Pourquoi innover quand on peut lancer l'Airbnb de quelque chose?

Publié le 21/10/2015 à 14:55

Pourquoi innover quand on peut lancer l'Airbnb de quelque chose?

Publié le 21/10/2015 à 14:55

[Photo : Bloomberg]

En 2012, quand j’ai commencé à couvrir le milieu des start-ups à temps plein pour Les Affaires, le sujet de l’heure était la croissance spectaculaire de Groupon. À l’époque, tout le monde et sa grand-mère avait lancé un site d’achat groupé. Puis ils sont presque tous morts et même Groupon en arrache aujourd’hui. Ensuite, il y a eu tour à tour la fièvre des sites de ventes éclair, la folie des sites de sociofinancement et la multiplication démentielle des boîtes envoyées tous les mois (subscription boxes).

Aujourd’hui, ce que tout le monde et sa grand-mère veut faire, dans le milieu des start-ups, c’est de lancer l’Airbnb de quelque chose. Ces nouvelles plateformes qui veulent surfer sur la vague de l’économie du partage visent à peu près n’importe quel actif qui n’est pas utilisé à 100% par son propriétaire.

Mardi soir, à la grande messe organisée par la Fondation Montréal Inc., j’ai eu l’occasion de rencontrer pas moins de cinq fondateurs de start-ups voulant surfer sur cette vague. Deux d’entre elles permettent à n’importe qui de devenir un micro-traiteur, soit Cooked4u.com et Cuisine Voisine. Deux autres voulaient pour leur part permettre à quiconque de louer ou échanger leurs objets, soit Wappiti et MyAttik, deux sites qui n’ont pas encore été lancés. Dans les deux cas, il s’agit de concepts qui ont donné naissance à d’innombrables start-ups aux États-Unis et ailleurs.

Finalement, il y avait aussi Shipooling, un site web qui voulait permettre à quiconque d’exploiter un service de courrier international, en mettant à disposition de la communauté ses bagages en soute inutilisés. Je n’avais jamais entendu parler d’un tel service et son créateur m’a dit qu’il était le premier. Comme on m’avait invité à remettre ma «bénédiction» à une des start-ups de la grande messe, c’est à son fondateur Saoudi Hassani Oussama, qui m’avait fait bonne impression, à qui je l’ai remise.

Une simple recherche sur Google m’a toutefois permis de me rendre compte que même Shipooling faisait quelque chose qui avait déjà été fait. Une start-up londonienne baptisée Nimber, forte de 40 000 utilisateurs, permet déjà à ses utilisateurs d’offrir la livraison internationale, mais l’option n’aurait jamais levé, faute d’un volume assez important pour apparier l’offre et la demande. Ainsi, les livraisons locales demeurent le pain et le beurre de la start-up britannique. [Suite à la publication de mon billet, mon collègue de Métro, Mathias Marchal, m'a appris que Coliciel, une start-up montréalaise aujourd'hui défunte, voulait offrir le même service que Shipooling.]

Comprenez-moi bien. Je préfère de loin l’essor des plateformes se réclamant de l’économie du partage que ceux des sites d'achats groupés, qui n’étaient rien d’autre que des parasites profitant de commerçants locaux, souvent en difficulté financière. J’aime aussi qu’ils forcent les gouvernements à revoir ou à abroger des réglementations souvent caduques. Finalement, je tiens à préciser que les fondateurs des start-ups mentionnées ci-dessus me sont apparus comme des gens intelligents et je ne serais pas surpris qu’ils finissent par avoir du succès en affaires. Après tout, l’idée avec laquelle on se lance est loin d’être le facteur le plus important dans le succès d’une entreprise.

Cela dit, l’économie du partage est sans conteste le nouveau truc à la mode et j’ai du mal à comprendre pourquoi autant d’entrepreneurs pensent pouvoir s’y imposer… sans avantages concurrentiels de taille. En fait, la triste réalité est que de nombreux fondateurs ne prennent pas le temps de faire une analyse de la compétition.

Ils préfèrent faire comme si elles n’existaient pas et soutenir qu’ils poursuivent une stratégie «océan bleu» (blue ocean), sous-entendant qu’ils sont les seuls dans leur marché. Cette attitude est loin d’être le seul fait des start-ups se réclamant de l’économie du partage ; elle est très répandue chez les fondateurs de start-ups de tout acabit.

C’est une grave erreur, car avoir des compétiteurs, lorsqu’on se donne la peine de les étudier, peut constituer un atout, ne serait-ce que parce qu’on peut éviter de reproduire leurs erreurs. De plus, on pourrait même faire valoir que si quelque chose n’a jamais été tenté, c’est probablement une mauvaise idée. Le mot «probablement» est important ici.

Par contre, les entrepreneurs devraient être capables d’expliquer pourquoi leur start-up finira par triompher de la compétition, car dans le merveilleux monde d’Internet, il n’y a pas de place pour deux plateformes qui répond au même besoin. Et il n’y a certainement pas de place pour un Airnb du Québec, car, voyez-vous, l’Airbnb du Québec s’appelle… Airbnb.

À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

Julien Brault

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