La réduction des émissions de GES doit passer par le consommateur

Publié le 21/10/2019 à 10:18

La réduction des émissions de GES doit passer par le consommateur

Publié le 21/10/2019 à 10:18

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. L’énergie et ses répercussions sur l’environnement ont été au cœur de la campagne électorale nationale, mais l’Ouest canadien et les Albertains se sont sentis largement exclus de ces conversations. Les principaux chefs de parti ont fait peu d’apparitions dans la province et les questions qui préoccupent cette région du pays ont été peu couvertes.

« Ce qui est important pour gouverner un pays vaste et diversifié, c’est de traiter tout le monde de la même façon, a déclaré Adam Waterous, associé directeur et PDG de Waterous Energy Fund. L’un des défis du discours politique sur les changements climatiques est que, selon l’Ouest canadien, tout le monde n’est pas traité de la même façon. »

Je connais Adam depuis l’époque où nous étions ensemble à la Harvard Business School of Toronto, au début des années 1990, alors qu’il travaillait avec McKinsey à Toronto. Originaire de la capitale ontarienne, M. Waterous s’intéresse depuis longtemps au secteur canadien de l’énergie et aux formes qu’il assume d’un océan à l’autre. Il a cofondé sa première entreprise, une banque d’investissement pétrolière et gazière du nom de Waterous & Co. en 1991 avec son frère Jeff. Après l’acquisition de Waterous & Co. par la Banque Scotia en 2005, M. Waterous a occupé pendant plus de dix ans le poste de chef mondial des services bancaires d’investissement et de chef du secteur Énergie et électricité en Amérique du Nord.

Ses vastes responsabilités à la Banque Scotia ont permis à M. Waterous d’observer les tendances économiques nationales et d’identifier un potentiel de croissance renouvelé dans le secteur de l’énergie. La popularité des sources d’énergie non-conventionnelles comme le gaz naturel, renforcée par l’émergence de nouvelles technologies d’extraction, l’ont encouragé à lancer une nouvelle activité d’investissement.

« J’ai vu un changement sans précédent dans l’industrie pétrolière et gazière, et j’ai pensé que cela allait créer de très bonnes opportunités d’investissement, dit-il. »

L’instinct de M. Waterous s’est avéré juste : sa société de capital privé a levé 1,4 milliard de dollars canadiens pour son premier fonds en 2018, dépassant son objectif de 1 milliard de dollars canadiens. Waterous Energy Fund a investi plus de 60 % de son actif auprès de deux producteurs privés canadiens de pétrole et de gaz et préfère généralement investir à un stade plus avancé que ne le favorise habituellement un modèle de capital de croissance.

Le déménagement à Calgary de M. Waterous lui a donné un nouvel aperçu de l’inégalité régionale de la politique énergétique au Canada. Selon l’Agence pour la protection des environnements des États-Unis, la production d’énergie représente 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2010, alors que la consommation est à l’origine de près de 90 % des émissions. Selon M. Waterous, la taxe carbone est une solution efficace pour lutter contre le changement climatique, car elle réglemente le comportement des consommateurs au niveau national, alors que d’autres politiques affectent de manière disproportionnée ceux qui vivent à l’Ouest.

« Le changement climatique crée de profondes divisions régionales, dit M. Waterous. Les gens de l’Ouest canadien veulent s’attaquer au changement climatique dans tout le pays, mais ce qui se passe au niveau des mesures gouvernementales, c’est qu’elles sont propulsées par les électeurs du centre du pays. Les gens disent qu’il faut suivre l’argent, mais ici aussi, il faut suivre les votes. »

À la recherche d’une solution, M. Waterous s’intéresse aux solutions mises en œuvre à l’étranger pour réduire les émissions de gaz à effet de serre produites par les consommateurs. Avant les Jeux olympiques de Pékin en 2008, les autorités de la ville ont imposé des restrictions aux résidents en fonction de leur numéro de plaque d’immatriculation : les numéros d’immatriculation impairs pouvaient être sur la route un jour, et les numéros pairs le lendemain. Des mesures similaires de restriction de la circulation routière ont été efficaces en tant que projets permanents et occasionnels de São Paulo jusqu’à Paris, mais M. Waterous est sceptique quant à la volonté de grandes villes comme Montréal et Toronto de faire le sacrifice nécessaire.

Bien que Waterous Energy Fund soit basé à Calgary, M. Waterous vit à Banff depuis 1997 — un mode de vie qui nourrit son désir de trouver des solutions de gestion du transport qui pourraient réduire le taux d’émissions de gaz à effet de serre du pays tout entier.

Avec son épouse Jan Waterous, il a acheté le bail à long terme de la gare de Banff, que le couple espère transformer en « laboratoire du transport en commun vert du Canada » pour faciliter la mobilité des visiteurs dans le parc national. Leur plan propose de combiner le train, des stationnements à l’entrée du parc, des services de navettes, et une télécabine dans l’espoir de motiver les visiteurs de transplanter ces mesures dans leur propre ville.

« Nous sommes enthousiastes à l’idée d’utiliser le projet de transport en commun de Banff comme modèle pour le reste du Canada et nous pensons que nous pouvons appliquer beaucoup de ces leçons au transport en commun dans les grandes villes du Canada comme Toronto et Montréal, dit M. Waterous. Si nous voulons vraiment réduire les gaz à effet de serre, nous devons vraiment nous concentrer sur le consommateur. »

Lien vers le balado (en anglais seulement)

Le présent article est une transcription condensée et modifiée d’une entrevue animée par Karl Moore, professeur agrégé à l’Université McGill, dans le cadre de l’émission The CEO Series, présentée sur les ondes de CJAD et produite par Marie Labrosse, étudiante à la maîtrise en langue et littérature anglaises à l’Université McGill. L’entrevue intégrale fait partie de la plus récente saison de The CEO Series et est disponible en baladodiffusion

 

À propos de ce blogue

Chaque semaine, Karl Moore, professeur agrégé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, s’entretient avec des dirigeants d’entreprise de calibre mondiale au sujet de leur parcours, les dernières tendances dans le monde des affaires et l’équilibre travail-famille, notamment.

Karl Moore

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