures de prévention immédiate contre la COVID-19 et d’activités saines»: plus récalcitrants que les autres à respecter scrupuleusement la distanciation sociale, à porter religieusement le masque, ou encore à se laver régulièrement les mains, une plus grande proportion d’entre eux est tombée malade, avec les dramatiques conséquences financières qui cela peut représenter.

Par ailleurs, une autre étude menée aux États-Unis et signée par deux chercheurs en épidémiologie, Ibraheem Karaye et Jennifer Horney, respectivement de l’Université Hofstra et de l’Université du Delaware, révèle que «les catastrophes à grande échelle - comme la pandémie de COVID-19 - affectent différemment la santé des différentes communautés». C’est ainsi que «plus une personne est mal logée, plus elle court le risque de contracter le nouveau coronavirus», ou encore «plus une personne est marginalisée, plus elle risque de contracter le nouveau coronavirus». Bref, plus une personne est démunie, plus elle est une cible de choix pour le virus.

C’est clair, nous sommes confrontés à un cercle vicieux. Plus quelqu’un est vulnérable, plus il risque d’être affecté par la COVID-19, sanitairement comme financièrement parlant; et plus il est affecté par le nouveau coronavirus, plus sa vulnérabilité s’aggrave.

Comment cela va-t-il finir, maintenant que la 2e vague de la pandémie déferle sur le Québec? «Les gens réduisent leurs dépenses, pour certains de manière drastique. De plus en plus de gens ont du mal à faire face à leur endettement. De toute évidence, cela va exercer un stress à long terme sur les familles et sur l’économie», indique M. Jones.

Un «stress à long terme», donc. Un terme qui, en vérité, indique une réalité trop souvent occultée, ces jours-ci: vous comme moi, nous sommes tous plongés dans une récession sans pareille. Une récession à la fois sanitaire, sociale et économique. Une récession appelée à laisser des traces en chacun de nous, pour ne pas dire des séquelles pour les plus vulnérables d’entre nous. Oui, une récession dont on risque fort de ne pas se rétablir complètement, ou à tout le moins avant longtemps. Petit rappel à ce sujet: il nous reste a priori encore cinq trimestres à tenir avant de pouvoir tous bénéficier d’un vaccin contre la COVID-19…

En passant, l’écrivain grec Ésope a dit dans ses Fables: «Mieux vaut tenir que courir».

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