La pénurie d'argent et de temps est un avantage compétitif

Publié le 25/07/2016 à 09:29

La pénurie d'argent et de temps est un avantage compétitif

Publié le 25/07/2016 à 09:29

[Photo: Hani Jajeh, Unsplash.com]

Lorsque je suis revenu de mon voyage en Europe en juin, je savais que je n’avais pas beaucoup de temps ni d’argent pour créer mon entreprise. Chaque minute qui passait me rapprochait du moment redouté où TOUTES mes ressources seraient épuisées, de ce moment où je n’aurais vraiment pas le choix de me trouver un job et de mettre en veilleuse mon rêve.

C’est grâce à ce sentiment d’urgence que j’ai commencé mon aventure entrepreneuriale sur les chapeaux de roues, malgré le fait que je n’avais pas accès à mes maigres économies, ayant perdu mon portefeuille en Europe. Je m’étais assuré de faire annuler ma carte de débit et de crédit, ce qui avait entraîné la désactivation de ma carte de métro, de mon forfait de téléphonie cellulaire et de mon abonnement au gym.

Si j’avais eu plus de temps devant moi, il m'aurait été facile de rationaliser la décision d’attendre une semaine de plus avant de commencer à travailler intensément sur Hardbacon. J’aurais pu me contenter de rester chez moi et de commencer à envoyer des courriels.

J’ai plutôt réalisé une trentaine d’entrevues de consommateurs aux quatre coins de Montréal, le plus souvent dans des cafés où je n’avais pas d’argent pour commander un café. Alors que les conventions sociales auraient voulu que j’offre le café aux personnes qui avaient accepté de donner de leur temps, j’ai fait toutes ces entrevues avec un budget café de moins de 10$, soit la monnaie qu’il me restait.

Lorsque j’avais besoin d’Internet, entre deux rendez-vous, j’allais au café de la Maison Notman ou j’arrêtais devant la vitrine de n’importe quel commerce offrant le Wi-Fi sans mot de passe. J’ai aussi découvert durant ce baptême du feu de l’entrepreneuriat techno que mon vélo me permettait d’aller pas mal n’importe où à Montréal, à une vitesse souvent supérieure à celle des transports en commun.

Je ne raconte pas cette anecdote pour me vanter. En fait, je me sens pas mal cheap de ne pas avoir payé le café à tous ceux qui m’ont généreusement accordé de leur temps. Si je vous raconte cette anecdote, c’est pour illustrer comment le sentiment d’urgence qui m’habite me force à accomplir plus avec moins, quitte à faire des choses inconfortables, et même à faire preuve de plus de créativité pour arriver à mes fins.

Depuis cette longue semaine de juin, j’ai obtenu de nouvelles cartes de paiement et pu réactiver mon téléphone cellulaire, mais je n'ai pas renouvelé ma carte Opus ni le gym. Ça me coûte moins cher ainsi et, ironiquement, je pense que je n’ai pas fait autant d’exercice depuis longtemps.

Chaque dollar et chaque minute comptent lorsque le sablier menace de s’arrêter à tout moment. Cette situation me permet de travailler avec une énergie rare. Je ne suis pas seulement motivé. Je suis déterminé comme quiconque est mis au pied du mur.

Cette pénurie de ressource et de temps me force notamment à dire non à tout ce qui coûte de l’argent, et à faire du troc pour obtenir tout ce dont j’ai vraiment besoin.

La mission de Hardbacon, qui est de démocratiser l’accès à l’investissement, est très vaste. Aussi, devant l’énormité de la tâche, je pourrais travailler avec mon équipe pendant des mois avant de lancer quoi que ce soit. Sauf que ce n’est pas une option, et qu’une telle démarche ne nous permettrait de toute manière pas d’apprendre autant sur notre marché qu’en lançant quelque chose d’imparfait rapidement.

En fait, je m’étais fixé l’objectif de lancer la version bêta de Hardbacon beaucoup plus rapidement, mais j’avais largement sous-estimé le temps nécessaire pour élaborer un produit minimum viable (MVP) tout en bâtissant une organisation. Et c’est sans parler des distractions.

Toujours est-il que, depuis lundi dernier, je m’efforce de cesser de consacrer du temps à tout ce qui ne me rapproche pas de mon objectif de lancer la version bêta de Hardbacon mercredi prochain à minuit. J’ai aussi transmis le mot à l’équipe de mettre en plan les autres chantiers, comme l’encyclopédie des termes financiers, qui ne sont pas liés à ce qu’on s'apprête à lancer cette semaine.

Au moment d’écrire ces lignes, je ne suis pas sûr à 100% que notre version bêta pourra être lancée comme prévu mercredi, mais je vais tout faire pour y arriver, quitte à lancer un site Web avec quelques bogues. Ce dont je suis sûr, cependant, c’est que notre version bêta s’améliorera chaque jour à partir du moment où elle sera lancée. Et qu’elle s’améliorera vite et à peu de coûts, parce que je n’ai pas d’autres choix.

Selon moi, c’est un avantage de taille, surtout dans un secteur où les autres joueurs peuvent compter sur une abondance de temps et d’argent. J’imagine qu’ils voient cette abondance comme un avantage. Personnellement, je considère cet avantage comme très pâle en comparaison de celui d’être au pied du mur… et de ne pas vraiment avoir de plan B. Bref, par rapport à l’avantage de la pénurie.

Principales réalisations:

  • Première rencontre avec un cabinet d’avocat en vue de l’incorporation
  • Édition des premiers textes à paraître sur le site Web de Hardbacon
  • Rédaction du manifeste de Hardbacon
  • Finalisation de la recherche de données sur les courtiers à escompte et les robots-conseillers
  • Rencontres avec des cofondateurs potentiels

Métriques de croissance :

  • Revenu: 0$
  • Nouveaux abonnés à l’infolettre : 99 (total: 1296, croissance hebdo: 8%)
  • Nouveaux abonnés sur Snapchat : 18 (total 80, croissance hebdo: 29%)
  • Nouveaux abonnés sur Instagram : 37 (total: 252, croissance hebdo: 17%)
  • Nouveaux J’aime sur Facebook : 66 (total: 1156, croissance hebdo: 6%)

À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

Julien Brault

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