Jean Todt, de copilote de rallye à président de la Fédération internationale de l'automobile

Publié le 08/06/2019 à 12:00, mis à jour le 08/06/2019 à 11:14

Jean Todt, de copilote de rallye à président de la Fédération internationale de l'automobile

Publié le 08/06/2019 à 12:00, mis à jour le 08/06/2019 à 11:14

Jean Todt, président de la FIA (Photo: Getty Images)

Avec Marie Labrosse

BLOGUE INVITÉ.  Les voitures et les courses automobiles fascinent Jean Todt, le président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), depuis son enfance. En tant que directeur, pour un troisième mandat, de l’organisme responsable de compétitions automobiles comme les Grands Prix de formule 1, il savoure sa chance d’avoir trouvé sa vocation.

« J’avais dix ans quand ma passion est née, et j’ai le privilège d’avoir pu en vivre pendant plus de cinquante ans », remarque-t-il.

Ce Français de 73 ans n’était pourtant pas prédestiné à une carrière de cadre dans les sports mécaniques. Fils d’un médecin de famille, il découvre le rallye à la toute fin de ses études en économie à l’École des cadres de Paris.

Il connaît un immense succès comme copilote de rallye et épaule les plus grands pilotes, dont Guy Fréquelin avec qui il remporte le Championnat du monde des constructeurs en 1981. Non seulement son passage sur les circuits de rallye lance sa longue carrière dans le monde automobile, mais il révèle aussi ses compétences naissantes d’homme d’affaires. Jean Todt considère que son rôle va bien au-delà de l’indication d’instructions détaillées à ses pilotes : en coulisses, il représente également ses coéquipiers et leurs contrats auprès de la commission des rallyes de la Fédération internationale du sport automobile (FISA).

« Je dirigeais une petite équipe, qui est au fil du temps devenue l’équipe de rallye : j’ai toujours voulu être plus qu’un simple copilote, explique-t-il. J’ai ensuite endossé un rôle de représentation pour les pilotes et les copilotes […] j’ai toujours pensé que je devais prendre les rênes […]. J’ai accompli bien plus qu’un copilote traditionnel. »

Même s’il avait commencé à s’imaginer gestionnaire lors de ses débuts en rallye, Jean Todt n’en est absolument pas resté là. Alors que lui-même s’éloignait du pilotage, il a occupé différents postes à responsabilités dans l’équipe de compétition de Peugeot, puis dans celle de Ferrari.

Les défis étaient nombreux, tant chez Peugeot que chez Ferrari ; à son arrivée à leur tête, les deux entreprises avaient du mal à remporter des titres lors des principales courses automobiles. Il prend la direction de l’écurie de Ferrari en 1993, et c’est sous sa gouverne que cette dernière, qui n’avait pas enlevé un seul titre de pilote depuis 1979, rafle 14 titres mondiaux de formule 1 et remporte 106 Grands Prix.

Pour faire renouer Ferrari avec sa gloire passée, Jean Todt restructure l’organisation de la division sportive en mettant à contribution l’équipe dans son ensemble, et non plus simplement les pilotes de course vedettes. Il est en effet persuadé que l’unité d’un groupe travaillant pour atteindre un but commun est la clé du succès de toute entreprise, et que cela ne se limite pas au domaine de la course automobile.

« La vie se résume au leadership et aux gens dont on s’entoure, explique-t-il. Si on veut réussir, on doit avoir de l’ambition pour soi-même et pour les gens que l’on côtoie. Et il faut faire en sorte que tout le monde collabore. »

C’est grâce au défi que représentait l’espoir de redresser l’équipe que Jean Todt a réussi à attirer son pilote étoile : Michael Schumacher.

« Le plus dur, ça n’a pas été de trouver Michael [Schumacher] : c’était déjà un champion. Le plus difficile, ça a probablement été de le convaincre de venir chez Ferrari, raconte Jean Todt. Ferrari, c’est une entreprise, une marque emblématique, située en Italie, un pays où l’intensité des émotions et des attentes est extrême. C’est vraisemblablement un défi qui l’a séduit. »

Jean Todt estime que le niveau actuel de compétition entre les différentes équipes de formule 1 est comparable à celui auquel Ferrari a eu à faire face au début des années 1990. Selon lui, l’astuce est de se lancer corps et âme dans la compétition.

« Pour l’instant, Mercedes domine, principalement grâce à Hamilton, explique-t-il. C’est le défi qu’ont à relever les autres pilotes : ils doivent tenter de battre cette équipe. »

En tant que président de la FIA, Jean Todt continue à favoriser des changements déterminants dans l’industrie automobile. La fédération œuvre pour l’amélioration de la sécurité, non seulement sur les pistes de course, mais aussi sur les routes en général, au travers de réglementations et de campagnes de sensibilisation. Depuis son arrivée dans le domaine, Jean Todt a constaté une progression encourageante des habitudes de conduite.

« Il y a quarante ans, dans les pays industrialisés, il n’y avait pas de limites de vitesse et la ceinture de sécurité n’était pas obligatoire, se rappelle-t-il. À moto, le port du casque n’était pas non plus exigé. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, et c’est une très bonne chose. C’est une évolution que l’on constate également dans les sports mécaniques. » 

Il n’en reste pas moins que Jean Todt estime toujours insuffisant le degré de sécurité dont bénéficient tant les usagers de la route que les pilotes de course à l’heure actuelle. En plus de son rôle de président de la FIA, il a été nommé envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour la sécurité routière par Ban Ki-moon et António Guterres ; cela lui permet de bénéficier d’une estrade pour parler de la gravité de la crise de sécurité sur les routes du monde. Cette mission de communication est, selon lui, vitale pour l’avenir du sport automobile.

« Le nombre annuel de victimes de la route doit absolument baisser. Chaque année, 1,35 million de personnes meurent sur les routes ; […] cela représente 3 700 personnes par jour. Cette situation doit être corrigée de façon radicale. » 

Lien vers le balado (en anglais seulement)

Le présent article est une transcription condensée et modifiée d’une entrevue animée par Karl Moore, professeur agrégé à l’Université McGill, dans le cadre de l’émission The CEO Series, présentée sur les ondes de CJAD et produite par Marie Labrosse, étudiante à la maîtrise en langue et littérature anglaises à l’Université McGill.. L’entrevue intégrale fait partie de la plus récente saison de The CEO Series et est disponible en baladodiffusion.

 

À propos de ce blogue

Chaque semaine, Karl Moore, professeur agrégé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, s’entretient avec des dirigeants d’entreprise de calibre mondiale au sujet de leur parcours, les dernières tendances dans le monde des affaires et l’équilibre travail-famille, notamment.

Karl Moore