L'intelligence artificielle, ça mange quoi en hiver?

Publié le 06/04/2020 à 12:30

L'intelligence artificielle, ça mange quoi en hiver?

Publié le 06/04/2020 à 12:30

Un cerveau d'intelligence artificielle

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. L’intelligence artificielle fascine. On lui voue un respect mérité, voire une certaine force d'attraction de par sa nature révolutionnaire, sans toutefois pouvoir s’empêcher de ressentir une certaine crainte. La crainte qu’elle finisse par aller trop loin en dépassant les limites de ce que l’humain peut réellement espérer contrôler. Tout ça sans trop parvenir à saisir l’essentiel de ce qui la définit ou à visualiser sa forme, plus intangible que concrète.

Inéluctable, car les plus grandes entreprises revoient déjà complètement leurs modèles d’affaire autour de l’intelligence artificielle (IA). S’ajoutent à cela certaines personnalités du domaine scientifique comme Stephen Hawking et Elon Musk qui ont exprimé d’importantes craintes. Sans compter les avertissements lancés par une multitude de théoristes voulant que l’humanité soit menacée par les hypers intelligences qui, au mieux, voleront tous les emplois, et au pire, massacreront les humains. Au final, on se demande s’il est tout simplement possible de construire des systèmes véritablement intelligents, puis cascadent les réflexions philosophiques se questionnant sur le moment où intelligence artificielle deviendra naturelle, et vice-versa.

Bon, c’est déjà lourd.

Ce paradoxe d’idées et de messages m’a inspiré la volonté de démystifier l'IA, dans l'ordre et le désordre. Le tout se veut sans prétention et vise à rendre le sujet accessible à tous.

 

Qu’est-ce que l’intelligence «non naturelle» dite artificielle?

Entendons-nous, présentement, la principale utilisation de l’intelligence artificielle est d’accomplir ce que l’humain fait déjà, seulement plus vite, mieux et en l’amenant plus loin.

Mise simplement, l’intelligence artificielle est un sous-domaine de l’informatique. Son objectif est de permettre le développement d'ordinateurs aptes à effectuer les choses normalement réalisées par l’intelligence humaine. En d’autres mots, l’IA est la science qui rend les machines intelligentes. Pour qu’un système soit considéré une IA, il ne doit pas nécessairement fonctionner de la même manière qu’un humain, mais plutôt être «intelligent» dans la réalisation d’une tâche précise comme gagner un jeu de table, correctement identifier un chat sur une photo, utiliser les données de senseurs de façon adaptée pour conduire une voiture, ou n’importe quel autre processus impliquant des fonctions supérieures qu’on qualifierait de typiquement humain.

 

L’IA est la nouvelle électricité

Visualiser concrètement ce qu’est l’intelligence artificielle est tout sauf facile. On essaie souvent, à tort, de la comparer à une technologie «solide». S’il est vrai qu’il serait beaucoup plus simple de la visualiser comme nous le faisons pour un ordinateur, une automobile ou un robot, l’IA est plutôt une technologie dite habilitante.

Je compare souvent l’IA à l’électricité, qui est également une technologie habilitante. L’électricité est partout. Nous lui devons la lumière, le chauffage, nos appareils électroniques. L’’électricité propulse ces innovations sans elle-même prendre une forme solide.

Au même titre, l’intelligence artificielle, par l’utilisation d’algorithmes menant à des apprentissages répliquant l’action humaine, permet de nombreuses applications. Pourtant, lorsque isolée, elle n’incarne aucune «valeur» commerciale. L’engouement n’est donc pas pour l’IA en soi, mais plutôt les applications qui verront le jour grâce à l’IA.

Que ce soit les assistants personnels comme Siri ou Google dans nos téléphones, en passant par la proposition de «Tiger King» sur Netflix, jusqu’au profilage, à la personnalisation et à la cyber protection qui se cache derrière de plus en plus de nos choix de consommation, l'intelligence artificielle touche presque tous les aspects de nos vies. Et cela ne fait que commencer. J’ai d’ailleurs adoré la visualisation suivante à propos de l’impact qu’aura -probablement - l’IA sur l’évolution de l’humanité dans le temps:

(Source: Waitbutwhy.com)

 

On se demande ce qu’on devrait ressentir et qu’est-ce que ça fait d’être sur le bord d’une si grande révolution technologique. Bien, la réponse c’est: pas grand-chose. La réalité ressemble plutôt à ceci :

 

(Source: waitbutwhy.com)

 

 

Porter à la fois une admiration et une crainte vis-à-vis de cette technologie est donc tout à fait fondé. Il s’agit de trouver cette balance entre reconnaître à quel point les applications d’intelligence artificielle pourront réellement bonifier le monde, tout en se méfiant des mauvaises motivations et des erreurs de supervision (allo les biais).

 

Qu’est-ce qui pourrait aller si mal?

On parle beaucoup (trop) de l’IA dans sa conception la plus poussée (que nous sommes loin d’avoir atteint) et des pires formes qu’elle pourrait prendre. Il est vrai que minimiser les précautions à prendre et son importance pourraient véritablement avoir des portées catastrophiques. Prenons l’exemple d’un robot comme celui développé par la firme Boston Dynamics intégrant des applications de reconnaissance faciale pour identifier et éliminer certaines cibles en contexte de guerre. Cela crée à la fois un potentiel de dommages collatéraux réduits par des attaques hautement ciblées plutôt que des bombardements diffus et pourtant, imaginez la gravité si cela se retrouvait entre les mauvaises mains.

 

(Source: Boston Dynamics)

 

Un excellent exemple pour démontrer pourquoi l'IA a besoin de supervision nous vient de «Tay», le chatbot de l'intelligence artificielle de Microsoft, qui a été conçu pour parler «comme une adolescente». Le but était que Tay devienne de plus en plus intelligent et humain en apprenant des conversations qu'elle avait avec de vrais humains en ligne. Cependant, considérant que beaucoup de gens s’adonnent à en rabaisser d'autres en ligne et qu'Internet est un endroit assez corrompu, en 24 h, la douce et innocente Tay est devenue raciste et nazi. Sans surprise elle a été désactivée.

Voici quelques exemples pour démontrer pourquoi l'IA a besoin de supervision:

  • le logiciel de reconnaissance de photos de Google marque les personnes ayant la peau noire comme des «gorilles»;
  • la fonction de conversion vocale de YouTube ne reconnaît pas les voix féminines;
  • les caméras de reconnaissance faciale HP ne peuvent pas reconnaître les Asiatiques;
  • Amazon classe la littérature LGBT dans la catégorie «18+».

 

Sauver le monde avec l’IA? Non, mais...

Il demeure qu’on ne mentionne pas assez les applications qui utilisent l’IA et qui rendent nos vies franchement plus faciles et de tout le positif que l’humanité peut retirer de cette technologie. Que ce soit pour l’optimisation des chaînes de montage, l’expérience client dans la vente au détail ou le support dans le domaine de la santé, le potentiel de la robotique propulsée par l’IA est immense et réellement prometteur. 

À titre d’exemple, au Canada et partout ailleurs, les scientifiques d’IA se mobilisent pour lutter contre le coronavirus. Yoshua Bengio a lancé un appel à tous pour développer une application qui puisse suivre la probabilité que vous soyez infecté en fonction de l'endroit où vous vous êtes rendu et des rencontres que vous avez faites et partageraient ces informations sur les risques avec les téléphones des personnes que vous rencontrez afin que leur application puisse mettre à jour leur propre estimation des risques. Dans ce contexte de pandémie, l’intelligence artificielle pourrait véritablement sauver des vies tout en empêchant le ralentissement de l’économie.

L’IA ne réinvente quand même pas la roue... Même si en fait, oui, en quelque sorte.

Ce qui est certain, c’est que jamais une innovation n’aura été aussi disruptive. L’intelligence artificielle, sous toutes ses formes, est là pour rester. Aussi bien s’y faire. Et si, plutôt que de la craindre, on apprenait tous à l’apprivoiser un peu mieux? Vous savez, question de mettre en place et de choisir, en tant que consommateur, des applications bien réfléchies avec un impact positif.

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas le point de vue du gouvernement du Canada.

 

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