Un bon gestionnaire connaît ses préjugés inconscients

Publié le 11/02/2020 à 14:30

Un bon gestionnaire connaît ses préjugés inconscients

Publié le 11/02/2020 à 14:30

« J’ai toujours voulu changer le monde», dit Valérie Pisano, présidente et directrice générale de Mila (Photo: Maryse Boyce)

BLOGUE INVITÉ. Valérie Pisano, présidente et directrice générale de Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle, est une femme aux grandes idées. Économiste de formation, elle a le don de mobiliser ses équipes derrière ses convictions dans de grandes entreprises telles que le groupe de divertissement du Cirque du Soleil et son projet actuel, Mila.

« J’ai toujours voulu changer le monde, dit Mme Pisano. Dès mon plus jeune âge, j’étais très préoccupée par les choses que je voyais autour de moi comme la maladie et la dégradation de l’environnement, même à l’époque. Je voulais trouver un moyen de changer les choses et rendre le monde meilleur. »

Ses ambitions à grande échelle l’ont fait hésiter à l’idée de rejoindre la société de conseil en gestion, McKinsey & Company, où elle a finalement passé près de dix ans en tant que responsable de l’engagement. Au cours de ses études supérieures en économie appliquée à HEC Montréal, Mme Pisano a fait du bénévolat en Afrique et a pu constater l’ampleur de la pauvreté dans la région. Par conséquent, elle était plus attirée par l’idée de rejoindre une grande organisation internationale qui s’attaquait directement à la pauvreté dès la sortie de l’université que par celle de rejoindre le monde du conseil.

Un contact qui travaillait déjà chez McKinsey lui a suggéré que la structure et les outils qu’elle pourrait apprendre au sein du cabinet pourraient l’aider à s’attaquer aux problèmes d’inégalités plus tard dans sa carrière. Jonglant entre son rôle de mère et son développement professionnel, elle est restée chez McKinsey plus longtemps qu’elle ne l’avait peut-être prévu au départ lorsqu’elle a fait le grand saut. La possibilité de s’immerger dans la gestion du changement, la transformation et le leadership dans une multitude de secteurs différents a été une expérience d’apprentissage inestimable pour Mme Pisano.

« Ce qui s’est passé chez McKinsey, c’est que je suis devenue incroyablement curieuse et passionnée par les êtres humains et le leadership, explique-t-elle. Ce travail était une manière différente d'influencer le monde. Je pouvais aider nos clients à devenir de meilleures versions d’eux-mêmes, à prendre de meilleures décisions, et à relever ces grands défis.»

La passion de Mme Pisano pour l’amélioration de sa personne et de ceux qui l’entourent est devenue un thème récurrent dans sa vie professionnelle. La croissance qu’elle a connue chez McKinsey l’a finalement amenée à vouloir participer directement à la mise en place de changements au sein d’une organisation. En tant que directrice des talents du Cirque du Soleil, elle a eu l’occasion parfaite de s’y essayer. Suite à la vente du Cirque du Soleil en 2015, le groupe cherchait à faire table rase pour débuter une nouvelle ère de rentabilité et de productivité.

Dès ses débuts au Cirque du Soleil, Mme Pisano s’est consacrée à découvrir ce qu’elle appelle le « tissu émotionnel » du groupe en parlant avec les employés. Après cette période de recherche intense, elle et son équipe ont lancé autant de nouvelles initiatives de développement que possible. Certaines font toujours partie intégrante du cadre de gestion des talents du Cirque aujourd’hui.

« Nous avons démarré de nouvelles choses et nous n’avions pas peur d’échouer, car nous avions conçu cette expérience comme un essai, dit-elle. C’était une phase d’itération et d’expérimentation rapides et de renforcement de la confiance des gens en faisant réellement bouger les choses. »

L’un des atouts de Mme Pisano lorsqu’il s’agit de motiver une équipe est son engagement à s’attaquer aux préjugés inconscients sur le lieu de travail. Elle estime qu’il est essentiel de reconnaître que nous faisons tous des raccourcis émotionnels qui colorent nos interactions pour pouvoir avoir des conversations fructueuses sur la diversité et le leadership.

« Le fait que nous parlons autant de l’existence de préjugés inconscients est encourageant, estime-t-elle. Mais il faut encore quelques coups de pouce pour que cela se transforme en plus d’action. On ne peut pas résoudre un problème qu’on ne surveille pas. Donc, une fois que nous commencerons à vraiment reconnaître ces dynamiques invisibles, nous aurons toutes sortes d’idées sur la façon de les aborder. »

Avec Mila, Mme Pisano a pu participer dès le début au développement de la culture de l’Institut. L’avancement de la diversité et de l’inclusion font partie de ses principes centraux.

« Le rôle de Mila est de dynamiser l’écosystème, explique-t-elle. Nous jouons toutes sortes de rôles pour faire grandir et rendre plus fluide et fonctionnel cet environnement et nous assurer que chaque chercheur soit conscient de la diversité des possibilités qui existent à Montréal. »

Fondamentalement, Mila est un point de ralliement pour les chercheurs montréalais qui étudient l’apprentissage profond et par renforcement. L’Institut souligne son engagement en faveur d’une pratique responsable de l’intelligence artificielle (IA) qui profite à tous dans les causes qu’il soutient. Ça comprend notamment la gestion des catastrophes en partenariat avec la Croix-Rouge, et dans les programmes sur lesquels il collabore, comme le laboratoire d’IA pour le bien commun. Celui-ci est conçu pour fournir une formation en IA à une cohorte de 30 femmes de partout au Canada.

« Les gens ont la réponse et les gens sont la réponse, dit Mme Pisano. Et donc même si vous examinez un problème et vous avez une idée brillante, au final, vous devrez toujours rallier l’organisation, les équipes, les dirigeants, les employés, pour qu’elle se concrétise. »

En exploitant les esprits des penseurs les plus brillants du monde de l’IA, Mila incarne la ferme conviction de Mme Pisano qu’un leadership humain peut trouver une solution aux plus grands problèmes du monde.

 

 

Lien vers le balado (en anglais seulement)

Le présent article est une transcription condensée et modifiée d’une entrevue animée par Karl Moore, professeur agrégé à l’Université McGill, dans le cadre de l’émission The CEO Series, présentée sur les ondes de CJAD et produite par Marie Labrosse, étudiante à la maîtrise en langue et littérature anglaises à l’Université McGill. L’entrevue intégrale fait partie de la plus récente saison de The CEO Series et est disponible en baladodiffusion. Willing Li. Karl est professeur agrégé, et Emily et Willing est son étudiante à la licence en Commerce à l'Université McGill.

À propos de ce blogue

Chaque semaine, Karl Moore, professeur agrégé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, s’entretient avec des dirigeants d’entreprise de calibre mondiale au sujet de leur parcours, les dernières tendances dans le monde des affaires et l’équilibre travail-famille, notamment.

Karl Moore

Sur le même sujet

Facebook offre 100 M$ aux médias en guise de soutien financier

30/03/2020 | AFP

Ces nouveaux fonds comprennent 25 millions de dollars de dons d’urgence pour le journalisme local.

Le couperet tombe chez Cogeco, La Presse sabre les salaires

Ces mauvaises nouvelles s’ajoutent à la réorganisation annoncée cette semaine par six quotidiens régionaux de GCM.