Le défi de la réconciliation économique d'Hydro-Québec

Publié le 22/11/2023 à 08:06

Le défi de la réconciliation économique d'Hydro-Québec

Publié le 22/11/2023 à 08:06

(Photo: La Presse Canadienne)

EXPERT INVITÉ. Le plan de développement présenté récemment par Hydro-Québec pourrait constituer un exemple concret de ce que peut représenter la réconciliation économique. La société d’État nous procure une excellente occasion de poursuivre la réflexion sur ce sujet important pour l’avenir de nos nations et sociétés.

Dans son Plan d’action Vers un Québec décarboné et prospère, Hydro-Québec identifie Collaborer plus étroitement avec les communautés autochtones comme l’une des cinq priorités de la Société d’État. Cette volonté devrait se traduire, selon les intentions annoncées d’Hydro-Québec et du gouvernement du Québec, par des partenariats financiers permettant aux Premières Nations de tirer profit des projets énergétiques.

À cette annonce, plusieurs leaders autochtones ont salué une volonté du nouveau PDG d’Hydro-Québec, Michael Sabia, de s’inscrire en continuité avec la vision de sa prédécesseure, Sophie Brochu. Que ce soit avec le projet éolien Apuiat avec la nation innue, le raccordement de la communauté anichinabée de Kitcisakik ou l’entente avec les Mohawks de Kahnawake pour une ligne de transmission vers les États-Unis, Hydro-Québec s’est engagée sur la voie de la réconciliation économique au cours des dernières années.

Aujourd’hui, compte tenu de l’ampleur des ambitions de développement énergétique (on parle de doubler la production), le défi de la réconciliation économique prend un nouveau virage comportant un certain nombre d’obstacles.

À cet égard, la sortie publique des Premières Nations innues au lendemain de l’annonce du Plan d’action est instructive. Dans un communiqué conjoint, l’ensemble des chefs de la nation innue au Québec ont identifié quelques éléments clés d’une réconciliation économique réussie. Selon eux, tout dialogue avec les Premières Nations doit se fonder sur:

  • Le respect des droits et titres autochtones sur leurs territoires ancestraux;
  • Le respect de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones;
  • La reconnaissance des injustices historiques vécues (territoires traditionnels inondés et cicatrisés par la construction de barrages et de lignes de transmission);
  • La possibilité de refus de projets dans certaines sections de leurs territoires afin de protéger leurs sites culturels et les rivières patrimoniales, des sites essentiels tant à la conservation de leurs traditions qu'à la protection des écosystèmes;
  • La possibilité d’actionnariat et de prise de participation dans les projets;
  • La nécessité de travailler en amont avec les communautés afin de garantir une transition énergétique respectueuse et inclusive.

Révolu le temps où les Premières Nations s’opposaient systématiquement aux projets de développement des ressources naturelles. L’ambition de développement énergétique du Québec est possible, grâce notamment à la réconciliation économique, laquelle passe par des relations authentiques avec les communautés. À ce sujet, je suis optimiste. Lors de la récente inauguration du projet Romaine, Michael Sabia a reconnu que le projet s’était réalisé sur le territoire traditionnel des Innus de Mamit Innuat, les Premières Nations de Pakua Shipu, d’namen Shipu, de Nutaskuan et d’Ekuanitshit. Le fait qu’il ait pris la peine de nommer les quatre communautés innues par leur nom innu est déjà une belle marque de respect que nous n’aurions pas imaginé se produire il y a de cela quelques années à peine.

À cette réconciliation économique, tout le monde gagne. D’un côté, le Québec réalise son ambition de décarbonisation de manière rentable. De l’autre, les Premières Nations bénéficient de manière juste et significative des avantages économiques issus des projets d'Hydro-Québec. L’avenir s’annonce prometteur.

À propos de ce blogue

Innu, Uashat Mak Mani-utenam. Ken Rock est avocat. Me Ken Rock a agi à titre de négociateur en chef et de directeur pour le Bureau de la protection des droits et du territoire de sa communauté lors de la signature de trois ententes sur les répercussions et avantages et de deux sur l’exploration minière avec des compagnies minières. Il est actuellement directeur général de la Société de développement économique d’Uashat Mak Mani-Utenam (SDEUM). Il est titulaire d’un EMBA McGill-HEC Montréal. En plus d’être le co-initiateur de l’École des dirigeants des Premières Nations, Ken Rock occupe également le poste de Directeur des initiatives entrepreneuriales de l’école.

Ken Rock

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