Le secret du succès fou de John D. Rockefeller et d'Elon Musk

Publié le 27/01/2016 à 09:53

Le secret du succès fou de John D. Rockefeller et d'Elon Musk

Publié le 27/01/2016 à 09:53

Grâce au pari technologique de Rockefeller, Standard Oil, alors le plus important raffineur du monde, est devenu un producteur de pétrole majeur aux États-Unis. [Photo : Bloomberg]

Je viens de finir une biographie de John D. Rockefeller, Sr. et je ne peux m’enlever de la tête l’idée que le capitaliste le plus riche de l’histoire avait plusieurs choses en commun avec les fondateurs de start-ups modernes. Je vais vous épargner la liste des caractéristiques qui ont probablement toujours été présentes chez les entrepreneurs pour m’arrêter à un trait que je ne m’attendais pas à reconnaître chez un entrepreneur du 19e siècle.

John D. Rockefeller, ai-je découvert, était prêt à tout miser sur des projets dont la réussite reposait entièrement sur des technologies qui n’existaient pas encore. J’insiste : SUR DES TECHNOLOGIES QUI N’EXISTAIENT PAS ENCORE.

John D. Rockefeller n’a pas été le premier à bâtir une raffinerie de pétrole. Il a toutefois été le premier à investir massivement dans la construction de raffineries de calibre industriel à une époque où il y avait très peu de puits de pétrole. À l’époque, les financiers étaient réticents à financer l’industrie, ne sachant pas s’il y avait assez de pétroles dans le sous-sol américain pour soutenir ses acteurs.

C’est à cet éclair de génie, à son style de gestion rigoureux et à ses pratiques anticompétitives que John D. Rockefeller devait sa fortune initiale. Toutefois, sans un pari encore plus fou, il ne serait pas parvenu à amasser une fortune équivalente à 472 milliards de dollars canadiens en 2016.

Dans les années 1880, des prospecteurs ont commencé à découvrir du pétrole aux alentours de la ville de Lima, en Ohio. Le sous-sol de la région semblait riche en pétrole et Standard Oil, la société de Rockefeller, voulait justement réduire sa dépendance aux producteurs de pétrole. L’acquisition de terres dans les environs semblait aller de soit, à une exception près. Le kérosène issu du pétrole de la région était de mauvaise qualité et dégageait une odeur désagréable, le rendant pratiquement sans valeur.

John D. Rockefeller y a toutefois vu une occasion d’affaires et s’est empressé d’embaucher un chimiste de renom, Herman Frash, à qui il a donné le mandat de développer un processus de raffinage permettant de transformer le pétrole problématique en un kérosène de bonne qualité. Sans attendre que le chimiste ait inventé le procédé désiré, John D. Rockefeller voulait acheter le plus de terrains possible dans la région, histoire de profiter de leurs bas prix.

Dirigeant par consensus, John D. Rockefeller a accepté plusieurs fois de remettre à plus tard cet investissement, à la demande de ses associés. Perdant patience, il a toutefois fini par leur proposer d’acheter lesdits terrains de sa poche, une proposition qui les a convaincus de changer leur fusil d’épaule. Il s’est alors mis à acheter le plus de terrains possible dans la région, mais aussi, à bâtir des pipelines. Il s’est aussi mis à acheter, à quelques sous du baril, le pétrole inutilisable des producteurs de pétrole déjà sur place. Bientôt, Standard Oil devait stocker pas moins 40 millions de barils d’un pétrole inutilisable.

Le 13 octobre 1888, après deux ans de recherches acharnées, le chimiste est finalement parvenu à produire du kérosène pur à partir du pétrole de la région de Lima. Du jour au lendemain, Standard Oil, déjà le plus important raffineur du monde, est devenu un producteur de pétrole majeur aux États-Unis.

Si un tel pari vous semble fou, c’est parce que vous n’êtes pas familiers avec l’histoire de Google, qui est ponctué par ce type de paris. Lorsque l’entreprise a lancé Gmail avec un espace de stockage d’un Go, un espace démesuré pour l’époque, ses dirigeants savaient pertinemment que le service gratuit perdrait de l’argent avec chaque nouvel utilisateur. Ils misaient toutefois sur une baisse constante de leurs coûts d’hébergement attribuable aux avancées technologiques en matière de production de processeurs (prédits par la loi de Moore), sans laquelle ils auraient vite été contraints d’enterrer Gmail. Le pari s’est révélé payant, puisqu’il a permis à Gmail de détrôner Hotmail et d’atteindre 400 millions d’utilisateurs.

Google est loin d’être la seule entreprise techno moderne à avoir suivi cette voie. C’est aussi le cas de Tesla, dont le pdg Elon Musk a annoncé le lancement, prévu pour 2017, d’une voiture électrique abordable. Or, sa viabilité dépend d’une baisse du coût de production des batteries lithium-ion rendue possible (quoique les experts ne s’entendent pas là-dessus) par la construction d’une méga-usine qui sera prête en 2017.

Uber et Airbnb, pour leur part, ont lancé leur service avant que les lois encadrant ce type d’activités n’existaient pas, générant quelques flammèches au passage. Dans un sens, ils s’inscrivent eux aussi dans la tradition de Rockefeller, qui avait bâti une multinationale à une époque où les lois de la plupart des États américains contraignaient les sociétés à opérer localement. En passant, Rockefeller a lui aussi généré son lot de flammèches, culminant par le démantèlement judiciaire de Standard Oil en 34 entreprises distinctes.

Bref, si vous attendez que la technologie et le cadre réglementaire existent, et que tout le monde s’entende pour dire que vous avez une bonne idée, vous êtes probablement en train de lancer l’Airbnb de quelque chose.

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À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

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